RECRUTEMENT DES GUINÉENS RAPATRIÉS : la vraie compassion ne peut s’exprimer en dehors du Droit.
Par l’annonce, le 3 Mars 2026, d’un concours spécial réservé aux Guinéens rapatriés, relayée notamment par Allure Info qui tiendrait l’information de la télévision nationale, le Ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, dirigé par M. Morissanda Kouyaté, entend offrir cent cinquante (150) postes dans la fonction publique à une catégorie spécifique de citoyens.
L’objectif affiché est noble : favoriser la réinsertion socio-professionnelle des compatriotes rapatriés. Dans une Guinée confrontée au chômage et à la précarité, une telle ambition mérite d’être saluée.
Mais en « République », les bonnes intentions ne suffisent pas. Elles doivent impérativement s’inscrire dans le respect du Droit.
L’égalité est le fondement de la République. L’accès à la fonction publique n’est pas une faveur accordée par l’administration. Il s’agit d’un droit encadré par la loi, fondé sur l’égalité, le mérite et la transparence.
En Guinée, aucun citoyen ne doit être exclu d’un concours d’accès à la fonction publique en raison de son parcours personnel, de sa situation migratoire ou de son histoire individuelle, sauf si la loi en dispose expressément.
Le concours public est précisément conçu pour garantir : l’égalité des chances, l’impartialité de l’administration et la sélection des meilleurs profils. Y porter atteinte, même pour des raisons sociales bien compréhensibles, revient à fragiliser l’un des piliers de la République.

En réservant ces postes exclusivement aux rapatriés, sans base légale claire, l’administration introduit une discrimination institutionnelle qui, en vérité, est une dérive administrative extrêmement préoccupante.
Cette démarche pose une question simple : *Pourquoi un jeune diplômé resté au pays, sans emploi depuis plusieurs années, serait-il juridiquement moins légitime qu’un rapatrié pour accéder à la fonction publique, alors que tous sont guinéens et ont droit aux mêmes opportunités ?*
En créant une catégorie privilégiée sans fondement normatif, l’État rompt l’égalité républicaine et ouvre la voie à l’arbitraire administratif. *Aujourd’hui les rapatriés, demain qui d’autre ?*
Cette procédure expose dangereusement l’administration à des recours judiciaires, des annulations possibles de recrutements et une eventuelle instabilité statutaire des agents à recruter. Plus grave encore, elle affaiblit la confiance des citoyens dans l’impartialité de l’État.
Quand les règles cessent d’être les mêmes pour tous, c’est la légitimité des institutions qui vacille. Aucune politique sociale ne peut prospérer durablement sur une base juridiquement fragile.
*Soyons clairs : défendre l’État de Droit ne signifie pas s’opposer à la réinsertion des rapatriés qui, faut-il le reconnaître, sont partie intégrante de notre peuple. Bien au contraire. Je dis 100 fois « OUI » à la solidarité voulue, et 1.000 fois « NON » à l’illégalité et à l’inégalité. La solidarité nationale est une exigence morale et politique. Mais elle doit être organisée légalement.*
Trois (3) voies respectueuses du Droit s’imposent :
1- Ouvrir le concours à tous, avec des dispositifs d’accompagnement spécifiques pour les rapatriés, ce qui ne serait pas inacceptable ;
2- Adopter une loi encadrant explicitement un mécanisme spécial d’intégration des rapatriés à la fonction publique ;
3- Si tout cela est encombrant, alors un projet de décret sur le bureau du Président de la République pour les faire nommer à des postes que vous prendriez le temps d’identifier en amont aux AE et/ou dans d’autres départements. Ils peuvent aussi être recrutés par des sociétés publiques dans le besoin.
Mais s’il faut passer par le concours, on n’en respecte toutes les règles déjà établies, parce que la République ne se négocie pas. La fonction publique appartient à tous les citoyens, non à des catégories circonstancielles. La justice sociale ne se construit pas par des passe-droits, mais par des règles communes, justes et transparentes. La seule manière de gouverner équitablement est de respecter les droits de tous et faire protéger la République par le Droit.
En contournant les principes fondamentaux, même au nom d’une compassion bien compréhensible, on fragilise l’édifice institutionnel et on banalise l’exception. Or, l’exception devient toujours, tôt ou tard, la règle.
La réinsertion des Guinéens rapatriés est une nécessité nationale. Mais elle ne saurait justifier une entorse aux principes républicains. L’État doit être le premier à respecter la loi. Car c’est dans le respect du droit que naissent la confiance, la stabilité et la cohésion sociale. Sans égalité et légalité, il n’y a ni justice durable, ni République forte. Le peuple n’est pas comptable des promesses hasardeuses.
