Contre La sansure

LA GMD ET SES MILITANTS BIODÉGRADABLES. Les déchets de la République entrent en campagne

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À peine les premières pluies tombées sur Conakry que les candidats naturels de la GMD ont commencé leur grande tournée électorale. Pas besoin d’affiches, ni de t-shirts et encore moins de spots télévisés.

Les ordures elles-mêmes ont pris possession de la capitale pour faire campagne au nom de Simandou 2040. Partout, elles sont là. À Matoto, elles bloquent les routes. À Hamdallaye, elles organisent des barrages filtrants. À Cosa, elles font du porte-à-porte olfactif. À Matam, elles tiennent des meetings parfumés sous les eaux de pluie.

Conakry n’est plus une ville. C’est devenu le siège national du Parti des Déchets Réunis. Les caniveaux débordent comme des promesses électorales, les sachets plastiques flottent comme des drapeaux de campagne et les pneus usés dérivent avec la majesté des convois ministériels.

Et les embouteillages ? Ah, les embouteillages… C’est la contribution citoyenne des ordures au développement durable. Car désormais, dans la République Simandouesque, même les déchets ont reçu leur part du projet 2040.

Pendant que les citoyens cherchent des routes, les ordures cherchent des électeurs et pendant que les familles tentent de respirer, les déchets eux distribuent généreusement leur parfum patriotique. Et quel slogan magnifique : « Voter GMD, c’est voter Simandou 2040 – Voter Simandou 2040, c’est vivre avec les ordures dès aujourd’hui ».

Jamais un programme politique n’aura été aussi visible. Même les aveugles sentent le changement. Les montagnes d’immondices sont devenues les nouveaux sièges locaux du parti. Chaque tas d’ordures semble dire : « Citoyens, regardez-nous bien. Nous sommes les infrastructures de demain ».

Première pluie sur Conakry. Les caniveaux débordent comme des promesses électorales, les sachets plastiques flottent comme des drapeaux de campagne et les pneus usés dérivent avec la majesté des convois ministériels.

D’ailleurs, il faut reconnaître à la GMD d’avoir réussi là où tous les autres ont échoué. Ils ont donné une présence physique à leur gouvernance. Avant, on parlait de développement invisible, aujourd’hui, il sent mauvais mais il existe. Les moustiques applaudissent, les caniveaux chantent l’hymne national et les eaux stagnantes réfléchissent déjà aux futures alliances électorales. Même les rats semblent convaincus par le projet de société.

Pendant ce temps, les pauvres habitants de Conakry, coincés pendant des heures dans les embouteillages aquatiques, découvrent enfin le vrai sens du slogan : « Le peuple au centre ». Oui ! Au centre des ordures, des eaux sales, du chaos et des promesses recyclées.

Le plus extraordinaire, c’est que chaque pluie agit désormais comme un directeur de campagne de la GMD. Quelques gouttes suffisent pour transformer toute la capitale en spot publicitaire géant. La voirie a disparue, les routes sont submergées et la dignité urbaine a disparue depuis plusieurs saisons pluvieuses.

Mais attention, il ne faut surtout pas critiquer. Sinon demain on nous expliquera que ces ordures sont un patrimoine stratégique de Simandou 2040. Qu’il faut les préserver, les valoriser et peut-être même les inscrire à l’UNESCO comme modèle africain de développement circulaire. À ce rythme, les déchets de Conakry finiront avec un ministère délégué, un secrétariat général et un porte-parole du gouvernement chargé des affaires olfactives.

Le 31 mai approche, les ordures aussi. Et honnêtement, les immondices occupent mieux le terrain que les affiches.

Alpha Issagha Diallo

Inspecteur général des caniveaux électoraux

Analyste stratégique des déchets publics

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