En Afrique, 31 pays répriment toujours législativement l’homosexualité et les personnes LGBT+
Ce dimanche 17 mai marque la journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. Une commémoration qui a été créée en mémoire au 17 mai 1990, date à laquelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a retiré l’homosexualité de sa liste des maladies mentales. Si certains pays en Afrique avancent sur la question de la décriminalisation de l’homosexualité, dans la majorité, les lois deviennent de plus en plus sévères.
L’homosexualité est jugée illégale dans 31 pays du continent. Dernier exemple en date, le Sénégal. Fin mars 2026, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a promulgué la loi doublant les peines de prison pour condamner les « actes contre nature ». Les relations homosexuelles sont punies désormais de cinq à dix ans de prison et par une amende allant de deux à dix millions de francs CFA (3 048 à 15 244 euros). Le texte vise également ce qui est qualifié de « promotion » ou le financement de l’homosexualité, ce qui pourrait concerner des associations ou militants défendant les droits des personnes LGBT+. Cette loi intervient également dans un contexte d’intensification de la répression envers les personnes de la communauté LGBT+, notamment avec l’arrestation début février de douze hommes, dont deux célébrités locales, accusées d’« actes contre nature ». Par peur, des personnes homosexuelles au Sénégal fuient leur pays.
Plus de la moitié des pays africains interdisent et répriment l’homosexualité. En Ouganda, une loi adoptée en 2023 prévoit la prison à vie en cas de relation sexuelle avec une personne du même sexe et la peine de mort en cas d’« homosexualité aggravée », c’est-à-dire des relations sous contrainte ou avec un mineur ou un parent, notamment. La loi ougandaise est désormais l’une des plus dures au monde à l’égard des personnes de la communauté LGBT+. Elle va même jusqu’à inciter les citoyens à dénoncer les personnes soupçonnées d’homosexualité. En Ouganda, les ONG documentent déjà une hausse des agressions et des arrestations depuis l’entrée en vigueur de la loi de 2023.
En Mauritanie ou en Somalie, la peine de mort est également prévue. Une dizaine de pays et territoires prévoient des peines allant de dix ans de prison à la perpétuité, parmi lesquels le Soudan, la Tanzanie, la Sierra Leone et le Kenya. Pour ce dernier, un projet de loi a été proposé en 2023 pour aggraver les peines déjà prévues dans la loi mais le texte n’a toujours pas été débattu à l’Assemblée nationale, explique un article du quotidien français Le Monde. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger en 2024 et 2025 ont durci leur loi criminalisant l’homosexualité.
Au-delà de la répression de l’homoxualité, c’est tout un climat qui s’instaure dans ces sociétés. « Ces dernières années ont été marquées par une augmentation du nombre de cas signalés de harcèlement, de marginalisation, de discrimination et d’agressions fondés sur l’orientation sexuelle ou sur l’identité de genre, réelles ou supposées. Ces actes se produisent dans des pays dont les systèmes juridiques cautionnent toujours la criminalisation des relations entre personnes de même sexe, ainsi que dans des pays où la police et la justice ne font rien pour empêcher les crimes contre ces personnes », rappelle l’ONG Amnesty international dans un rapport.
L’influence des lobbys ultraconservateurs américains
Pour expliquer cette vague répressive, Judith Renoult, journaliste au Monde Afrique pointait, sur le plateau de TV5MONDE, un facteur souvent méconnu: le rôle croissant de lobbys ultraconservateurs venus des États-Unis.

« Un certain nombre de groupes ultra-conservateurs américains, parfois religieux, ont eu une influence croissante sur le continent ces dernières années. »
Judith Renoult, journaliste au Monde Afrique, sur le plateau de TV5MONDE
Ce constat bat en brèche l’argument régulièrement avancé selon lequel l’homosexualité serait une importation occidentale en Afrique. Les chercheurs et journalistes qui enquêtent sur ces réseaux depuis des années montrent au contraire que ce sont bien des groupes occidentaux qui financent et soutiennent activement les législations hostiles aux personnes LGBT+ sur le continent.
Mais si le constat reste très sombre, il y a malgré tout des pays qui progressent sur ces questions, situés principalement dans le sud du continent. Onze pays africains sont dotés de lois qui interdisent les discriminations basées sur l’orientation sexuelle, comme le Botwsana, par exemple, qui a dépénalisé l’homosexualité en 2019. C’est aussi le cas l’île Maurice, en 2023, et de la Namibie, en 2024. L’Angola et la Gabon ont choisi de leur côté la voie de la dépénalisation.

