Contre La sansure

Guinée: L’ascension au sein du gouvernement guinéen: Le péril de la médiocrité systémique

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Mon analyse porte sur un phénomène devenu structurel en Guinée : l’ascension au sein du gouvernement et de ses départements fondée non sur la compétence, mais sur le clientélisme.
Cette dynamique, qui contourne tout processus de vérification institutionnelle (vetting), fragilise l’intégrité même de l’État.
1. L’absence de « Vetting » : Une faille structurelle
Dans les administrations robustes — qu’elles soient asiatiques, européennes ou américaines — la méritocratie est une procédure technique avant d’être une valeur. Le vetting process implique une vérification rigoureuse des diplômes, des enquêtes de moralité et une validation des compétences réelles.
En Guinée, l’absence de ce filtre permet des trajectoires aberrantes : des agents d’entretien ou des vigiles en Europe se retrouvent parachutés à des postes stratégiques de sécurité ou d’éducation. Lorsqu’un individu s’arroge un doctorat obtenu au Japon sans même en maîtriser la langue, et que le système l’intègre au sommet de la hiérarchie, nous ne sommes plus dans l’erreur administrative, mais dans le renoncement institutionnel.
2. La Médiocrité Systémique : Définition et Étude
Pour comprendre ce mal, il faut introduire le concept de médiocrité systémique, inspiré des travaux d’Alain Deneault qui dit que la médiocrité systémique (ou médiocratie) n’est pas l’absence de talent, mais un système de gouvernance qui favorise délibérément le « moyen » et le « malléable ». C’est un ordre social où le respect des règles du réseau prime sur la compétence technique, et où l’excellence est perçue comme une menace pour la stabilité du groupe en place.
En Guinée, ce système s’enracine par le détournement de l’adage populaire : « Le premier à l’école n’est pas le premier dans la vie ». Cet adage qui devait signifier initialement que la réussite sociale est multifactorielle, a été formalisé par le sociologue Alpha Amadou Bano Bah. Qui dans son livre Allogènes, étrangers et autochtones souligne qu’il est utilisé par certains guinéens et même le pouvoir pour :
a)– Légitimer le populisme intellectuel : Faire croire que l’expertise académique est inutile.
b)- Promouvoir l’amateurisme : Récompenser la notoriété sur les réseaux sociaux au détriment du parcours administratif.
c)-Décourager l’excellence : Créer un plafond de verre pour les cadres qualifiés, provoquant une fuite des cerveaux.
3. Analyse comparative des modèles de recrutement
Modèles Internationaux (Vetting) par rapport aux Modèle Guinéen (Médiocrité).
A- Accès au poste
– A l’étranger: il faut des Preuves de résultats et enquête de moralité.
– En Guinée: Notoriété numérique et loyauté politique.
B- Profil type:
– A l’étranger : il faut être Technocrate ou expert certifié et capable.
– En Guinée. Un divertisseur ou « débrouillard » influent pourrait passer la barrière.
C- Finalité
– A l’étranger: c’est l’efficacité des politiques publiques.
– En Guinée, c’est la préservation des privilèges individuels.
4. Conclusion : Pour un sursaut méritocratique
Depuis le régime du président Alpha Condé, je n’ai cessé d’alerter sur cette dérive.
Aujourd’hui, l’ascension au sein des départements gouvernementaux ressemble davantage à une distribution de trophées personnels et d’ascendance familiale ou ethnique qu’à une structuration de l’État.
Tant que la Guinée privilégiera la relation individuelle sur la politique publique, nous resterons dans ce cycle de deuil pour les évincés et d’allégresse pour les promus, sans jamais voir le pays progresser.
Le changement vers une méritocratie réelle n’est plus une option, c’est une nécessité vitale pour le bien de la nation. Pour sortir de cette médiocrité systémique, la Guinée doit impérativement :
1- Sanctuariser les postes techniques en les soustrayant au pouvoir discrétionnaire des nominations politiques.
2- Institutionnaliser le vetting pour que chaque titre (diplôme, parcours) soit vérifié avec une rigueur implacable.
3- Réhabiliter le savoir comme pilier du développement. C’est pourquoi j’aime les examens.
Seule une administration composée d’esprits brillants et intègres pourra relever les défis complexes du XXIe siècle.
La compétence ne doit plus être une option, mais le socle sur lequel se bâtit l’avenir de notre patrie.

Aliou Niane

Qui marche sous la Neige en attendant la parution de son livre le Mûrier Sous La Neige Quatre Hivers à Survivre En Corée Du Nord
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