Bah Oury reconduit Premier ministre : le bilan d’un naufrage politique et moral
Il n’est désormais plus possible de parler de contexte, de contraintes ou de manque de marge de manœuvre. Le temps de l’indulgence est révolu. La reconduction de Bah Oury au poste de Premier ministre n’est ni une erreur d’appréciation ni un accident politique : elle est la consécration d’un rôle pleinement assumé dans l’architecture autoritaire mise en place par Mamadi Doumbouya. Nommé une première fois en février 2024, Bah Oury n’a pas seulement échoué à corriger la trajectoire de la transition. Il en est devenu l’un des principaux fossoyeurs civils.
Regardons les faits en face. Sous son magistère, la Guinée a connu une dégradation sans précédent des droits humains depuis le coup d’État. Les libertés publiques et individuelles ont été méthodiquement étouffées. Interdictions arbitraires de manifestations, criminalisation de la parole critique, répression systématique des voix dissidentes. Le tableau est accablant. Mais le pire reste à venir : le pays s’est installé dans une ère de kidnappings politiques, de disparitions forcées et d’arrestations extrajudiciaires. Un climat de peur savamment entretenu règne désormais. Des citoyens sont enlevés, détenus au secret, parfois sans que leurs familles ne sachent s’ils sont encore en vie. Face à ces crimes graves, le silence du Premier ministre a été assourdissant. Quand ce n’était pas du silence, c’était de la complaisance, voire des justifications. C’est sous son autorité politique que la démocratie guinéenne a été assassinée à petit feu, vidée de sa substance, réduite à un discours creux servant à masquer la réalité d’un pouvoir personnel militarisé.
Sur le plan de la gouvernance, le constat est tout aussi accablant. La transition, censée être sobre et exemplaire, s’est transformée en un espace de gabegie financière, d’opacité budgétaire et de corruption systémique. Les ressources publiques sont dilapidées sans contrôle, sans reddition de comptes, pendant que les priorités sociales restent abandonnées. Et là encore, Bah Oury n’a ni dénoncé ni corrigé. Il a couvert, accompagné et parfois même théorisé l’injustifiable, au nom d’une stabilité fictive et d’un narratif sécuritaire usé jusqu’à la corde.
La vérité est désormais limpide : l’agenda du CNRD n’a jamais changé. Il s’agit d’anéantir les forces politiques représentatives, de neutraliser la société civile et de préparer l’opinion à une confiscation durable du pouvoir par le glissement permanent du calendrier électoral. Les déclarations de Bah Oury banalisant ce glissement, comparant la Guinée à d’autres juntes sahéliennes, ont servi de ballons d’essai idéologiques pour tester la résignation populaire. Sa reconduction aujourd’hui s’inscrit clairement dans la mise en œuvre d’un premier mandat de sept ans pour Mamadi Doumbouya, en violation flagrante de la parole donnée et des engagements pris devant le peuple guinéen et la communauté internationale.
En acceptant d’être reconduit pour《continuer le sale boulot》, Bah Oury a définitivement franchi une ligne. Il ne peut plus se prévaloir de l’histoire, du combat passé ou du vernis intellectuel pour se dédouaner. Il a fait le choix conscient d’être le visage civil d’un pouvoir autoritaire, l’exécutant discipliné d’un projet de domination politique. L’histoire retiendra que, face à l’une des périodes les plus sombres de la Guinée contemporaine, Bah Oury n’a pas été un rempart, mais un maillon essentiel de la chaîne de répression, de corruption et de confiscation du pouvoir.
La responsabilité de rompre avec cette trajectoire incombe désormais au peuple guinéen, aux forces démocratiques et à tous ceux qui refusent de voir la Guinée sombrer durablement dans la normalisation de l’injustice et de l’arbitraire.
