2026 : l’année des échanges culturels et humains sino-africains
Le contexte de la consécration de « 2026, Année des Echanges Culturels et Humains Sino-africains », nous invite à revisiter un des chapitres importants des relations qui ne constituent pas un phénomène récent.
De l’Antiquité à nos jours, les échanges entre la Chine et l’Afrique ont façonné une longue et riche histoire, faite d’échanges commerciaux, culturels, humains et diplomatiques. Ces interactions ont bâti le socle d’une compréhension mutuelle, d’une dynamique économique, et d’une solidarité agissante. Leur intensité a évolué au fil des époques témoignant d’une continuité remarquable et d’une amitié profonde et pragmatique.
Les premiers échanges entre la Chine et l’Afrique remontent à l’époque de la dynastie Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.). A partir du septième (7ème) siècle, sous la dynastie Tang, à la faveur de l’importance croissante des routes maritimes, des produits chinois tels que la porcelaine et la soie arrivent sur la Côte Est de l’Afrique.
Des produits Africains tel que l’ivoire et des animaux exotiques parviennent en Chine. Au début du quinzième (15ème) siècle, sous la dynastie Ming, les expéditions maritimes de l’amiral Zheng He marquent une période emblématique des échanges directs entre la Chine et l’Afrique. Entre 1405 et 1433, ce grand navigateur surnommé le « surfer des mers » dirige plusieurs expéditions maritimes atteignant la côte Est du Continent Africain, couvrant l’actuelle Tanzanie et le Kenya.
D’une envergure diplomatique, l’objet de ces voyages étaient de découvrir, mais aussi de diffuser le prestige impérial chinois et établir des relations d’amitié entre la Chine et les régions visités. Au dix-neuvième (19ème) siècle, affaiblie par les guerres de l’opium et les pressions coloniales, la Chine, traverse une période difficile, tandis que l’Afrique subit la barbarie de la colonisation européenne. L’expérience commune de dominations étrangères et d’humiliation façonne le destin commun Chine-Afrique.
Dès la fondation de la République Populaire de Chine en 1949, sous la direction du Parti Communiste Chinois, la Chine nouvelle adopte une politique de solidarité agissante avec les mouvements de libération en Afrique. En 1955, la conférence de Bandung (Indonésie) pose un jalon important dans les échanges entre la Chine et les pays Africains nouvellement indépendants ou en voie de l’être. De cette conférence émergence un esprit de coopération « Sud-Sud » fondé sur la solidarité entre pays du « tiers-monde ». Les années1960 -1980, marquent un tournant dans les échanges économiques, commerciaux, cultuels, humains, techniques et politiques entre la Chine et l’Afrique. Fidèle à son engagement initial, la Chine aide ses amis Africains à réaliser des projets emblématiques, dont la grande ligne internationale de chemin de fer Tanzanie-Zambie (TAZARA).
La création du Forum sur la Coopération Sino-africaine (FOCAC) en 2000 structure institutionnellement les relations entre la Chine et les États africains et engage lesdites relations sur la voie du renouveau. Quelques années plus tard, la Chine devient le premier partenaire commercial de l’Afrique. Au-delà de l’économie et du commerce, les deux parties accordent une place prépondérante aux échanges culturels et humains. Des dizaines de milliers de jeunes africains poursuivent leurs études en Chine grâce à des bourses offertes par le Gouvernement Chinois.

Des programmes de formation professionnelle et technique sont mis en œuvre à l’intention des cadres administratifs, des enseignants, des techniciens des pays africains dans tous les domaines du développement. Les échanges entre médias Chinois et Africains, la formation de journalistes participent à une meilleure compréhension mutuelle Ces initiatives favorisent le transfert de compétences et la création de réseaux professionnels durables entre les deux parties.
Les échanges culturels se sont également intensifiés à travers l’apprentissage des langues. Des Instituts Confucius sont créés dans plusieurs universités africaines promouvant la culture chinoise Des langues africaines sont enseignées en Chine. L’intérêt des chinois pour les cultures africaines progresse à travers des festivals, des expositions artistiques et des semaines culturelles africaines organisées dans de grandes villes de Chine.
Des entrepreneurs et travailleurs chinois s’installent dans de nombreux pays africains. On observe une présence africaine croissante en Chine, notamment dans des villes comme Guangzhou et Yiwu, où se sont constituées des communautés africaines dynamiques. Ces migrations favorisent des échanges interculturels et humains, des transferts de savoirs et des dynamiques culturelles multiples.
Comprendre ces échanges dans leur évolution aide à mieux saisir les enjeux actuels et les perspectives d’avenir d’un partenariat qui redessine les équilibres dans les relations internationales. La dimension humaine des échanges entre la Chine et l’Afrique s’est également illustrée dans le domaine de la santé. Depuis les années 1960, la Chine envoie des équipes médicales en Afrique. Le FOCAC a contribué à renforcer cette coopération, notamment par la construction d’hôpitaux, la formation de personnels médicaux, l’envoi de matériel sanitaire et de médicaments en Afrique.
Les échanges culturels et humains entre la Chine et l’Afrique ont pris une place prépondérante dans les plans d’action adoptés conjointement lors des différents sommets du Forum sur la Coopération Sino-africaine. Ils se sont densifiés et diversifiés, contribuant activement à la construction d’un espace de dialogue interculturel inédit, qui redéfinit notablement les relations entre la Chine et l’Afrique dans le contexte du multilatéralisme. Des enseignements confucéens sur l’harmonie et la paix à la sagesse africaine notamment d’Ubuntu, « Je suis parce que nous sommes », les cultures Africaines et Chinoise partagent un message commun notant que « la paix, la coopération et la solidarité sont les véritables piliers du progrès humain ».
De nos jours, la célébration du Nouvel An chinois (appelée Fête du Printemps) dans de nombreux pays Africains témoignage éloquemment de la vigueur du dialogue culturel Sino-africain. Cette fête, la plus importante du calendrier chinois a lieu entre fin janvier et courant février, selon le calendrier lunaire. La célébration dure 15 jours et se termine par la Fête des Lanternes. Cette année 2026, « année des échanges culturels et humains sino-africains » coïncide avec l’année du cheval en Chine, le septième (7ème) signe du zodiaque chinois qui en compte douze (12). Le cheval représente la liberté, l’énergie, le mouvement, l’indépendance. C’est un signe associé à l’action, au voyage et au changement. Selon la tradition chinoise, une année du cheval est vue comme une période active, favorable aux nouveaux projets, aux changements et aux voyages, etc….
Les programmes « Cultures in Focus » sont devenus des moments significatifs des échanges culturels entre les deux parties. Les cultures chinoise et africaine sont mises en valeur par les programmes « Focus sur la culture chinoise » et « Focus sur la culture africaine ».
Dans le cadre de « La Culture Africaine à la Une », la Chine organise des événements culturels de grande envergure dans de nombreuses villes chinoises. Ces événements apportent incontestablement des contributions remarquables au renforcement de la compréhension mutuelle, à la consolidation d’une amitié pragmatique. Alors nous devons nous engager résolument dans l’esprit de la déclaration du Président Xi Jinping, je cite : « Nous devons accorder davantage d’importance aux échanges culturels entre la Chine et l’Afrique, renforcer la compréhension et la connaissance mutuelles entre les Chinois et les Africains, consolider le fondement social de la cause de l’amitié sino-africaine.
Les relations sino-africaines marquent une œuvre s’orientant vers l’avenir, œuvre qui a besoin des efforts inlassables des jeunes aux nobles aspirations de génération en génération. Les deux parties doivent pousser en avant les échanges entre les jeunes pour qu’ils ne manquent pas de successeurs dans l’œuvre de l’amitié sino-africaine ».
Les Chinois et les Africains unissant leurs efforts dans le nouveau millénaire, les échanges culturels florissants entre la Chine et l’Afrique promettent de s’épanouir davantage ». Au regard de tensions et des volontés d’hégémonie sur la scène internationale, Chinois et Africains doivent exploiter la technologie et l’innovation pour amplifier leurs échanges culturels et humains, notamment par le biais de récits numériques, de l’apprentissage en ligne et d’échanges culturels virtuels qui rapprochent davantage les deux parties.
Prof. Yoro DIALLO
Chercheur Principal / Directeur du Centre d’Etudes Francophones
Directeur du Musée Africain et du Musée des Echanges Chine-Afrique
“2024 Chinese Government Friendship Award”
Institute of African Studies, Zhejiang Normal University,
China
Source: https://www.visionguinee.info/
