Guinée : une pratique politique aux dérives inquiétantes.
Entre accusations de corruption, absence de vision et reproduction des mêmes pratiques au sommet de l’État comme dans l’opposition, la scène politique guinéenne semble enfermée dans un cycle délétère. Une situation qui interroge profondément l’avenir démocratique du pays et la capacité des nouvelles générations à impulser un véritable changement.
La pratique de la politique en Guinée présente des dérives inquiétantes. Vouloir les dénoncer pour orienter les nouvelles générations vers des modèles plus humanistes, réalistes et proactifs — capables de repositionner le pays sur une trajectoire plus prometteuse — apparaît comme un combat particulièrement difficile à mener.
Le cas de Badra Koné, ancien chef de la délégation spéciale de la commune urbaine de Matam, actuellement détenu pour des accusations de crimes financiers, notamment pour un détournement d’une somme de 240 milliards de francs guinéens, illustre ce visage sombre de la politique guinéenne.
De nombreux opposants politiques comme Badra Koné dès qu’ils obtiennent un point de chute sont eux-mêmes accusés de pratiques douteuses.
Pour certains, la politique devient un refuge ou un levier d’accès à une nouvelle élite privilégiée. Beaucoup semblent ainsi hostiles aux règles du jeu démocratique notamment la transparence, la bonne gouvernance, et la garantie de la sacralité du bien public.
Certains se comportent comme des despotes en miniature, refusant toute remise en question malgré leurs insuffisances programmatiques ou leurs erreurs répétées. Ils oublient que la politique ne devrait pas être un métier, mais un engagement au service de la collectivité.
Cette élite oligarchique, même affaiblie par les conséquences de ses propres dérives, refuse de céder la place.
Pendant que les infrastructures sanitaires restent défaillantes, elle privilégie le tourisme médical au lieu d’investir dans une réforme profonde du système de santé publique.
Les exemples de figures comme Badra Koné, Ousmane Gaoual Diallo ou Dansa Kourouma renforcent, aux yeux de nombreux observateurs, le sentiment d’une opposition peu crédible : manque de vision, similitude avec le pouvoir en place et incapacité à susciter l’espoir.
Dans ce climat de désillusion, il devient difficile de voir émerger une nouvelle forme de contestation, portée par des voix authentiquement issues du peuple, capables de parler son langage et de comprendre ses réalités.
Ainsi, le risque est grand de voir perdurer un système où médiocrité, corruption et absence d’idéal dominent la vie publique. Un système dans lequel la Guinée continue d’incarner un paradoxe cruel : riche en ressources naturelles, mais profondément marquée par la pauvreté et les inégalités.
Dans ce contexte, l’État semble parfois déconnecté des réalités humaines, tolérant des comportements où la dignité et la valeur de la vie humaine passent au second plan.
L’espace public, censé être un lieu de débat, d’idées et de propositions, devient alors un terrain occupé par des acteurs sans véritable légitimité morale ou professionnelle.
Par ailleurs, le rapport à la connaissance reste préoccupant. La lecture est souvent délaissée au profit de contenus sensationnalistes, ce qui limite la capacité critique et la construction d’un débat public éclairé.
Dès lors, une question fondamentale se pose : quel avenir la Guinée souhaite-t-elle offrir à ses enfants dans un monde de plus en plus exigeant et compétitif ?
Le temps est une ressource précieuse. Chaque année perdue est difficilement rattrapable. Comme le rappelle une formule bien connue : « L’avenir n’est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire. »
Dans cette perspective, les mouvements sociaux et les partis politiques ont un rôle essentiel à jouer : celui de vigie démocratique, capable de dénoncer les dérives, quel que soit le régime en place.
Car la politique ne peut se réduire à la seule conquête du pouvoir. Elle doit aussi être un espace d’exigence, de rigueur intellectuelle et d’engagement sincère.
En définitive, l’espace public guinéen doit redevenir un lieu d’expression structuré, exigeant et responsable — sans renoncer à la force du ton ni à la légitimité de la colère, tant les raisons de s’indigner restent nombreuses.
