Étudiants sacrifiés, gouvernants privilégiés : l’indignité d’une République qui tourne le dos à son avenir (Par Kalidou Ba)
Depuis hier, les restaurants universitaires sont fermés. Aucun repas n’a été servi : ni déjeuner, ni dîner. Ce matin encore, pas de petit-déjeuner, pas de repas. Et cette fermeture est annoncée jusqu’à nouvel ordre. Cette situation, grave et alarmante, révèle un profond mépris de la condition étudiante. Comment exiger concentration, sérénité et réussite académique de jeunes privés de leur droit le plus élémentaire : se nourrir dignement ?
Cette décision survient au moment même où de nombreux étudiants sont en pleine période d’examens. Elle devient proprement scandaleuse lorsqu’on la confronte au contexte national : le Président de la République et son Premier ministre sont en tournée politique à travers le pays, mobilisant moyens, ressources et énergies pour des agendas partisans, pendant que des milliers d’étudiants sont laissés à la faim, à l’angoisse et à la précarité. Ce contraste est indécent, presque inhumain.
Les étudiants comptent parmi les plus grandes victimes de cette crise. Ce sont nos chapiteaux qui ont été incendiés, nos cadres d’apprentissage qui ont été détruits. Pendant sept longs mois, nous sommes restés sans cours, hypothéquant notre avenir académique et professionnel. Et aujourd’hui encore, loin de toute politique de réparation ou d’accompagnement sérieux, nous subissons l’improvisation, l’abandon et l’indifférence.
Avant d’exiger des sacrifices du peuple, les gouvernants doivent d’abord montrer l’exemple. Qu’ils commencent par réduire leurs propres salaires : Président de la République, Premier ministre, ministres, députés, directeurs généraux. Qu’ils renoncent à leurs privilèges exorbitants et démontrent, par des actes concrets, que l’effort national est réellement partagé.
Si l’économie sénégalaise est à l’agonie, ce n’est ni par fatalité ni par manque de ressources. C’est parce que l’État a refusé de traquer efficacement ceux qui ont détourné les deniers publics et qui continuent, deux ans après, de polluer l’espace médiatique sans la moindre inquiétude judiciaire.
C’est parce que les dirigeants persistent à s’engloutir dans des privilèges indécents : véhicules de fonction coûtant cinquante millions de francs CFA ou plus, rémunérations colossales, avantages multiples, au mépris des promesses de rationalisation faites aux Sénégalais.
C’est également parce que des agences publiques inutiles et budgétivores continuent de fonctionner à coups de milliards, en dépit des engagements répétés de fusion et de suppression.
Pendant ce temps, les caisses noires subsistent. À la Présidence de la République comme à l’Assemblée nationale, des fonds opaques demeurent intouchables. Des milliards sont mobilisés, cinq milliards pour soulager certaines victimes, trois milliards cinq cents millions pour récompenser des joueurs, tandis que l’étudiant, pourtant garant du Sénégal de demain, peine à se nourrir, à se loger et à poursuivre ses études dans des conditions humaines.
Dans ce contexte, le ministre Daouda Ngom apparaît, pour nous étudiants, comme une profonde déconvenue. Rarement l’enseignement supérieur sénégalais aura connu une gestion aussi éloignée des réalités du terrain. Son incapacité à répondre aux attentes légitimes des apprenants est manifeste. Quant au directeur du COUD, son incompétence notoire et son absence de considération pour la condition estudiantine aggravent une situation déjà critique.
Comment admettre, en toute conscience, la fermeture des restaurants universitaires en pleine période d’examens, sans la moindre mesure d’accompagnement ? Cette gouvernance déconnectée, indifférente à la détresse sociale, est inadmissible.
La bourse n’est ni une mansuétude administrative, ni une aumône déguisée, encore moins une faveur accordée par indulgence. Elle constitue un droit fondamental, inaliénable et imprescriptible. Elle doit être versée régulièrement, intégralement et sans condition. Pourquoi l’étudiant doit-il, de manière cyclique et épuisante, rappeler l’État à ses obligations, revendiquer sans cesse l’effectivité de ce droit vital et s’engager dans une lutte permanente pour préserver sa dignité et assurer sa simple subsistance ? Jusqu’à quand cette aberration institutionnelle va-t-elle perdurer ?
Il est temps que cette dérive cesse. Trop, c’est trop.
L’étudiant est le socle de la nation de demain, le moteur du progrès, l’espoir de sa famille et le garant de l’avenir collectif. Il est la promesse d’un leadership responsable et éclairé. À ce titre, il mérite respect, considération et reconnaissance.
Nous exigeons la réouverture immédiate des restaurants universitaires, le paiement diligent et intégral des bourses, ainsi qu’une gouvernance responsable et humaine de l’enseignement supérieur.
Enfin, nos pensées vont à nos camarades étudiants meurtris, à ceux dont les corps portent encore les stigmates d’une répression absurde et disproportionnée. Elles vont également à ceux plongés dans une précarité extrême, survivant dans une disette quotidienne, contraints de jongler entre pénurie et détresse pour simplement continuer d’exister dans une République qui semble, hélas, avoir oublié ses enfants.
