Quels revenus pour la Guinée après le premier million de tonnes de fer déjà exportées de Simandou?
Le minerai de fer guinéen de Simandou déferle sur le marché chinois. Depuis l’entrée en production du gisement en novembre dernier, près de 939 000 tonnes ont déjà été exportées. Conakry mise énormément sur ce projet, notamment en termes de retombées économiques. Avec ces premiers chiffres, une tendance commence à se dessiner.
Cinq navires transportant le minerai de fer de Simandou ont déjà déchargé en Chine. En trois mois, 939 000 tonnes ont été livrées. Avec un prix mondial autour de 106 dollars la tonne, cela représente un chiffre d’affaires avoisinant les 100 millions de dollars.
Mais quelle part revient réellement à la Guinée ? L’économiste Mohamed Camara détaille les mécanismes en jeu : « Pour ce qui revient à la Guinée, ce sont les impositions, les taxes qui sont imposées à ces entreprises-là. Et comme taxes, il y a d’abord une taxe à l’extraction, la taxe à l’exportation, mais aussi la taxe qui est prélevée par l’utilisation du chemin de fer et des ports. »
Vers une montée en puissance des exportations ?
Dans le même temps, la dynamique s’accélère : 745 000 tonnes supplémentaires sont en transit vers la Chine et plus d’un million de tonnes sont en route vers le port de Morebaya pour être chargées entre mars et avril. Une montée en puissance progressive, d’autant que le quai portuaire de l’un des opérateurs, l’Australien Rio Tinto, n’est pas encore en service.
Malgré cette progression, atteindre l’objectif de 10 millions de tonnes exportées dès la première année semble ambitieux. Oumar Barry Totiya, directeur de l’Observatoire guinéen des mines et métaux, appelle à la prudence : « Après trois mois, on est encore à moins de 1 million de tonnes expédiées sur les ports en Chine. Donc, d’ici la fin de l’année, quand même, on sera relativement en dessous de ces prévisions initiales, ce qui est révélateur de la complexité logistique du projet. Mais également, cela peut avoir des impacts sur les revenus attendus de la Guinée pour cette année. La montée progressive de ce projet en capacité s’étalera sur des années. »
Des recettes attendues inscrites dans la loi de finances
Le gouvernement, lui, reste discret sur ces premières livraisons. Mais le projet de loi de finances 2026, présenté récemment, évoque déjà les recettes attendues de Simandou : « On peut y lire un montant à peu près de 1 787 milliards de francs guinéens, environ 202 millions de dollars attendus, détaille Mohamed Camara. Ce sont des premières estimations. On peut dire que les recettes minières de l’État progressent de plus de 25%, Simandou étant le principal moteur de ce programme-là. »
Reste une zone d’ombre de taille : les termes des contrats et conventions entre l’État guinéen et les sociétés minières n’ont toujours pas été rendus publics. De quoi compliquer toute évaluation précise des retombées économiques réelles du projet.
Alexis Bedu

