Arbitrage international : Falcon Energy réclame 100 millions USD à la Guinée
Dans un communiqué publié mardi 16 mars 2026, la société canadienne Falcon Energy Materials annonce avoir officiellement engagé une procédure d’arbitrage international contre l’État guinéen. En cause : ce qu’elle qualifie d’expropriation illégale du projet de graphite de Lola, ainsi que d’autres violations du traité bilatéral d’investissement liant les Émirats arabes unis à la Guinée.
À l’origine du différend figure un décret pris le 14 mai 2025 par le chef de l’État, Mamadi Doumbouya, révoquant “unilatéralement” la licence d’exploitation du projet de graphite de Lola.
“La société avait alors sollicité le ministère des Mines afin de tenter de résoudre la situation à l’amiable. Face à l’absence de réponse, Falcon a notifié à la Guinée un différend au titre du traité bilatéral d’investissement (TBI) Émirats arabes unis-Guinée, ouvrant ainsi un délai de six mois pour la recherche d’un règlement amiable. La société a accepté de poursuivre les négociations au-delà de ce délai. Toutefois, il est apparu clairement que la Guinée ne verserait aucune indemnisation à Falcon pour ses pertes”, précise le communiqué.
Faute d’accord, l’entreprise a saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), une institution du Groupe de la Banque mondiale, sur la base du traité bilatéral d’investissement entre Abou Dhabi et Conakry. “La DAR contient une description du contexte du différend, un résumé des prétentions de la Société et une première estimation de l’indemnisation pour le préjudice subi par la société du fait des agissements du Gouvernement guinéen, actuellement estimé à 100 millions de dollars américains”, indique le document.
Le directeur général de Falcon, Matthieu Bos, assume cette démarche contentieuse : « Bien que nous regrettions la nécessité d’engager une procédure judiciaire, nous sommes pleinement préparés à présenter notre demande d’indemnisation en arbitrage, couvrant à la fois la perte des actifs de la société en Guinée et les dommages supplémentaires résultant des actions du gouvernement guinéen. Suite à notre récente levée de fonds, la société a obtenu le soutien total de ses actionnaires pour mener cette action, ainsi que les fonds nécessaires pour couvrir tous les frais juridiques, et nous restons confiants quant à la protection des intérêts des actionnaires. Nous continuerons à affiner nos demandes dans le cadre de la procédure d’arbitrage, tout en maintenant notre concentration sur le développement de notre usine d’anodes au Maroc».

La Convention du CIRDI, ratifiée par 158 États dont la Guinée, prévoit que toute sentence arbitrale est exécutoire dans chacun des pays membres, au même titre qu’une décision rendue par une juridiction nationale. Historiquement, les États se conforment le plus souvent aux obligations de paiement qui en découlent.
Ce contentieux s’inscrit dans une série de litiges impliquant Conakry devant cette juridiction. Avant Falcon Energy Materials, le groupe Axis International Ltd avait déjà engagé une procédure contre l’État guinéen, réclamant près de 29 milliards de dollars après le retrait de son permis d’exploitation de bauxite à Boffa.
Déposée fin décembre 2024, cette plainte émane d’une filiale du conglomérat Oswal Group, qui dénonce également une expropriation illégale. Présente en Guinée depuis 2013, l’entreprise affirme que sa mine était pleinement opérationnelle, avec une production record en 2023, lorsque ses équipements ont été saisis et ses activités suspendues par les autorités.
Abdoul Malick DIALLO

