À Paris, deux rassemblements aux visions divergentes après les frappes sur l’Iran
Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés à Paris, dimanche 1er mars 2026, au lendemain des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran qui ont tué notamment le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Deux rassemblements distincts se sont succédé, l’un place de la République, l’autre place de la Bastille.
Selon la police, 4 000 personnes réunies à Paris ont pris part à la manifestation partie de la Bastille pour rejoindre la place des Pyramides. Des drapeaux au lion et soleil – ceux de l’ancienne monarchie iranienne –, des drapeaux américains, des drapeaux israéliens et des drapeaux français ont été brandis. Plusieurs portraits de Reza Pahlavi, fils et héritier de l’ancien chah d’Iran, étaient visibles dans le cortège. Des banderoles proclamaient notamment « Iran, vie, liberté avec Reza Pahlavi » ou encore « Make Iran Great Again ». Des slogans hostiles à la République islamique ont également été scandés, selon une journaliste de l’AFP sur place.
Soutien aux frappes et espoir de transition
Dans ce cortège parti de la place de la Bastille, Daria, cheveux noirs détachés, fait part de sa satisfaction, au lendemain de l’élimination du Guide suprême iranien Ali Khamenei. « On est très contentes. On remercie d’ailleurs Donald Trump et Benyamin Netanyahu pour avoir fait ça. C’était un soulagement pour tout le peuple iranien », confie-t-elle au micro de Laurence Théault pour RFI.
Afsaneh, 34 ans, a quitté l’Iran il y a cinq ans et vit désormais en France. Elle raconte avoir échangé avec son frère resté sur place : « Ils sont dans la rue, ils dansent. C’était très dangereux parce qu’il y a encore des bombardements, mais ils n’arrivent pas à croire qu’il (Ali Khamenei) est mort. »
Med, lui, estime que les frappes étaient devenues inévitables. « Normalement, je ne suis pas pour les attaques extérieures, mais après ce qui s’est passé, c’est légitime. Il y a un moment où il faut dire »assez, c’est assez ». On attend un bon geste des Européens, tout comme les États-Unis et Israël, pour aider à la libération de l’Iran », déclare-t-il, rappelant que le pays « a essayé plusieurs fois, pendant au moins 100 ans ou plus, d’avoir la démocratie ».
Zoya, brandissant un portrait de Reza Pahlavi, dit croire en une transition réussie. « Je suis souverainiste personnellement, et le peuple iranien aussi. Depuis quatre ou cinq ans, chaque fois que vous entendez parler d’alternative, c’est Reza Pahlavi qui revient. Après 47 ans avec un dictateur fasciste, les Iraniens sont très matures. Je pense que la transition se passera vraiment bien », assure-t-elle, avant de se mettre à danser sur l’hymne iranien.
Selon elle, sans « intervention étrangère », impossible pour l’Iran de « s’en sortir ». « On dit merci à M. Netanyahu, qui était notre allié. Et là, je ne parle pas pour moi. Sincèrement, je suis en train de vous dire la voix du peuple iranien », insiste-t-elle.
Condamnation de l’intervention extérieure
Un peu plus tôt, place de la République, quelques centaines de personnes s’étaient réunies pour protester, elles, contre les frappes israélo-américaines, jugées contraires « au droit international ».
Moussa, présent à l’appel de l’association « Femme Vie Liberté », a dénoncé l’intervention militaire : « Une guerre extérieure, un bombardement extérieur, ce n’est pas la solution pour l’Iran (…) Il y a des unités de résistance intérieures, indépendantes, pour un Iran libre. Il suffit pour nous que Khamenei ait été tué. C’est fini. Le reste, le peuple iranien peut le faire. »
Behrooz Farahany, 67 ans, Franco-Iranien arrivé en France en 1982 et membre de l’association Solidarité socialiste avec les travailleurs en Iran, explique le gouvernement iranien doit être renversé « par les Iraniens et personne d’autre ». « On condamne cette guerre contraire au droit international », affirme-t-il.
Même position pour Batoul Arasteh, 75 ans, drapeau « Femmes Vie Liberté » à la main. Sans nouvelles de ses proches depuis le 27 février, elle affirme que « c’est le peuple iranien qui décide ». Elle redoute que « l’Iran devienne comme la Syrie ou l’Irak ». « Hier (samedi 28 février), 140 enfants ont été tués, c’est le peuple qui souffre », déplore-t-elle.
Deux rassemblements, deux lectures opposées d’une même séquence : à Paris, la mort d’Ali Khamenei et les frappes contre l’Iran ont fait émerger des espoirs, mais aussi des inquiétudes profondes au sein des manifestants.
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