Macky Sall à la tête de l’ONU ? Il y a « un intense lobbying » pour qu’il soit candidat
Depuis plusieurs mois, l’ancien président sénégalais Macky Sall laisse planer le suspens quant à une potentielle candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, vacant fin 2026. Une possibilité qui divise dans son pays où ses opposants fustigent son bilan en matière de démocratie et de gestion des finances.
Macky Sall sera-t-il candidat pour prendre la tête de l’ONU ? Depuis plusieurs mois, la rumeur enfle, alimentée par l’intéressé lui-même. « Je ne l’écarte pas si les gens estiment que je peux apporter modestement ma contribution pour redorer le blason de l’ONU » déclarait-t-il en septembre 2025 sur le média en ligne H5 Motivation.
Installé à Marrakech depuis la fin de son second mandat, l’ancien président sénégalais n’a pour l’heure pas officialisé sa candidature. Mais le sujet est revenu sur la table de manière inattendue début février à la faveur de la visite officielle du président Bassirou Diomaye Faye au Congo.
« Les échanges ont permis d’aborder l’actualité diplomatique africaine, notamment la candidature de l’ancien président sénégalais, Macky Sall, au poste de secrétaire général des Nations unies » ont déclaré les autorités congolaises, estimant que celle-ci « peut faire l’objet du soutien de l’ensemble des États africains« .
Une déclaration qui fait couler beaucoup d’encre au Sénégal, ravivant le clivage entre les soutiens de l’ancien président et ceux du nouveau pouvoir.
Une candidature crédible ?
L’information autour d’une potentielle candidature de Macky Sall avait d’abord fuité par voie de presse. Fin mai 2025, le média Africa Intelligence s’était fait l’écho d’une rencontre entre Emmanuel Macron et Macky Sall deux mois plus tôt à l’Élysée pour évoquer cette éventualité.
Interrogé sur ce sujet quatre mois plus tard, Macky Sall n’avait pas caché son intérêt pour le poste. « Mon expérience personnelle, partie du local, au régional puis au global devrait pouvoir me permettre (…) d’aider à bâtir une organisation nouvelle, refondée, à la lumière des difficultés que l’ONU a aujourd’hui » déclarait-t-il alors sur la chaîne YouTube H5 Motivation. « Je pense avoir les capacités de pouvoir parler aux uns et aux autres » avait-il poursuivi, conditionnant sa candidature à « la volonté » des pays membres du Conseil de sécurité, du Sénégal, de l’Afrique et « du monde islamique ».
L’ancien président soulignait alors que « beaucoup de personnes, d’organisations et de pays » souhaitaient sa candidature. Une affirmation jugée crédible pour Alioune Tine, président du centre de réflexion Afrikajom Center. « Macky Sall a eu une diplomatie d’une réelle influence en Afrique et dans le monde. Il est proche à la fois d’Emmanuel Macron, de Vladimir Poutine et des pays du Golfe ».
Lobbying international
Dans ce contexte, la déclaration de la présidence congolaise, semblant valider à l’avance la candidature de Macky Sall, a suscité de nombreuses interrogations au Sénégal.
Rien de surprenant, juge pour sa part un ex-conseiller de l’ancien président contacté par France 24. « Pour candidater, Macky Sall doit rassembler un maximum de soutiens à l’international. Au vu des très mauvaises relations entre l’ancien président et l’actuel pouvoir sénégalais, il est n’est pas étonnant que cette discussion se fasse au niveau des chefs d’États africains ».
En octobre 2025, l’un d’eux avait déjà déclaré ouvertement faire campagne pour Macky Sall à la présidence de l’ONU. Umaro Sissoco Embaló, alors président de la Guinée-Bissau, avait chanté les louanges de son aîné dans une interview au magazine Jeune Afrique, le décrivant comme « cochant toutes les cases ». Ironie du sort, ce dernier a depuis rejoint Macky Sall dans son exil marocain, exfiltré après le coup d’État militaire dans son pays.
« D’intenses lobbies travaillent aujourd’hui à ce que Macky Sall soit candidat, en Afrique et dans le monde », affirme un de ses proches soutiens, selon qui le sujet a bien été abordé avec Emmanuel Macron mais également avec le président ivoirien Alassane Ouattara qui « n’y est pas indifférent », précise-t-il.
Course pavée d’obstacles
Pour convaincre les quinze membres du Conseil de sécurité – et en particulier des cinq permanents qui peuvent faire usage de leur veto (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France) – l’ancien président sénégalais a quelques cartes à faire valoir.
Outre ses douze années à la présidence du Sénégal (2012 – 2024), Macky Sall a occupé plusieurs hautes fonctions à l’international : président en exercice de l’Union Africaine (2022 à 2023), envoyé spécial du Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète (4P, nommé par Emmanuel Macron en 2023) et co-dirigeant du thinktank international Global Center on Adaptation (GCA, depuis 2023), au côté de l’ancien chef de l’ONU Ban Ki-moon.
Mais plusieurs obstacles demeurent. En théorie le secrétariat général de l’ONU devrait revenir à l’Amérique Latine, selon la pratique de rotation par continents, même s’il ne s’agit pas d’une règle formelle. Certains États membres plaident par ailleurs pour qu’une femme soit choisie, bien que cette idée ne fasse pas consensus.
Polémique au Sénégal
Enfin, au sein de son propre pays, la candidature de Macky Sall divise. Alors que certains y voient une chance de faire rayonner le Sénégal et par extension l’Afrique, sur la scène internationale, d’autres sont bien décidés à y faire barrage.
« Monsieur Macky Sall est disqualifié au vu de son bilan en matière de droits humains et de démocratie » assène Seydi Gassama, le représentant de l’ONG Amnesty International au Sénégal.
« Il a instrumentalisé les institutions et en particulier la justice pour écarter ses adversaires. Plus de 65 personnes sont mortes lors de manifestations réprimées par la police » poursuit-il. « Nommer Macky Sall à la tête d’une organisation dont le rôle est de protéger la paix, la sécurité, le développement et les droits humains serait un très mauvais signal ».
De 2021 à 2024, lors du second mandat de Macky Sall, le Sénégal a traversé une profonde crise politique, émaillée de violences, liée à l’arrestation puis la condamnation, notamment pour « corruption de la jeunesse », de l’ancien opposant Ousmane Sonko, leader du Pastef.
Au pouvoir depuis avril 2024, le duo Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko a promis de « faire toute la lumière » sur les pertes humaines lors de ces manifestations. Il accuse également Macky Sall d’avoir maquillé les comptes publics pour cacher une dette de près de 7 milliards de dollars. Une dissimulation démentie par l’ancien président mais bien confirmée par le Fonds monétaire international (FMI).
Pour l’heure ni Bassirou Diomaye Faye ni Ousmane Sonko ne se sont exprimés sur la potentielle candidature de Macky Sall à l’ONU.
Quelques personnalités du Pastef ont fait part de leur ferme opposition, comme le député Guy Marius Sagna, pour qui le soutien du Sénégal serait « une trahison de nos martyrs ». « Une spéculation inutile », a répondu le ministre conseiller à la présidence de la République Bentaleb Sow, décrivant cette éventualité comme inconcevable.
Pourtant le débat ne semble pas complètement clos au sein du camp présidentiel. Alhousseynou Ba, membre de la coalition Diomaye Président, a ainsi publié une tribune pour soutenir cette candidature au nom « du bien supérieur de la nation et du continent ».
Contacté par France 24, la présidence du Sénégal s’est refusée à tout commentaire.
Le sujet devrait être débattu au sommet de l’Union africaine (UA), prévue du 11 au 15 février 2026 au siège de l’UA, à Addis-Abeba en Éthiopie.
Le 7 février, trois jours après son retour du Congo, Bassirou Diomaye Sonko a fait savoir qu’il ne se rendrait pas à la réunion des chefs d’États africains. Il y sera représenté par son Premier ministre Ousmane Sonko.

