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Guinée : le pouvoir de Mamadi Doumbouya suspend la démocratie et le pluralisme politique

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La transition guinéenne, convertie de fait en mandat constitutionnel, vient de franchir un nouveau cap dans la restriction de l’espace politique. Dans la nuit de vendredi, le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation a annoncé la dissolution d’une quarantaine de partis politiques, dont plusieurs des formations les plus anciennes et les plus influentes, véritables piliers de la mémoire politique du pays.

Parmi elles figurent notamment le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) de l’ancien président Alpha Condé, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo, ou encore l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré.

Mais au-delà de la portée politique de cette décision, une contradiction majeure interpelle. Le 25 février 2026, le même ministère avait pourtant accordé aux partis politiques un délai de six mois allant du 25 novembre 2025 au 25 mai 2026, pour se conformer à la nouvelle loi organique sur les partis politiques.
Autrement dit, ce délai n’est pas encore arrivé à son terme. Dès lors, une question s’impose : comment dissoudre des partis politiques avant même l’expiration du délai officiellement prévu pour leur mise en conformité ?

Dans tout État de droit, un délai accordé par l’administration constitue une garantie juridique. Le contourner fragilise la crédibilité même de la règle invoquée. Certains observateurs s’interrogent également sur la validité juridique de cette décision administrative qui apparaît à certains égards, comme une volonté manifeste de retour au « Parti-Etat ».

Au-delà du débat juridique, la portée politique de cette décision est considérable. Les partis concernés, pour la plupart à l’origine du multipartisme en Guinée, ont structuré la vie politique nationale pendant plusieurs décennies et représentent des millions d’électeurs. Leur disparition administrative contribue à réduire davantage un espace politique déjà fortement restreint.

Depuis le coup d’État de septembre 2021, les autorités de transition affirment vouloir refonder l’État et moraliser la vie politique. Mais une réforme institutionnelle ne peut être crédible que si les règles qu’elle instaure sont appliquées avec cohérence, transparence et prévisibilité.

Car une démocratie ne se construit pas par la disparition administrative de l’opposition.

Elle repose sur un principe simple : les règles doivent s’appliquer à tous, y compris à ceux qui les établissent.

La dissolution de partis historiques de la vie politique guinéenne apparaît ainsi, pour de nombreux guinéens, est une tentative d’effacer une part importante de la mémoire politique du pays. Une décision lourde de sens pour une nation dont l’hymne national porte un nom symbolique : Liberté, censée incarner les libertés politiques, économiques, sociales, culturelles et démocratiques.

Oumar Sylla, citoyen indigné

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