Le Mali à l’épreuve de la polycrise
La situation au Mali demeure aujourd’hui une grave urgence nationale, des millions de personnes étant confrontées à des pénuries critiques dans tous les secteurs. Le pays traverse en effet une crise aiguë et multidimensionnelle qui paralyse gravement la vie quotidienne, et des millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire. La convergence d’un mal de gouvernance, d’une violente insurrection ‘‘djihadiste’’ en cours – incluant des blocus stratégiques de villes – avec de graves pénuries de carburant et des chocs liés au changement climatique a entraîné l’effondrement des services essentiels.
Le Mali, véritable carrefour commercial historique en Afrique, traverse une crise énergétique historique, marquée par des pénuries de carburant qui provoquent des coupures de courant généralisées et paralysent l’activité économique et la vie quotidienne. Le pays dépend fortement de générateurs diesel vieillissants et de l’énergie hydroélectrique, et un endettement important perturbe l’approvisionnement. Les insurgés ciblent les camions-citernes, créant un blocus qui empêche le carburant d’entrer dans les villes et fait tripler les prix au marché noir. Le manque d’électricité fiable affecte tous les aspects de la vie, de l’eau potable à l’assainissement, en passant par la chaîne du froid indispensable aux médicaments. La plupart des établissements de santé du pays n’ont pas ou peu accès à l’électricité, et le conflit a contraint de nombreux centres de santé à fermer leurs portes. Ces mêmes établissements sont confrontés à de graves pénuries d’équipements et de médicaments. La malnutrition et les épidémies, exacerbées par les inondations, plongent la population dans un besoin urgent d’aide humanitaire.
Le prix des produits de première nécessité comme le pain et le riz a doublé ou triplé dans la plupart des régions. Si le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une possible reprise fin 2026, portée par la production d’or, les niveaux de pauvreté actuels restent extrêmes : plus de 85 % de la population vit dans la pauvreté et beaucoup peinent à se procurer des aliments et des soins médicaux de base. Les projections du FMI reposent sur l’hypothèse d’une amélioration de la sécurité, ce qui demeure incertain compte tenu des tendances observées en 2025-2026. Pour de nombreux Maliens, la réalité est aujourd’hui marquée par une flambée des prix des produits de base, aggravée par les mesures de blocus.
Le pays enclavé est confronté à la perturbation de ses principaux axes commerciaux (comme la route Dakar-Bamako) en raison de l’insécurité, ce qui aggrave davantage la pénurie et la flambée des prix des denrées alimentaires et des biens de consommation. Les emplois formels sont rares, et la plupart des jeunes se tournent vers un marché du travail informel déjà saturé. Le retrait des institutions régionales et internationales n’a pas instauré la stabilité ; au contraire, il a accentué l’incertitude politique et économique, et la situation sécuritaire demeure critique.
Notre pays traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente. Dans plusieurs régions – Kayes, Ségou, Mopti, Gao, Ménaka, Kidal – les violences se multiplient, les populations sont abandonnées à elles-mêmes et des milliers de familles vivent dans la peur, l’exil ou le deuil. Ce drame n’est pas une fatalité. Il est le résultat d’un effondrement progressif de la gouvernance, d’un isolement diplomatique dangereux et d’une absence totale de vision pour notre jeunesse, qui devient chaque jour plus vulnérable aux trafics, à la migration forcée et aux groupes armés.
Face à cette situation, nous réaffirmons notre conviction profonde: le Mali peut se relever, mais seulement avec un sursaut national et un partenariat régional et international responsable. Nous devons restaurer un cadre institutionnel crédible, sécuriser nos régions avec des mécanismes efficaces, offrir à notre jeunesse des perspectives réelles, relancer notre économie sur des bases solides, et réintégrer le Mali dans une diplomatie constructive et moderne.
Nous continuerons, avec constance et détermination, à porter cette vision auprès de nos partenaires régionaux et internationaux et de tous ceux qui croient encore en un Mali stable, digne et prospère. L’heure n’est plus aux discours incantatoires. L’heure est à l’action, à la lucidité et au courage.
Cheick Boucadry Traore
Source: https://www.maliweb.net/
