L’hôpital qui se moque de la charité (Par Souleymane Souza Konaté)
Il est une vérité immuable : lorsqu’on avance masqué, rasant les murs du palais pour y rencontrer le locataire et quémander ses faveurs, on devient incapable de croire à la sincérité d’autrui ou de reconnaître la force des convictions authentiques.
Opposant le jour, courtisan de l’ombre la nuit : telle est l’existence dégradante que de nombreux néophytes politiques et pseudo-candidats ont embrassée. Lorsqu’on proclame une position devant l’opinion pour se rétracter dès le lendemain, sans l’envergure nécessaire pour assumer son inconstance et sa servilité, on finit par soupçonner les hommes d’honneur d’être trop exigeants, voire d’une inflexibilité suspecte. Pour prétendre savoir qui gravite autour du CNRD, encore faut-il soi-même fréquenter sa cour et s’inscrire au rang de ses zélés serviteurs.
Toutefois, ce n’est pas parce qu’on est corruptible et corvéable à merci qu’il faut s’imaginer que chaque conscience est achetable ou que tout homme a son prix, à l’image de ceux qui, ayant déjà goûté à la soupe populaire, rêvent d’y retourner en vendant leur âme au diable. On ne gouverne jamais innocemment. Quand on a les mains souillées par les compromissions, il convient de se garder de jeter la pierre à ceux qui n’ont jamais siégé dans un gouvernement ni mangé à la table des puissants, au risque de tendre soi-même le bâton pour se faire battre.
À travers cette tentative désespérée de se défendre contre un acte d’accusation sans concession et d’une véracité implacable, le voile se lève enfin. On comprend désormais que certains entrepreneurs politiques, drapés dans une posture d’hommes providentiels et rassembleurs, ne sont en réalité que de vulgaires communautaristes et de médiocres mercantilistes. Pour eux, la politique s’exerce avec une communauté, pour une communauté et contre une communauté, dans l’unique dessein d’arrondir des fins de mois difficiles.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’ils lorgnaient avec insistance l’électorat de l’UFDG, supposé majoritairement issu de leur propre communauté, alors même qu’ils avaient milité au sein du RPG, formation dont l’ancrage se situe bien loin de leurs terres d’origine. Sans doute s’imaginent-ils que d’autres seraient tentés de les imiter dans la duplicité, le parjure, l’ambivalence politique et l’instrumentalisation des identités.
Pourtant, il n’appartient qu’aux militants et responsables de l’UFDG de juger de la loyauté et du talent de ceux qui ont rejoint leurs rangs sans pression ni arrière-pensée sordide. Il est utile de rappeler qu’il existe deux catégories d’acteurs : ceux qui frappent à la porte du CNRD et complotent dans l’espoir d’un gain immédiat, et ceux, plus rares mais infiniment plus dignes, qui préfèrent l’inconfort de la lutte aux privilèges acquis au prix de l’aliénation et de la trahison des aspirations profondes du peuple.
Pour le reste, le tribunal de l’opinion tranchera. Accablés, ceux qui pensaient pouvoir manipuler les foules et abuser de leur bonne foi perdent aujourd’hui la raison, se lançant dans des invectives avec l’énergie du désespoir et la conscience tourmentée des damnés. L’heure approche où le double langage ne suffira plus à dissimuler les cadavres dans les placards ni à effacer les trahisons que l’on croyait oubliées.
Au prochain épisode.
