Afrique: le rétrécissement du champ démocratique
La démocratie en Afrique traverse une période tumultueuse, marquée par des élections controversées et des tensions politiques croissantes. Mathias Hounkpé, politologue et responsable de l’Institut électoral pour la démocratie durable en Afrique (EISA), nous éclaire sur les défis actuels et les perspectives d’avenir pour le continent.
L’Ouganda est un exemple frappant de la crise démocratique qui sévit dans certaines régions d’Afrique. Le président Yoweri Museveni, âgé de 81 ans, s’accroche au pouvoir, tandis que son principal opposant, un homme d’une quarantaine d’années, fait face à des obstacles constants.
En pleine période électorale, l’accès à Internet a été souvent coupé, une tactique déjà observée lors des scrutins précédents. Cette situation n’est pas surprenante pour ceux qui suivent la politique ougandaise, où les mêmes schémas se répètent inlassablement.
Mathias Hounpet divise les élections africaines en trois catégories. Environ un tiers des pays organisent des élections relativement inclusives et compétitives, où l’opposition a une chance réelle de l’emporter, comme au Sénégal ou au Ghana.
Un autre tiers des élections se déroule dans des conditions où l’opposition est empêchée de participer, comme récemment en Tanzanie, entraînant des violences meurtrières. Enfin, 40 % des élections, dont celles en Ouganda, sont techniquement ouvertes, mais l’opposition est si restreinte qu’elle ne peut s’exprimer librement.
La crise de la démocratie n’est pas exclusive à l’Afrique. Partout dans le monde, on observe un déclin de la démocratie élective. En Afrique, ce déclin a commencé il y a une quinzaine d’années et s’est accentué récemment. Deux phénomènes inquiétants émergent : l’autocratisation, où des dirigeants élus utilisent le processus démocratique pour restreindre les libertés, et la résurgence des coups d’État, autrefois en déclin.
