Guinée : un gouvernement Amadou Oury Bah II marqué par une continuité assumée et des refus silencieux
Une semaine après la reconduction du Premier ministre Amadou Oury Bah et la présentation de l’architecture du nouveau gouvernement, le président Mamadi Doumbouya a dévoilé, ce lundi 2 février, les noms de 20 des 29 membres de l’équipe gouvernementale.
Ces premières nominations confirment une tendance lourde : la continuité politique et administrative demeure le fil conducteur du pouvoir en place, malgré les attentes d’un renouvellement plus profond.
Une continuité qui interroge
Sur les 20 ministres annoncés, 16 sont des reconductions ou des redéploiements. Une configuration qui, pour de nombreux observateurs, illustre la difficulté du chef de la junte à se détacher des piliers de son précédent gouvernement. Plusieurs analystes estiment que cette stabilité apparente traduit surtout une dépendance persistante à un cercle restreint de fidèles, dans un contexte où la transition politique reste contestée.
Selon des sources proches du processus de formation du gouvernement, certaines personnalités réputées pour leur intégrité ou leur indépendance auraient décliné des propositions de postes, refusant de s’associer à ce qu’elles perçoivent comme une tentative de légitimation politique après un scrutin controversé. Ces refus, rarement publics, témoigneraient d’une réticence croissante à cautionner un pouvoir accusé par ses détracteurs de chercher à « blanchir » un nouveau coup de force électoral.
Quatre nouvelles figures, des portefeuilles sensibles
Parmi les rares entrants, quatre nouveaux ministres font leur apparition, dont deux femmes. Le magistrat Ibrahima Sory II Tounkara, connu pour avoir présidé le procès du massacre du 28 septembre 2009, prend la tête du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme. Sa nomination est perçue comme un signal adressé à l’opinion publique, dans un contexte où la question de l’indépendance judiciaire reste centrale.
Le Général Ahmed Mohamed Oury Diallo est nommé ministre de la Sécurité et de la Protection civile, un poste stratégique alors que le climat sécuritaire demeure fragile.
Khaïté Sall hérite du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, tandis que Patricia Adeline Lamah prend les commandes du ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités.
Des redéploiements qui renforcent le noyau dur du régime
Le nouveau gouvernement s’appuie largement sur des figures déjà bien installées. Dr Diaka Sidibé retrouve l’Enseignement supérieur, tandis qu’Alpha Bacar Barry prend la tête d’un méga-ministère regroupant l’Éducation nationale, l’Alphabétisation, l’Enseignement technique et la Formation professionnelle.
Mariama Ciré Sylla, ancienne ministre de l’Agriculture et directrice adjointe de campagne du président Doumbouya, se voit confier le portefeuille renforcé de l’Économie, des Finances et du Budget. Un choix qui confirme la volonté du pouvoir de maintenir un contrôle étroit sur les leviers économiques.
Mourana Soumah, ex-ministre de l’Économie et des Finances, prend la tête du ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, tandis que Facinet Sylla, ancien ministre du Budget, est nommé ministre des Infrastructures.
Neuf autres ministres conservent leurs postes, consolidant ainsi un noyau dur déjà omniprésent dans l’équipe sortante.
Une transition qui peine à convaincre
Pour une partie de la société civile et de la classe politique, cette configuration gouvernementale renforce l’idée d’une transition verrouillée, où les marges de renouvellement restent limitées. Les critiques pointent un gouvernement qui, malgré quelques ajustements, demeure largement composé de proches collaborateurs du président Doumbouya.
Dans un contexte post-électoral tendu, ces nominations sont interprétées par certains comme une tentative de consolider un pouvoir fragilisé par les contestations. Les refus de personnalités indépendantes d’intégrer l’équipe gouvernementale alimentent cette lecture, révélant un malaise persistant autour de la légitimité du processus politique en cours.
Une équipe encore incomplète
Sur les 29 postes prévus, seuls 20 ont été dévoilés. Les neuf portefeuilles restants devraient être annoncés dans les prochains jours. Reste à savoir si ces dernières nominations confirmeront la tendance actuelle ou si elles ouvriront la porte à davantage de renouvellement.
Source: https://koumamedia.com/
