Contre La sansure

Kigali refuse de céder sous la pression américaine

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À Washington, Félix Tshisekedi salue le soutien américain contre l’AFC‑M23, mais Paul Kagame défie ouvertement les États‑Unis, alors que l’accord de paix est mis à rude épreuve.

Alors que le président congolais Félix Tshisekedi se félicitait à Washington du soutien des États-Unis face à la crise dans l’est de la RDC, son homologue rwandais, Paul Kagame, a réagi avec défi, affirmant qu’il ne se laisserait pas intimider par les menaces américaines.

Les États-Unis ont réaffirmé leur volonté de soutenir la RDC, d’abord par l’intermédiaire de sénateurs américains, puis par Marco Rubio, secrétaire d’État américain. Invité d’honneur à un petit-déjeuner annuel à Washington, le président Tshisekedi a reçu les éloges de Donald Trump, qui l’a même encouragé à le contacter directement en cas de besoin.

Des combats malgré l’accord de paix

Sur le terrain, les forces armées congolaises continuent de combattre les rebelles de l’AFC-M23, soutenus par le Rwanda, qui occupent une partie de l’est de la RDC. Ces affrontements surviennent deux mois après que Tshisekedi et Kagame ont signé, à Washington, un accord de paix destiné à mettre fin aux tensions entre les deux pays.

Face à cette situation, les États-Unis ont menacé de sanctionner le Rwanda pour le contraindre à retirer ses troupes et cesser tout soutien à l’AFC-M23. Paul Kagame a réagi avec fermeté, déclarant :

“Nous ferons ceci si vous ne faites pas cela, nous ferons cela si vous ne faites pas ceci. Parfois, on se sent étouffé. Mais au lieu de me laisser étouffer, je leur dirais tout simplement d’aller en enfer.”

Washington insiste sur le respect de l’accord de Washington, qui garantit aussi l’accès américain aux minerais congolais, accusés d’être pillés par Kigali.

USA Washington D.C. 2025 | Donald Trump et les présidents Paul Kagame et Felix Tshisekedi lors de la signature de l'accord de Washington.
Un accord de paix entre le Rwanda et la RDC, négocié par le président américain Donald Trump, a été signé à Washington fin 2025, mais quelques jours plus tard, le M23 s’est emparé d’une autre grande ville, Uvira. Image : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP

 

Pressions américaines sur Kigali

Pour Yvon Muya, chercheur à l’École d’études de conflits de l’université Saint-Paul d’Ottawa, le renforcement de la pression américaine sur Kigali envoie un message clair :

“N’en déplaise au régime rwandais, c’est un signal qui montre que les États-Unis veulent consolider leur partenariat avec Kinshasa. Cela a des conséquences directes sur les accords de paix et traduit leur volonté de les faire aboutir.”

Tite Rutikanga, spécialiste de la région des Grands Lacs, s’étonne cependant de cette menace de sanctions, alors que Kinshasa et Kigali ont signé un accord et que le processus de négociation se poursuit à Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC-M23 :

“Cela serait contradictoire avec l’accord de Washington, négocié sous médiation américaine. Il y a beaucoup d’amalgames, de contre-vérités et de fantasmes autour de ces sanctions.”

Une situation humanitaire préoccupante

Pendant ce temps, la situation humanitaire dans les zones sous contrôle de l’AFC-M23 reste alarmante, avec un nombre de personnes déplacées en constante augmentation.

La crise montre ainsi l’ampleur des défis sécuritaires, politiques et humanitaires qui continuent de fragiliser l’est de la RDC.

Jean-Noël Ba-Mweze                                                                                                          Correspondant à Kinshasa en RDC pour le programme francophone de la Deutsche Welle

 

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