À la Une: vers un cinquième mandat pour Denis Sassou Nguesso
Les résultats officiels de l’élection présidentielle d’hier dimanche au Congo ne seront connus que dans deux ou trois jours, mais les jeux sont faits. À 82 ans, Denis Sassou Nguesso, le président sortant au pouvoir depuis 42 ans, devrait conserver son trône. « L’empereur » est d’ailleurs l’un de ses surnoms, relève Le Monde Afrique, de même que « le patriarche » ou encore « l’éléphant ».
« Malgré des accusations de fraude répétées à chaque scrutin depuis vingt ans, pointe le journal, Denis Sassou Nguesso conserve le pouvoir. Pour convaincre une population qui s’est appauvrie ces dernières années en dépit d’un sous-sol riche en pétrole, ses équipes vantent la stabilité et la paix apportées par son régime. “La dextérité du pilote aguerri“, souligne Pierre Moussa, son directeur de campagne. Comme s’il souhaitait désamorcer les doutes sur son âge et ses capacités, le candidat du Parti congolais du travail a multiplié les apparitions durant la campagne, participant à 15 meetings en 13 jours ».
« À l’international, nul ne s’émeut de l’autoritarisme du régime, souligne encore Le Monde Afrique. Un ancien diplomate en poste à Brazzaville définit Denis Sassou Nguesso comme un “chef de clan un peu mafieux“ qui a opéré des “détournements massifs issus de la rente pétrolière pour ses proches“. Le président congolais est surtout à la tête d’un État qui est le troisième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne et qui a su se rendre incontournable auprès de ses partenaires étrangers. »
La libre expression bâillonnée et l’opposition muselée
Le scrutin d’hier s’est déroulé « dans un black-out numérique total », relève pour sa part Afrik.com : internet coupé. Comme ce fut le cas en 2021, de même qu’en 2016. « La répétition de cette pratique à chaque échéance électorale majeure conforte les critiques de l’opposition et des organisations de défense des droits numériques, qui y voient un outil de contrôle du flux d’informations en période sensible. »
Pas de libre expression sur le net donc, et l’opposition est depuis longtemps bâillonnée pour ne pas dire neutralisée. « Les deux principales figures de l’opposition, rappelle Afrik.com, le général Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, sont emprisonnés depuis l’élection contestée de 2016, condamnés à vingt ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État. Des poursuites largement considérées comme politiquement motivées, relève le site panafricain. En juin dernier, le ministère de l’Intérieur a suspendu quinze partis d’opposition, dont plusieurs envisageaient de former une coalition pour contester le scrutin. Et le mois précédent, le leader des socialistes congolais, Lassy Mbouity, candidat déclaré, a été enlevé par des hommes masqués et retrouvé torturé plusieurs jours plus tard. »
« Entre ferveur et résignation »
À lire dans Le Point Afrique, le reportage de sa correspondante à Brazzaville. « La jeunesse congolaise entre ferveur et résignation », affirme-t-elle, avec notamment le témoignage de Merveille, étudiante de 20 ans, qui exprime un ras-le-bol général : « le non-paiement de ses professeurs à l’université, les coupures d’eau chroniques et l’absence totale de perspectives professionnelles. “C’est le village ici, soupire-t-elle. Les diplômes dorment à la maison. Ma mère et mon père sont au chômage. Je n’ai pas confiance en Sassou pour me promettre un meilleur avenir ! » Pourtant, paradoxe congolais oblige, relève la correspondante du Point Afrique, Merveille porte le visage du président sur sa poitrine : “il reste le sage de notre pays“, justifie-t-elle, comme pour s’excuser de cette contradiction. Un culte de la personnalité qui, au Congo, demeure l’ultime rempart contre l’incertitude de l’après. »
Un possible basculement ?
Pour autant, analyse Ledjely en Guinée, « cette apparente résignation ne signifie pas nécessairement que la situation restera figée indéfiniment. Dans un pays où plus de 60% de la population a moins de 18 ans, les frustrations sociales pourraient finir par s’exprimer plus ouvertement. La situation est d’autant plus sensible que le Congo représente environ 30% de la production pétrolière de la zone Cemac, alors que les indicateurs sociaux restent préoccupants : le taux de chômage y est de 42% et plus de la moitié des Congolais vivent en dessous du seuil de pauvreté. (…) Pour l’heure, constate Ledjely, Denis Sassou Nguesso et son régime donnent l’impression d’être invulnérables. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille considérer les Congolais comme définitivement résignés ou incapables de reprendre leur destin en main. L’histoire politique du continent africain montre que des régimes apparemment inébranlables peuvent, du jour au lendemain, être rattrapés par la colère populaire ou par des dynamiques politiques inattendues. »

