Contre La sansure

De la continuité administrative à l’ouverture politique : quels choix pour consolider l’État ?

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La récente composition du gouvernement dirigé par Monsieur Amadou Oury Bah, dans sa deuxième mouture, appelle une lecture politique attentive et lucide. Sur les vingt-deux (22) ministres nommés, dix-huit (18) sont issus de l’ancienne équipe gouvernementale, traduisant une continuité administrative assumée. Toutefois, sur le plan strictement politique, cette configuration soulève des interrogations légitimes.

La composition actuelle du gouvernement favorise-t-elle la stabilité politique ou accentue-t-elle les risques de radicalisation à l’approche des échéances électorales ?

En effet, la gouvernance d’un pays, surtout dans un contexte particulier comme le nôtre, devrait prendre en compte deux considérations importantes : l’efficacité administrative et les choix politiques capables de renforcer la majorité présidentielle et stabilité sociale.

La composition actuelle du gouvernement ne semble, pour l’instant, intégrer non seulement aucune figure politique ayant pris part à la dernière échéance électorale, et ce, malgré leur poids électoral relativement important, mais aussi d’autres bien connues sur l’échiquier politique national. Les rares figures identifiées comme acteurs politiques proviennent quasi exclusivement de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG).

Une telle perception, qu’elle soit fondée ou non, est susceptible d’alimenter un sentiment d’exclusion chez d’autres forces politiques majeures et, par ricochet, de renforcer leur radicalisation à l’approche des prochaines échéances électorales.

Les acteurs politiques les plus avertis et les plus habiles pourraient, dans ce contexte, s’organiser en coalitions structurées et efficaces, capables de conquérir un nombre significatif de sièges au niveau communal, à l’Assemblée nationale et au Sénat, redessinant ainsi les équilibres institutionnels du pays.

Après quatre années à la tête de l’État, le temps de l’apprentissage et de la transition est désormais derrière nous. Il apparaît aujourd’hui opportun que Monsieur le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya reprenne davantage le contrôle de l’appareil politique et institutionnel du pays, non pas dans une logique de repli, mais en donnant des orientations claires, fortes et inclusives pour la suite du processus national.

Cette étape exige une conciliation intelligente entre le renforcement de légitimité politique et la poursuite des ambitions de développement. Le Président de la République gagnerait davantage en intégrant, au sein de l’appareil gouvernemental, des acteurs politiques expérimentés, capables de consolider une majorité présidentielle cohérente, tout en maintenant le socle de technocrates compétents qui ont déjà fait la preuve de leur efficacité au service de l’État.

Isoler durablement les principaux acteurs politiques constituerait, à mon sens, une erreur stratégique. Les conseils visant à l’isolement des principaux acteurs politiques exposent le pouvoir à un risque stratégique majeur. Car l’exclusion prolongée n’affaiblit pas l’adversité ; elle la structure, la fédère et la radicalise.

Ce n’est l’ombre d’aucun doute, les sept prochaines années seront décisives et déterminantes. Elles façonneront non seulement l’héritage politique du leadership actuel, mais aussi la capacité de la République à entrer durablement dans une ère de stabilité institutionnelle, de dialogue politique apaisé et de développement inclusif.

Aly Souleymane Camara,

Enseignant-chercheur au département sciences politiques de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia

Source: https://www.visionguinee.info/

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