Simandou ou la souveraineté confisquée : quand les discours cachent le bradage des richesses guinéennes
À la faveur de la poursuite de sa tournée panafricaine à dimension diplomatique et économique, Mamadi Doumbouya a pris part à l’ouverture de l’édition 2026 de l’Africa CEO Forum, le jeudi 14 mai à Kigali, au Rwanda.
C’est dans ce cadre, devant un parterre de dirigeants politiques et économiques africains et internationaux, qu’il a défendu une vision de l’Afrique tournée vers la transformation locale de ses ressources et la fin du rôle de simple fournisseur de matières premières. C’est précisément à la lumière de ces déclarations que ce qui suit prend tout son sens.
Arrêtons-nous une seconde.
Un homme arrive au pouvoir par la force en 2021. Il suspend la vie politique, interdit les manifestations, et réprime dans le sang ceux qui osent protester. Il promet de ne pas se présenter à une élection présidentielle, puis fait exactement l’inverse. Il finit par se faire élire avec un score écrasant de 86 %, après avoir écarté toute véritable concurrence. Et dans le même temps, il engage le pays dans un contrat minier qui laisse 85 % de Simandou à des multinationales étrangères.
Et aujourd’hui, ce même homme nous regarde droit dans les yeux pour déclarer que l’Afrique ne doit plus être un simple fournisseur de matières premières.
Il faut savoir s’arrêter là.
Simandou, c’est l’un des plus grands gisements de fer inexploités au monde. Il est sur notre sol, dans nos montagnes, et il est censé appartenir au peuple guinéen.
Mais la réalité est brutale. La Guinée ne reçoit que 15 % du projet. Quinze pour cent sur une exploitation évaluée à plus de 20 milliards de dollars. Et encore, ce chiffre ne tient même pas compte de tout ce que le pays apporte réellement : terres expropriées, avantages fiscaux sur plus d’une décennie, près de 650 kilomètres de corridor ferroviaire, et une sécurisation assurée en grande partie par les moyens publics.
En clair, ce que la Guinée donne vaut largement plus que ce qu’elle reçoit. Et cela porte un nom simple : bradage.
On nous parle de souveraineté, mais sur le terrain, c’est un autre scénario qui se joue. Un discours fier devant les caméras, et des accords très favorables aux multinationales derrière les portes fermées. On parle d’industrialisation en Afrique, mais le minerai continue de partir brut, sans transformation locale réelle, sans retombées structurelles fortes pour le pays.
Les promesses restent dans les discours, pendant que les ressources, elles, quittent le territoire.
Ce double langage n’est pas nouveau. Il consiste à habiller des accords déséquilibrés avec des mots nobles comme dignité, souveraineté ou patriotisme. Mais les chiffres, eux, ne mentent pas.
On peut difficilement parler de défense des intérêts nationaux quand les décisions majeures sont prises sans transparence totale. Quand les contrats restent inaccessibles au public. Quand les populations déplacées attendent encore des compensations justes. Quand les emplois qualifiés sont majoritairement occupés par des expatriés. Et quand la transformation locale du minerai reste une promesse sans obligation réelle.

La question devient donc simple, presque gênante : si Simandou est réellement un projet national, pourquoi le peuple n’a-t-il pas accès à toutes les conventions signées en son nom ?
On ne peut pas demander la confiance sans donner la transparence. On ne peut pas parler de souveraineté tout en excluant les citoyens des décisions fondamentales.
Il y a aussi un autre problème, encore plus profond. Comment défendre l’intérêt général quand la légitimité même de ceux qui signent ces accords est contestée ? Quand les règles du jeu politique sont verrouillées ? Quand la parole donnée n’est pas respectée ?
La souveraineté commence d’abord par le respect de son propre peuple. Sans cela, elle devient un mot vide.
Ce que les citoyens demandent n’a rien d’extraordinaire. La publication complète des contrats miniers. Un audit indépendant et crédible de la gestion de Simandou. Une renégociation des termes pour rééquilibrer les bénéfices. La fin des avantages fiscaux excessifs accordés aux multinationales. Et surtout, une vraie politique de transformation locale pour que le fer guinéen devienne de l’acier guinéen, produit sur place, par des mains locales.
Au fond, il s’agit simplement de reprendre ce qui appartient au pays.
Et au-delà de tout, il y a une exigence fondamentale : le droit de choisir librement ses dirigeants, et de pouvoir les sanctionner par les urnes, pas par la contrainte.
On peut multiplier les discours, les références historiques et les slogans panafricanistes. Mais tant que les richesses quittent le pays sans transformation réelle, tant que les décisions restent opaques, et tant que la voix des citoyens est étouffée, les mots ne suffiront pas à masquer la réalité.
La Guinée mérite mieux. Son peuple mérite mieux. Ses enfants méritent mieux.
La vérité ne disparaît pas. Elle finit toujours par circuler.
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Abdoul Karim Diallo
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La vérité n’a pas besoin de permission pour exister.

