SÉNÉGAL : LE DUEL DE L’OMBRE AU SOMMET DE l’ÉTAT
En politique – surtout en Afrique, il n’est pas rare de voir des alliances se former au sein de l’opposition, pour lutter contre le pouvoir en place. Une fois l’objectif atteint, cette union se brise généralement comme un verre de très mauvaise qualité : exercer le pouvoir et partager les hautes responsabilités au sein de l’État est gage d’une mise en place d’une arène.
Gilbert KORONDO, mon défunt père, disait : « Le pouvoir révèle souvent des ambitions cachées et des désaccords. » Cette assertion semble se confirmer aujourd’hui, entre deux grandes figures de la politique sénégalaise : Bassirou Diomaye Faye, l’actuel Président du Sénégal, et Ousmane Sonko, son Premier ministre et chef du gouvernement.
Face à plusieurs discours, spéculations et rumeurs, l’opinion publique sénégalaise et africaine en général, s’interroge sur l’émergence des tensions entre ces deux dirigeants, qui ont longtemps partagé la même lutte politique. Les interrogations se portent aussi sur la compromission de l’unité de PASTEF et sur la solidité du gouvernement. Si ces querelles se poursuivent, comment pourraient-elles affecter la capacité du gouvernement à mettre en œuvre ses réformes économiques et sociales ? Quels compromis stratégiques seraient nécessaires pour maintenir un équilibre entre l’autorité présidentielle et l’influence du Premier ministre ? Ces tensions internes pourraient-elles affaiblir la position du Sénégal sur la scène africaine et internationale ? La fragilité politique du Sénégal pourrait-elle inspirer ou inquiéter d’autres gouvernements africains confrontés à des rivalités similaires ? Le Sénégal traverse-t-il un tournant historique où le pouvoir révèle ses véritables enjeux et ambitions ? Et la liste des questions n’est pas exhaustive.
En effet, depuis leur accession au pouvoir en 2024, le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko, ont suscité de grands espoirs parmi le peuple sénégalais, ainsi que parmi l’ensemble de la population africaine, car leur union et leur soutien lors de leur victoire électorale ont représenté un tournant historique pour le Sénégal, la Terre des Lions de la Teranga, après plusieurs années d’opposition au régime de Macky Sall. Cependant, malgré leur alliance politique et leurs convictions politiques communes, des tensions les ont progressivement habités. Pour mieux comprendre les implications de cette discorde qui met en péril l’avenir du régime, il est important de rappeler que Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko travaillaient pour des objectifs communs : renverser démocratiquement le régime de Macky Sall et restaurer la gloire passée du Sénégal par le biais du PASTEF, le parti politique auquel tous deux appartiennent et dont l’objectif est la défense des intérêts du Sénégal aux niveaux régional et international, avec une vision panafricaine.
Il s’agit pour ce parti de créer un Sénégal juste, responsable et uni, où le bien-être des citoyens prime sur les privilèges de l’élite ; ce qui lui a valu de s’imposer comme une figure majeure de l’opposition sénégalaise. Lorsque la candidature à la présidence de Sonko a été bloquée pour cause des décisions judiciaires, il a décidé de soutenir son camarade d’armes, Bassirou Diomaye Faye. Et grâce à ce soutien et à la mobilisation des Sénégalais aspirant à une nouvelle ère, Faye a remporté les élections présidentielles de 2024. Une fois au pouvoir, il a, naturellement, nommé Ousmane Sonko Premier ministre. Leur collaboration semblait marquer un nouveau départ pour le pays de Léopold Sédar Senghor. Quelques mois plus tard, des désaccords sont apparus entre les deux hommes, et l’une des principales sources de discorde concernait le leadership politique. Car même si Ousmane Sonko est resté la figure de proue du mouvement politique qui a conduit son parti à la victoire électorale, le président Bassirou Faye s’attèle à affirmer son autorité et son indépendance en tant que Chef de l’État. Toute chose normale et logique, au risque d’être une marionnette. Cette situation a installé une rivalité latente entre les deux hommes ; chacun aspirant à un rôle central dans la direction du pays.
En outre, des points concernant la gouvernance de chacun ont contribué à alimenter les tensions : Ousmane Sonko, connu pour ses positions inébranlables et ses discours prônant des réformes rapides et profondes pour transformer le système politique et économique du Sénégal, est animé d’une forte passion politique ; le président Faye quant à lui semble adopter une approche plus prudente et institutionnelle, cherchant à maintenir l’équilibre politique et à éviter des changements trop brusques. En plus de ces points énumérés, certaines déclarations publiques d’Ousmane Sonko ont été interprétées comme des critiques ouvertes du fonctionnement du gouvernement, alimentant ainsi des spéculations quant à un malaise au sommet de l’État.
Bien que les deux dirigeants soient – officiellement – toujours collaborateurs au sein de l’Etat, ces positions révèlent des désaccords internes susceptibles de nuire à l’image d’unité du gouvernement, laissant la porte ouverte à diverses manipulations. La discorde entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko, illustre les difficultés qui peuvent surgir dans un système politique où plusieurs dirigeants influents partagent le pouvoir. Certes, leur alliance a engendré des changements politiques majeurs au Sénégal, mais leurs divergences stratégiques et de leadership pourraient créer des tensions durables et irréversibles. L’évolution de cette relation politique jadis enviée sera donc cruciale pour la stabilité politique et l’avenir des réformes au Sénégal.
