Contre La sansure

Grammy Award 2026: Fela, l’immortel!

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Un Grammy Award décerné pour la première fois à un artiste africain, pour l’ensemble de son œuvre. Le symbole est assez extraordinaire pour passer inaperçu. Surtout que le bénéficiaire n’est autre que Olufela Olusegun Oludotun. Vous ne voyez certainement pas qui se cache derrière ce chapelet de noms. Mais certainement que vous connaissez mieux Fela Anikulapo Kuti ou simplement Fela! C’est le père de l’Afrobeat qui est, une fois de plus récompensé, pour avoir rendu éternel ce mélange de jazz, de funk, et de musiques traditionnelles de son terroir nigérian qui continue de faire danser à travers le monde. Des sons dont raffolent les mélomanes nostalgiques ou simplement amoureux de la bonne musique.

Fela, l’anticonformiste, le magicien du saxophone, le rebelle, l’homme qui a épousé 27 femmes le même jour, devant les hommes et…le vaudou. Mais en plus d’être le fondateur de l’Afrobeat et de la «République de Kalakuta», Fela qui s’était érigé en symbole de résistance contre l’oppression et l’injustice, était le poil à gratter des dirigeants nigérians de l’époque. Il a été ainsi, embastillé au moins deux cent fois, subissant au passage de terribles et régulières séances de torture, flirtant plusieurs fois avec la mort. Tous les ingrédients étaient réunis pour faire de Fela, un immortel! Et immortel, sans passer par l’Académie française, Fela l’est aujourd’hui.

Comme ces personnages de cinéma ou ces héros de Bandes dessinées dont le destin, écrit par un scénariste à l’inspiration fertile, est écrit et immuable, Fela connaîtra une vie partagée entre la persécution, ses propres frasques, mais surtout la gloire. Toutes choses qui le conduiront à marquer, d’actes inoubliables, son passage sur terre, de sa naissance en 1938 à Abéokuta à sa mort en 1997 à Lagos. Fela, c’est le musicien dont l’œuvre traverse les générations et l’espace, sans prendre la moindre ride. Le plaisir est d’ailleurs intense, lorsque les mélomanes voyagent à travers son indescriptible répertoire où écoutent les chansons de ses enfants, Femi et  Seun Kuti, auteurs de spectacles époustouflants, qui emportent le public dans ces transes dont était capable, un seul homme: Fela.

Mais pourquoi de son vivant, Fela n’a-t-il pas été lauréat du Grammy? Il en a avait pourtant l’étoffe! Mais la musique et les musiciens africains n’avaient, et n’ont, certainement pas les mêmes chances de promotion que ceux de l’Europe ou des Etats-Unis. Le pape de l’Afrobeat n’avait visiblement pas, aux yeux des organisateurs des «Grammy Award» l’envergure mondiale de Beyoncé, de Georg Solti, de Chick Corea, de Quincy Jones, d’Alison Krauss, de Stevie Wonder, Jay-Z, pour ne citer que ces artistes détenteurs de Grammys à la pelle. Comme de nombreux Africains dans diverses disciplines sportives, de la technologie, de la réussite dans les affaires ou de arts, des considérations qui n’ont rien avoir avec le talent intrinsèque, ont visiblement eu raison de l’immense Fela!

Un Grammy à titre posthume, c’est toujours une marque de reconnaissance mondiale  pour Fela, mais les artistes africains contemporains de valeur, il en existe bien et il faut espérer qu’ils soient récompensés de leur vivant, et non 29 ans après leur mort!

Par Wakat Séra

https://www.wakatsera.com/

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