Aliou Goloko (journaliste-prestataire à la Caf) : « Les sénégalais n’ont pas à s’inquiéter »
Le football africain traverse-t-il la plus grande crise de son histoire ? Pour Aliou Goloko, la réponse ne fait aucun doute. La récente décision de la CAF de modifier, deux mois après, le résultat de la finale de la CAN opposant le Sénégal au Maroc est perçue comme un « coup de massue » pour toute la communauté sportive. Selon lui, cette sentence porte un « discrédit total » sur la CAF, le football africains et sur ses principaux acteurs notamment les dirigeants du football continental.
Invité de l’émission Objection de ce dimanche sur Sud Fm, le journaliste sportif sénégalais et prestataire à la CAF déclare : « c’est un sacré coup de massue que toute la communauté du football africain a reçu et peine à s’en relever. La fédération marocaine ne peut pas être fière de brandir ce trophée-là ».
Pour l’analyste, la légitimité d’un trophée ne peut se négocier dans les bureaux feutrés de la CAF. « Un trophée, on le gagne sur le terrain, pas dans un bureau », martèle-t-il, rappelant à la Fédération marocaine qu’il n’y a aucune gloire à tirer d’une victoire obtenue par voie administrative.
S’appuyant sur les textes officiels, notamment l’article 5 de la loi de l’IFAB (International Football Association Board), Aliou Goloko rappelle que le rapport de match est souverain. Pour lui, les faits de jeu actés sur la pelouse sont les seuls qui font foi. C’est sur cette base juridique solide qu’il fonde son optimisme quant à un issue favorable au Sénégal devant la TAS. « Les sénégalais n’ont pas à s’inquiéter parce que le résultat acquis sur le terrain, acté par l’arbitre et écrit sur le rapport de match, est le seul qui fait foi », assure-t-il.
Vers un « FIFA Gate » africain ?
Selon le journaliste, le gouvernement sénégalais a bien fait de donner à cette affaire sportive une tournure politique majeure en réclamant d’ores et déjà « une enquête internationale ». Faisant un parallèle avec les scandales de corruption qui ont secoué la FIFA il y a quelques années, Goloko estime que cette affaire pourrait bien devenir le « FIFA Gate » africain qui si l’État du Sénégal se donne les moyens de mener cette enquête internationale.
« J’ai beaucoup apprécié le communiqué du gouvernement qui demande une enquête internationale. Les autorités ont sûrement pensé au FIFA Gate qui a fait tomber Sepp Blatter et autres. On peut bien arriver à ce cas-là », souligne-t-il.
Un séisme diplomatique et économique en vue entre le Maroc et le Sénégal
Loin du rectangle vert et du cadre purement sportif, cette décision combinée au sort infligé aux supporters Sénégalais au Maroc, est sur le point de créer une grande fissure dans les relations entre Dakar et Rabat. À en croire Aliou Goloko, très affirmatif, « les relations entre le Sénégal et le Maroc ne pourront plus être les mêmes après tout ce qui s’est passé ».
« Ils (les marocains) l’ont bradé au prix d’un match. Est-ce que cela vaut le coût ? Je ne pense pas », confie-t-il. Le journaliste estime que « le Maroc ne gagnerait pas à se mettre le Sénégal à dos sur le plan diplomatique ». « Le Sénégal a beau être un petit pays par la taille mais ça reste un pays assez représentatif qui puisse peser assez lourd sur le plan diplomatique », prévient-il.
Et les enjeux ne sont pas que diplomatiques. Il rappelle qu’au plan économique « le Maroc a des intérêts stratégiques au Sénégal qui sont aussi énormes que ceux des grandes puissances ». Donc, conclue-t-il, « faire fi de tout cela pour un trophée perdu, je ne trouve pas cela assez brillant ».

