Contre La sansure

DISPARITIONS FORCÉES : LA GUINÉE HUMILIÉE DEVANT LE MONDE. Le régime qui gouverne contre les berceaux

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Quand un régime commence à kidnapper des enfants, c’est qu’il a déjà perdu contre les idées La junte guinéenne rêvait d’entrer dans l’histoire comme le pouvoir qui allait refonder l’État. La voilà désormais citée dans les communiqués internationaux pour des accusations d’enlèvements d’enfants. Quelle trajectoire.

Pendant que certains ministres zélés et des communicants improvisés et recyclés du régime fabriquent encore des affiches géantes, les Nations unies, elles, parlent de disparitions forcées, de représailles, d’enfants arrachés à leur sommeil et de familles plongées dans l’angoisse.

Il faut reconnaître une chose au CNRD, peu de régimes réussissent à transformer une promesse de rectification nationale en synopsis de film d’horreur politique en si peu de temps. Kidnapper des opposants est déjà une faillite morale. Mais quand un pouvoir commence à poursuivre les enfants de ceux qu’il ne supporte plus, il envoie au monde ce message terrible qu’il ne gouverne plus par l’autorité, mais il survit par la peur. Et la peur est toujours le dernier carburant des régimes essoufflés.

Mohamed Damaro, 15 ans, fils du Vlogeur Ansou Damaro.

Dans cette affaire, le plus fascinant reste le silence officiel, épais, militaire, tellement lourd qu’il finit par parler plus fort que les communiqués eux-mêmes. Car un État innocent enquête, un État responsable rassure et un État digne répond. Mais un pouvoir nerveux regarde ailleurs, espérant que le temps fatigue les consciences.

Le problème, c’est que les Nations unies viennent d’entrer dans le dossier. Et quand l’ONU commence à employer les expressions « disparitions forcées », « représailles » et « châtiments collectifs », ce ne sont plus des querelles Facebook entre militants. Ce sont des mots qui collent à la peau des régimes pendant des décennies.

Les stratèges de la peur oublient souvent une vérité élémentaire : terroriser une population peut imposer le silence pendant un moment, mais cela détruit définitivement le respect. Et un régime sans respect devient une administration armée.

La Guinée mérite mieux qu’un climat où des familles se couchent sans savoir si leurs enfants seront encore là au réveil. Elle mérite mieux qu’un pouvoir qui transforme les critiques en ennemis et les familles en cibles collatérales.

L’histoire africaine est remplie de régimes qui se croyaient invincibles parce qu’ils avaient des armes, des véhicules et des hommes cagoulés. Puis un matin, ils ont terriblement découvert qu’on peut contrôler des rues mais jamais la mémoire d’un peuple.

Alpha Issagha Diallo

Témoin du jour où l’ONU a regardé la Guinée autrement

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