Focus RDC : les violences gynécologiques et obstétricales
Par Wendy Bashi | Nancy Tshimueneka
À Kinshasa, une vidéo insoutenable fait depuis, jeudi 26 mars, le tour des réseaux sociaux et suscite une vive indignation dans l’opinion publique. On y voit un médecin frapper une femme qui vient d’accoucher dans une salle de maternité de l’hôpital général de Kinkole, dans la commune de la N’sele. La scène, filmée dans un moment de grande vulnérabilité pour la patiente, a relancé le débat sur les violences obstétricales et sur le respect de la dignité des femmes dans les structures de santé en RDC.
Le médecin mis en cause a été interpellé et fait désormais l’objet d’une procédure disciplinaire et judiciaire. Les images montrent une femme nue, allongée sur une table d’accouchement. Elle vient de mettre au monde son premier enfant. Face à elle, un médecin identifié comme David B. lui assène plusieurs gifles tout en lui ordonnant de rester immobile. Selon plusieurs sources, la patiente devait recevoir des soins post-partum. La scène, filmée dans une salle de maternité de l’hôpital général de Kinkole dans la commune de la N’sele, a rapidement suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et dans l’opinion publique.
Mais pour certaines femmes rencontrées dans les rues de Kinshasa, ces images rappellent des expériences violentes qu’elles ont vécues dans les salles d’accouchement. « Moi-même, j’ai été recousue après mon accouchement sans anesthésie. Je m’y étais opposée, mais on m’a cousue de force. Des personnes m’ont immobilisée en me tenant les pieds et les mains. Avec les douleurs de l’accouchement, si tu refuses d’ouvrir les jambes, on peut même te frapper sérieusement dans certaines salles d’accouchement, » confie Marie, 42 ans et mère de six enfants.
Mélanie, 54 ans, explique que ce type de comportements s’inscrit dans une culture hospitalière qui, selon elle, s’est progressivement détériorée.
« Les anciennes sages-femmes traitaient correctement les femmes qui accouchent. Mais aujourd’hui, certaines infirmières et certains médecins qui arrivent dans le système frappent les femmes même pendant l’accouchement. Par exemple, certaines femmes mettent leur enfant au monde en faisant aussi leurs besoins, » souligne Melanie qui pense que « ce n’est pas volontaire, c’est simplement la manière dont le corps réagit pendant l’accouchement. Mais pour cela, on peut les frapper sérieusement. »
Indignation des organisations feminines
Face à ces témoignages, les organisations de défense des droits des femmes appellent à une prise de conscience. Pour Anny Mody, coordinatrice de l’organisation Afia Mama, les images diffusées constituent une atteinte grave à la dignité humaine.
« Voir une femme subir des violences immédiatement après avoir donné naissance est une situation extrêmement grave qui heurte nos valeurs fondamentales de dignité humaine et de respect des patientes. Chaque femme a droit à des soins empreints de respect, d’humanité et de professionnalisme. Les actes observés dans cette vidéo semblent aller à l’encontre de ces principes essentiels. »
La défenseuse des droits des femmes appelle également à une enquête approfondie afin d’établir les responsabilités et de garantir un accompagnement médical, psychologique et judiciaire à la victime.

Sur le plan juridique, les violences subies par cette femme peuvent être poursuivies devant la justice, même si la législation congolaise ne traite pas spécifiquement des violences obstétricales.
C’est ce qu’explique l’avocat Me Roger Bukasa Kabongo, du barreau de Kinshasa-Matete.
« En RDC, ni les instruments juridiques nationaux ni les lois internationales ne traitent directement de la question des violences commises sur une femme après l’accouchement. Néanmoins, les violences physiques commises sur une femme restent punissables. La femme lésée a le droit de se plaindre devant la justice, de saisir la police ou le parquet si elle se sent victime de coups et blessures. Ces instances vont travailler sur le dossier et l’envoyer devant le tribunal. Le tribunal pourra statuer et condamner l’auteur lorsque la responsabilité est établie, » martèle le juriste.
Accoucher sereinement dans la dignite
Pour plusieurs organisations de défense des droits des femmes, notamment Afia Mama et Usawa Initiative, l’affaire de l’hôpital de Kinkole met en lumière une réalité plus large : celle des violences obstétricales encore peu documentées et rarement sanctionnées en RDC.
Ces organisations appellent les autorités sanitaires à renforcer la formation du personnel médical sur l’éthique, la communication et le respect des patientes.
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