Contre La sansure

 »À partir d’aujourd’hui, la Guinée (…) est face à l’épreuve de sa gouvernance. »

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La nomination complète des membres du gouvernement marque toujours plus qu’un simple changement d’organigramme. Elle constitue un moment de clarification. À cet instant précis, l’État cesse d’être une promesse pour devenir une réalité observable. Ce n’est plus le temps des intentions, mais celui de la cohérence.

Désormais, la question centrale n’est pas de savoir qui gouverne, mais comment l’État va fonctionner ?

Un gouvernement n’est pas jugé à la diversité de ses profils ni à la nouveauté de ses visages, mais à sa capacité à produire une action lisible, coordonnée et durable. C’est à cette épreuve que commence réellement l’exercice du pouvoir.

La Guinée entre ici dans une phase où la stabilité ne dépend plus seulement de l’autorité, mais de la régularité. Les citoyens observent moins les annonces que la constance des décisions. Ils attendent moins des discours que des résultats perceptibles dans leur quotidien. Cette attente silencieuse est aujourd’hui le principal baromètre de la crédibilité publique.

Un gouvernement nouvellement installé hérite toujours d’un double défi. Il doit répondre à l’urgence sans s’y enfermer. Il doit agir vite, sans céder à l’improvisation. L’histoire récente montre que la gouvernance par réaction affaiblit l’État à long terme. À l’inverse, la gouvernance par méthode, même exigeante, produit de la confiance.

Dans ce contexte, la coordination devient un enjeu central. La qualité d’un gouvernement se mesure à sa capacité à faire travailler ensemble ses composantes, à éviter la dispersion, à inscrire chaque décision dans une trajectoire cohérente. Un État fort n’est pas un État bruyant. C’est un État prévisible, compréhensible et constant.

La nomination d’un gouvernement est aussi un message. Elle dit comment le pouvoir se conçoit lui-même comme :  une gestion du présent ou comme une construction du temps long. Ce message ne s’exprime pas uniquement dans les textes officiels, mais dans les pratiques, les arbitrages et les priorités réelles.

Les semaines à venir seront donc décisives, non par leur intensité médiatique, mais par leur valeur structurante.  C’est dans la discrétion du travail gouvernemental que se jouera l’essentiel à savoir : la capacité de l’État à s’imposer comme une institution stable, indépendante des circonstances et respectueuse de ses propres règles.

À partir d’aujourd’hui, la Guinée n’est plus dans l’attente d’un gouvernement. Elle est face à l’épreuve de sa gouvernance. Et c’est à cette hauteur calme, exigeante et durable que l’histoire, une fois encore, observera l’action publique.

Abdourahamane CONDE
Politologue

Source: https://www.visionguinee.info/

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