Gouvernance : Des propositions de Charles Blé Goudé pour une autre Côte d’Ivoire
Invité de l’émission « Droit dans les Yeux » sur 7Info, le mardi 10 février 2026, Charles Blé Goudé, président du Cojep, a présenté les fondements de la vision politique qu’il entend proposer aux Ivoiriens.
Déclinant les axes majeurs de son programme, il a exposé une série de réformes qu’il juge essentielles pour ouvrir « les portes d’une autre Côte d’Ivoire ».
Un ambitieux programme de souveraineté alimentaire
Au cœur de son intervention, Charles Blé Goudé a mis en avant un Plan d’urgence pour la souveraineté alimentaire (Pusa). Constatant la forte dépendance du pays en matière d’importations, notamment pour le poisson, dont 80 % proviendraient de l’extérieur, il estime que la Côte d’Ivoire dispose néanmoins d’atouts naturels suffisants pour inverser la tendance, à savoir mers, lagunes et rivières appelées à être mieux exploitées.
Prenant l’Égypte en exemple, premier producteur africain de poisson, il affirme que la Côte d’Ivoire pourrait, à condition d’un programme structuré, atteindre un niveau similaire de performance.
Pour lui, la souveraineté alimentaire concerne également le riz, la viande et plus largement toutes les productions stratégiques. Un tel projet, soutient il, serait susceptible de créer des emplois directs et indirects, tout en contribuant à rééquilibrer la balance commerciale.
Des priorités partagées, mais une application différente
Interrogé sur l’essentiel de ses priorités, il cite entre autres, l’unité nationale, le pouvoir d’achat, l’éducation, la santé, l’emploi, la formation. Des objectifs, reconnaît-il, qui ne diffèrent pas fondamentalement de ceux fixés par les dirigeants successifs.
La distinction, selon lui, se situerait dans « l’applicabilité » et « la dignité » de l’action publique, à l’instar des divergences de méthodes existant entre forces politiques. Sans entrer dans la polémique, il affirme que la différence réside dans la manière de mettre en œuvre ces priorités.
Pour un système éducatif tourné vers les compétences
Charles Blé Goudé a longuement insisté sur la nécessité de transformer le système éducatif. Il plaide pour une transition d’un modèle essentiellement diplômant vers un modèle davantage qualifiant, mieux adapté aux besoins évolutifs de la société et du marché du travail.
Selon lui, la formation doit viser les compétences pratiques autant que les titres académiques. Il propose notamment de multiplier les filières professionnelles dès les classes de collège, afin de valoriser les métiers techniques souvent dépréciés.
Il appelle ainsi à briser le « complexe social » qui entoure certains métiers, entre autres, la plomberie, l’agriculture et à instaurer un forum annuel destiné à récompenser et valoriser les professionnels de ces métiers.
Une vision renouvelée de l’opposition politique
Le président du Cojep souhaite incarner une opposition constructive, davantage fondée sur la proposition que sur la confrontation. À l’en croire, critiquer ne devrait pas signifier simplement dénoncer, mais également faire des propositions constructives.
Il affirme vouloir reconnaître les efforts accomplis par ses adversaires politiques lorsque cela s’impose, tout en proposant des améliorations. « Celui qui est face à vous porte un projet », dit-il, insistant sur sa volonté de privilégier l’intérêt national aux ambitions personnelles.
Un fonds garanti pour la prise en charge des urgences
Dans le domaine de la santé, Blé Goudé propose la création d’un fonds garanti pour la gestion des urgences médicales. L’objectif serait de permettre la prise en charge immédiate des patients avant toute considération financière, les questions de paiement n’intervenant qu’après évaluation de la situation sociale du malade.
Ce mécanisme, soutient-il, contribuerait à relever l’espérance de vie en Côte d’Ivoire, actuellement inférieure à la moyenne africaine fixée par l’Oms.
Une idéologie assumée et une expérience personnelle revendiquée
Revendiquant une appartenance à la social démocratie, il rappelle que toute politique publique découle d’une idéologie structurée. Il affirme avoir, lors de ses années hors du pays dont huit passées en détention, longuement réfléchi aux dysfonctionnements sociopolitiques ivoiriens et à leurs causes profondes.
Il exhorte les responsables politiques à toujours privilégier la vie et la stabilité de la nation, prenant pour exemple les choix faits aux côtés de Simone Gbagbo.
Face aux accusations
Enfin, Charles Blé Goudé répond aux accusations de trahison portées contre lui. Rappelant sa situation administrative et judiciaire, absence d’inscription électorale, condamnation non amnistiée, comptes gelés, il insiste sur le fait que, malgré ces obstacles, il a toujours privilégié le dialogue et la recherche de compromis. « On m’a rejoint dans le dialogue », affirme-t-il, estimant que cela valide rétrospectivement ses positions.
Par Jean Bavane Kouika

