Le trône ne grandit jamais les petits hommes
Dans les vieux récits du Mandingue, les vrais griots (Nyamakalas) dignes de la tradition auraient sûrement ri doucement devant certains chefs de notre époque. Parce qu’ils savent une chose simple : on peut attraper le pouvoir comme on attrape une chèvre au marché, avec de l’argent, des soldats, des menaces ou quelques combines bien placées. Mais une fois assis sur le fauteuil présidentiel, le problème commence.
Le fauteuil découvre rapidement la taille réelle de l’homme, car le pouvoir est un vêtement. Et quand un petit esprit porte un grand manteau, les manches dépassent toujours.
Beaucoup pensent qu’être craint signifie être grand. C’est une grave erreur. Le tonnerre fait du bruit, mais ce n’est pas lui qui nourrit les champs.
Les anciens Nyamakala au Mandingue, enseignaient déjà que l’autorité peut faire taire les bouches, mais qu’elle ne peut pas obliger les cœurs à respecter. On peut verrouiller un pays, remplir des prisons, acheter des louanges et même faire applaudir la peur. Mais aucune propagande n’a encore réussi à fabriquer une stature morale. L’aura ne s’imprime pas comme des affiches de propagande politique.
C’est là que la sagesse mandingue devient presque cruelle : tout le monde peut devenir chef, mais tout le monde n’est pas né pour conduire les hommes. Certains arrivent au sommet et paraissent plus petits encore qu’avant. Le trône, au lieu de les élever, agit comme une lampe puissante : il éclaire leurs faiblesses, leurs vanités, leurs colères et leurs limites. À force de vouloir paraître grands, ils finissent prisonniers de leur propre décor.
Les anciens diraient alors : « Le baobab n’a pas besoin de crier sa grandeur », car la vraie grandeur possède un calme particulier. Elle rassure sans humilier. Elle rassemble sans terroriser. Elle inspire sans forcer. Et c’est peut-être la leçon la plus difficile à accepter pour les amoureux du pouvoir : un homme peut recevoir un palais, des galons, une armée ou même un pays entier, mais la destinée, elle, ne se nomme pas par décret.
Dieu distribue parfois le pouvoir aux hommes. Mais il ne donne pas forcément la grandeur avec.
Autrement dit, on peut imposer son autorité pendant un temps, mais on ne force jamais l’admiration sincère. Le pouvoir fait parfois trembler les peuples, mais seule la grandeur humaine les marque pour toujours, même face au silence des tombeaux.
Oumar Sylla, Citoyen Indigné résident à Kaloum
