C’est une procédure aux enjeux considérables. Selon la plainte, un document de 28 pages consulté par la Deutsche Welle, PayServices affirme avoir investi 72 millions de dollars pour moderniser les systèmes financiers, via la Cadeco, mais avoir été empêché de poursuivre ses activités à cause de décisions administratives arbitraires.
Le document cite nommément plusieurs responsables de la RDC, ainsi que des membres de la famille du chef de l’Etat, comme étant impliqués dans les décisions contestées.
Du côté du gouvernement, le ministère des Finances assure que l’Etat a agi conformément à la loi et qualifie la plainte d’ »infondée », sans annoncer pour l’instant d’enquête ou de mesures spécifiques.
L’opposition dénonce des dysfonctionnements structurels
L’opposition voit dans ce dossier la preuve des dysfonctionnements structurels du pays. Olivier Kamitatu, figure politique du parti « Ensemble ».
« Transparency International nous classe 163e sur 180. Cela signifie que pour un investisseur américain, la République démocratique du Congo est plus opaque que 90 % des pays de la planète. »
Olivier Kamitatu indique que « ce n’est pas un climat des affaires, c’est un brouillard organisé. L’accès au marché public repose moins sur des procédures institutionnelles que sur des réseaux d’influence liés à un cercle familial ».
Au sein de la majorité présidentielle, le ton reste plus mesuré. Adolphe Amisi Makutano, député UDPS, insiste sur la nécessité de preuves solides avant de tirer des conclusions.
« En tant que Congolais, nous avons le devoir de protéger ce patrimoine qu’est le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Citer des autorités est facile. Ce qui importe, ce sont les preuves permettant d’établir la culpabilité des uns et des autres. »
Gestion des affaires publiques

Pour la société civile, cette affaire dépasse largement le cadre judiciaire. Jean-Claude Mputu, porte-parole de la plateforme « Le Congo n’est pas à vendre », dénonce une gouvernance défaillante.
Il déplore que « cette plainte illustre tout ce qu’il y a de mauvais dans la gestion actuelle des affaires publiques ».
« Comment peut-on, à ce niveau de l’Etat, conclure des contrats de plusieurs milliards sans diligence sérieuse sur l’entreprise partenaire ? On est face à un amateurisme dangereux. »
Jean-Claude Mputu redoute par ailleurs une issue défavorable pour l’Etat congolais : « J’espère que cette affaire ne se terminera pas encore par un accord à l’amiable, où le Congo paierait pour éviter une condamnation. »
Contactée, PayServices renvoie l’essentiel de sa position au contenu de la plainte. Hors micro, les plaignants indiquent que certains éléments non inclus dans le document judiciaire, et pas encore dévoilés, seront traités ultérieurement « dans le cadre de la procédure, et non par l’intermédiaire des médias ».
Pour les observateurs économiques, l’issue de cette affaire sera scrutée de près par les investisseurs étrangers, alors que la RDC cherche à attirer des capitaux dans des secteurs stratégiques, notamment les finances et les ressources naturelles.
Jean-Claude Abalo Correspondant à New York aux Etats-Unis pour le programme francophone de la Deutsche Welle

Source: https://www.dw.com/fr/fintech
