INVESTITURE DU PRESIDENT CONGOLAIS : Rien de nouveau au royaume de Sassou
En quarante ans de règne, le fait est devenu plutôt banal. Et pourtant, le chef de l’Etat congolais a voulu lui donner un éclat particulier en lui conférant une dimension à la hauteur de sa longévité au pouvoir. Lui, c’est Denis Sassou Nguesso, président du Congo-Brazzaville, qui a prêté serment pour un cinquième mandat.
C’était le 16 avril dernier, au stade de la concorde de Kintélé, dans la capitale congolaise, devant un public des grands jours et un parterre d’invités et de personnalités de haut rang au nombre desquels une demi-douzaine de chefs d’Etat africains. Et pour mieux marquer l’événement, la journée a été déclarée chômée et payée sur toute l’étendue du territoire congolais, dans une volonté manifeste d’intéresser les Congolais à cette nouvelle cérémonie de couronnement du prince régnant, qui n’a rien de nouveau au royaume de Sassou.
Le Congo-Brazzaville n’est pas loin de paraître comme le champ de manioc de Denis Sassou Nguesso
Un pays où l’alternance n’a jamais été même un mirage, depuis que le natif d’Edou est revenu aux affaires en 1997, après un bref intermède qui l’avait éloigné du Palais du peuple pendant cinq ans. Et depuis lors, les élections se suivent et se ressemblent dans ce pays francophone d’Afrique centrale riche en ressources pétrolières et gazières, avec invariablement le même vainqueur connu d’avance. C’est dire si au-delà du faste qui visait à relever le prestige de l’événement, c’est à une cérémonie plutôt routinière que tout une génération de Congolais qui n’ont connu que Denis Sassou Nguesso comme président, ont assisté le jeudi dernier.
On est d’autant plus porté à le croire, qu’à l’image de l’octogénaire président ougandais, Yoweri Museveni, qui ne totalise pas moins de quatre décennies de règne, et qui considère son pays comme sa « bananerais », le Congo-Brazzaville n’est pas loin de paraître comme le champ de manioc de Denis Sassou Nguesso qui le laboure à sa guise, après avoir travaillé à annihiler toute opposition durant tout ce temps. Et c’est peu dire que les élections sont devenues une simple formalité, dans un pays où le chef de l’Etat est presque toujours et systématiquement réélu avec des scores staliniens. Toujours est-il qu’à quatre-vingt-deux ans, ce nouveau quinquennat apparait comme la consécration d’une vie que l’occupant du palais présidentiel de Brazzaville, ne semble pas imaginer en dehors du pouvoir.
Et le fait d’avoir mis les petits plats dans les grands pour donner autant d’éclat à une cérémonie qui n’a rien de plus que son côté protocolaire, paraît symptomatique de ce que ce nouveau mandat représente aux yeux de l’homme fort de Brazzaville. Celui d’un accomplissement pour un homme qui aura tout obtenu de ses ambitions politiques et qui n’est pas loin de se croire un destin messianique auprès de son peuple. Un dirigeant qui voit aussi, de mandat en mandat, se préciser la réalisation de son rêve de mourir au pouvoir. Mais au-delà de la démocratie et des règles de l’alternance qui s’en trouvent biaisées et piégées, cela n’aurait pas davantage porté à conséquence si son règne ne se caractérisait pas par le contraste criard entre les immenses richesses naturelles du pays, et la pauvreté persistante dans laquelle végète la grande majorité des populations.
Tout porte à croire que les Congolais sont aujourd’hui dans la résignation
Autant dire qu’entre le chef de l’Etat qui, du haut de sa tour d’ivoire, semble tirer un satisfecit de sa gouvernance à la tête du Congo, et son peuple qui attend toujours les fruits du développement qu’on lui fait miroiter à chaque campagne électorale, il y a un véritable hiatus. Comme quoi, pour l’officier-président qui a troqué depuis belle lurette le treillis contre le costume-cravate, les défis restent entiers.
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