Que vaut encore l’asile politique en Afrique?
Il y a une dizaine de jours, le Togo extradait, vers le Burkina, Paul Henri Sandaogo Damiba, ancien président qui avait trouvé asile politique à Lomé. Extradition ou livraison ?
Damiba au Togo, n’a jamais rassuré Ibrahim Traoré. Ainsi, son nom va se retrouver, cité dans les projets incessants et intempestifs de coup d’État par une junte atrabilaire qui a vite fait de l’extradition de Damiba, son assurance survie. La Cédéao, devenue entretemps indigente avec la création de l’AES a perdu de son influence dans les affaires de la région. Or, Damiba avait trouvé l’asile au Togo, en parti, grâce à ses bons offices, quand la médiation des sages Burkinabè, entre autre, le cardinal Philippe Ouédraogo et le Moro Naaba, chef suprême des mossis de Ouagadougou l’avait convaincu de démissionner. Une démission à sept conditions que les sages échouerons à faire respecter par son tombeur qui s’y était engagé. Damiba en gardera une amertume qu’il exprimera, à chaque fois que ses hôtes le lui ont permis, à l’occasion de rares interviews à la presse internationale. Avec l’AES et la posture sous régionale équivoque de Faure Gnassingbé, Damiba aurait demandé, sans succès, à quitter le Togo.
Dès lors, il était plus otage qu’un exilé politique. C’est cet otage qui a été livré, à ses pires ennemis, le 17 janvier 2026. S’il s’était s’agi d’une extradition, elle n’aurait pas pu être aussi supersonique. À moins d’être téléphonée, une décision de justice ne peut se conclure par un décret, le même jour et être exécuté le lendemain, un jour non ouvré, de surcroit. C’est inédit dans les annales de l’asile politique en Afrique. Le précédent, Charles Taylor, du Liberia, en 2006, par le Nigeria, était survenu, après de longs palabres « à l’africaine » alors qu’il était poursuivi, pour crime contre l’humanité. Dans le cas présent, le Togo a réglé, le sort de Damiba en 48 heures chrono. Une coordination, inhabituellement millimétrée, entre le judiciaire et l’exécutif.
Il vaut mieux éviter Lomé, si l’on postule pour une asile politique en Afrique
C’est le moins qu’on puisse dire. Avant Damiba, il y a eu, Lida Kouassi Moïse, en juin 2012, ex-ministre ivoirien de la Défense. Lomé l’avait extradé, avec une diligence « pro-max ». Arrêté et extradé le même jour, avec un épais dossier à charge, à la grande satisfaction – surprise, du ministre ivoirien de l’Intérieur de l’époque, Hamed Bakayoko qui n’en attendait pas tant. Lomé est très risquée pour les demandeurs d’asile, peu importe votre statut et qui vous parraine.
Le seul privilège de Damiba, c’est d’avoir bénéficié d’un jour de plus, avant l’expulsion. Vendredi, décision de justice suivie de la prise du décret d’expulsion. Samedi livraison, sans avoir eu le droit d’exercer un quelconque recours, illustrant en miroir le sort du togolais lambda devant les juridictions togolaises. Le Togo, vaines précautions, dit s’être assuré que celui qu’il livrait en express ne risque pas la peine de mort et qu’il allait bénéficier « d’une justice équitable ».
Dans ce Burkina Faso, où les militaires de la garde présidentielle peuvent encercler une juridiction pour soustraire la petite amie du chef de la junte auditionnée pour violence exercée sur autrui. Pareillement, quand des juges sont enlevés et envoyés au Front, pour cause d’une décision qui a déplu à IB, quel gage de justice équitable un tel régime, peut-il offrir ?
Enfin, c’est pas inutile de le rappeler, au Burkina une accusation de tentative de putsch, emporte une présomption de culpabilité qui exclut le droit à l’assistance d’un avocat. Quand bien même, par une faveur on l’autoriserait, trouver un avocat est mission impossible. Le dernier qui s’y risqué, dans une affaire contre l’État, a été enlevé tout comme son client et les juges qui ont connu du dossier. Tous disparus ! Dans les bagnes de Ouaga 2000.
Source: https://www.rfi.fr/fr/podcasts/le-regard-d-ahmed-newton-barry
