Contre La sansure

« Il n’y a qu’ensemble que nous serons plus forts »

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Tiken Jah Fakoly revient sur les motivations de sa chanson  » Mutamba  » et lance un appel pour l’unité du continent africain.

 » Mutamba « , c’est le titre de la toute dernière chanson de Tiken Jah Fakoly. Un morceau engagé qui fait déjà beaucoup parler. À travers ce titre, l’icône du reggae africain rend hommage à Constant Mutamba, ancien ministre congolais de la Justice, aujourd’hui incarcéré. L’artiste dit avoir voulu mettre en lumière le parcours d’un jeune responsable politique qu’il considérait comme prometteur, n’hésitant pas à établir un parallèle audacieux avec Patrice Emery Lumumba.

Lisez l’interview de la DW avec Tiken Jah Fakoly

 

DW : Tiken Jah Fakoly, bonjour.

Tiken Jah Fakoly : bonjour!

 

DW : Votre nouvelle chanson, Mutamba rend hommage à l’ancien ministre congolais de la justice, Constant Mutamba, qui est aujourd’hui emprisonné. Qu’est-ce qui vous a poussé à transformer son histoire en un message musical engagé?

Tiken Jah Fakoly : Bah écoutez, moi je suis un peu l’artiste qui chante finalement pour les gens qui ont des problèmes puisque je l’ai fait à l’époque, lorsque Ousmane Sonko avait des soucis au Sénégal. J’ai apporté mon soutien. Pas avec une chanson, mais avec des tee-shirts que je portais pendant mes concerts. Et j’ai fait la même chose pour Alpha Condé, l’ancien président guinéen. Voilà, après des élections en Guinée, il avait été arrêté et incarcéré. Et donc j’ai vu Monsieur Constant Mutamba monter. Donc voilà, ça m’a paru un peu bizarre que depuis que ce monsieur a dit qu’il avait l’intention de diriger le Congo et que les choses allaient se passer autrement, j’ai eu l’impression que les anciens n’ont pas aimé.

Voilà, moi je fonctionne par inspiration. Et puis bon, la chanson est venue, j’ai décidé de chanter pour lui apporter mon soutien. Et puis bon, il s’agit du Congo. Tout le monde sait que la justice dans nos pays africains, surtout au Congo, c’est assez spécial.

DW : Vous établissez un parallèle très fort entre Mutamba et Patrice Emery Lumumba, notamment à travers la formule « Mutamba tu nous rappelles Lumumba ». Pourquoi avoir choisi cette association symbolique et quel message est-ce que vous voulez passer en formulant ça ainsi?

Tiken Jah Fakoly : Vous savez, nous on est un peu loin du Congo. Moi je viens de la Côte d’Ivoire. Quand je vois Monsieur Mutamba s’exprimer, il me rappelle simplement Lumumba.

J’ai vu que ce monsieur ose dire des choses, ose faire des choses, et comme Patrice Lumumba, oser dire des choses qui lui ont peut-être coûté la vie. Mais je pense que c’est parce qu’il a osé prendre position qu’on parle de lui aujourd’hui, près de 60 ans après.

DW : Vous appelez aussi explicitement les Congolais à s’approprier le combat de Constant Mutamba. En tant qu’artiste panafricaniste, quel type de mobilisation est-ce que vous espérez susciter auprès du public congolais et africain à travers cette chanson?

Tiken Jah Fakoly : Ce que j’attends des Congolais, c’est une mobilisation pour réclamer la libération de Monsieur Mutamba, parce qu’on a voulu l’empêcher d’être candidat. Mais que les Congolais fassent tout pour qu’il soit candidat.

Et c’est ce que j’attends des Congolais.

DW : Monsieur Tiken Jah Fakoly, ce n’est pas la première fois que vous vous intéressez à la RDC. En juin 2015, si je ne me trompe pas, vous étiez venu en RDC au moment de la naissance des mouvements citoyens Lucha, Filimbi…Vous avez même été expulsé. Aujourd’hui, l’eau a coulé sous les ponts. Des personnes avec qui vous étiez à ce moment là, se sont retrouvées aujourd’hui dans le gouvernement.

Quel regard est-ce que vous portez justement sur l’évolution de l’actualité politique en RDC?

Tiken Jah Fakoly : A l’époque, effectivement, j’avais fait une vidéo pour apporter mon soutien à ceux qui se battaient pour éviter que Monsieur Kabila ne fasse un troisième mandat. Bon, moi j’ai été expulsé, effectivement, je suis allé pour un concert. Dès ma descente de l’avion, il y a un policier qui est venu me demander mon passeport. Moi, je pensais que c’était fait pour faciliter mon entrée au Congo, mais bon. Et puis on a été mis dans le même avion qui nous a ramené en Belgique.

Et surtout, ils ont dit aux autorités belges que nous étions des terroristes. Moi, je suis panafricaniste, je m’intéresse à toute l’Afrique en fait, parce que pour moi, c’est l’Afrique qui va gagner tous les combats, les 54 pays ensemble. Tant qu’on sera dispersés en petits morceaux comme ça, on n’avancera pas.

DW : Vous vous intéressez à l’Afrique, vous parlez de l’unité de l’Afrique, vous parlez même des Etats Unis d’Afrique. On voit aujourd’hui quand même qu’il y a aussi des petites dissensions sur le continent. On a d’un côté les pays de l’Est et puis on a le reste du continent, les Etats-Unis d’Afrique, comment?

Tiken Jah Fakoly : Ecoutez, moi je suis parmi ceux qui sont déçus parce que nos parents nous ont laissé des communautés, par exemple la CEDEAO, mais qui a échoué parce que la CEDEAO n’a pas été capable de résoudre les conflits d’une manière juste.Et donc, ce qui a fait que les Africains ont été déçus par la CEDEAO.

Mais j’aurais préféré quand même que même si on changeait le nom de la CEDEAO…Mais j’aurais préféré que tous les pays africains de l’Ouest restent ensemble.

Parce que diviser, les trois pays qui constituent aujourd’hui l’AES se disent unis, mais ils ont trois présidents, il y a trois gouvernements.

Donc on a l’impression que bon, c’est être unis pour éviter d’aller aux élections.

Je suis quand même meurtri de voir ça. Enfin, ça me fait mal. J’aurais préféré que la communauté s’agrandisse au lieu de se diviser. Aujourd’hui, on est divisé, donc on est divisé, on est affaibli.

J’ai l’impression qu’on a échoué et même pour moi qui ai chanté l’unité depuis un moment, j’ai l’impression que j’ai échoué parce que, au lieu que les gens soient unis, finalement les gens sont divisés.

Moi, j’espérais qu’avec l’arrivée des nouveaux leaders jeunes comme Ousmane Sonko, je pense que les gens, des gens comme Alassane Ouattara, ne resteront plus longtemps au pouvoir.

Et puis bon, si on arrivait à rajeunir la classe politique des gars comme Ousmane Sonko arrivé à la tête de la CEDEAO, je pense qu’ils vont dire les choses comme il faut.Ils vont faire respecter la CEDEAO.

DW : Merci beaucoup.

Tiken Jah Fakoly : C’est moi, c’est moi.

 

Par Wendy Bashi

Source: https://www.dw.com/fr

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