Les correspondances de Thiâ’nguel : Cheick le-rime-sec, le chroniqueur aux costumes bigarrés
Conakry, le 25 mai 2026
Très cher Président de la République, M. Mamadi Doumbouya,
C’est avec un cœur irrité que je vous écris ce matin. Permettez-moi, néanmoins, de vous adresser mes plus sincères et fraternelles salutations. Ceci étant, je voudrais vous présenter mes excuses, parce que cette fois encore, je vais devoir adresser ma correspondance au même clown que la dernière fois.
M. le Président,
Je suis exaspéré, mais compatissant face au binoclard sénégalaid qui nous sert sa soupe de journaleux coincé dans les filets d’un match dont il a perdu le contrôle. Il nous appelle, nous autres, une meute lancée contre lui, Prési.
Bah oui, M. le-rime-sec, vous croyiez que vous étiez seul à savoir manier cette langue de mangeurs de camembert. Vous croyiez que cette meute allait laisser la fichue proie que vous êtes continuer à dandiner des fesses et se faufiler dans la forêt sans nos coups de pattes. Oh non ! Comme vous le disiez vous-même, on va descendre dans le caniveau. D’ailleurs, en réalité, on y était déjà, depuis que vous l’avez décidé il y a quelques semaines. Alors, on va y rester, net. Parce que le chroniqueur aux costumes bigarrés et aux lunettes fluorescentes que vous êtes veut désormais nous distraire avec un ramassis de papiers piochés çà et là, et appeler cela des preuves.
Principe de base : quand un médecin ou un quelconque scientifique expose les résultats d’une étude, il ne se contente pas de venir lancer ses papelards devant tout le monde. Il ne débarque pas en balançant le tout et en croyant que toute la communauté lui bouffe dans la main. Gorgui, résultats, ça veut dire démonstration ; ça veut dire présenter une méthodologie, une démarche, confronter des idées vérifiées, recoupées, validées ou invalidées à un moment ou à un autre de son parcours de recherche. Le journaliste, c’est exactement ce qu’il fait… ou, en tout cas, ce qu’il est censé faire ; en plus de l’équilibre, c’est-à-dire donner la parole à toutes les parties concernées par le sujet. Mais vous, cher le-rime-sec, vous ne vous embarrassez pas de ces détails. Vous êtes à mille lieues de cela. Vous, ce qui importe, c’est décidément le buzz que vous voulez faire, avec des relayeurs qui sont des cibles déjà acquises à votre cause et qui mangent donc toutes sortes de plats que vous leur servez, dès lors qu’il s’agit de peindre en noir leur bled. Juste pour une raison, en réalité : ils ne veulent tout simplement pas voir le Colosse en portrait.
Prési,
Quand la passion domine la raison, on prend facilement la pisse d’âne pour du thé. Ainsi, le binoclard de Dakar s’évertue à aligner tout ce qui permet de creuser au marteau-piqueur des cerveaux déjà lobotomisés. Et cela, en matière de journalisme, un seul genre crache sur l’éthique du factuel pour s’étaler sur la plage, les pattes en éventail : la chronique, l’éditorial. Parce qu’à l’école de journalisme, même ceux qui ont eu zéro en cours de déontologie le savent. Le pilier central du métier, la poutre qui porte l’édifice, c’est le fait, le factuel. On nous a rabâché les oreilles avec : « Le fait est sacré. » Ensuite, ensuite seulement, on ajoute : « Le commentaire est libre. » Prési, je le répète pour le gorgui Cheick le-rime-sec : le fait est sacré.
Mais alors que le fait est sacré, sieur binoclard de Dakar, vous vous donnez de l’importance dans une chronique sordide, sous votre barbe multicolore et engoncé dans une veste aux allures has been… et vous voudriez qu’on ne fasse pas comme vous ? Oh non, bro. Ça ne marche pas comme ça. On le fera. Bon, ce sera sans le costume et les binocles quand même. Mais on restera avec vous dans le caniveau que vous avez creusé et rempli de défécations et de toutes sortes d’ordures.
Frère, c’est œil pour œil, dent pour dent. Je pourrais même ajouter : c’est les deux yeux pour un œil et toute la gueule pour une dent. Parce qu’une chose doit être aussi claire que le fait que Marie n’a pas été « déviergée » par l’ange Gabriel : tout manipulateur de plumes qui veut se faire son petit coin au soleil, qui veut se refaire sa putain de virginité perdue au Carrefour Transit en s’attaquant au Colosse, devra s’attendre à ce que la meute s’abatte sur lui. Avec la même arme. Celle qu’il aura choisie. Certainement avec plus de rafales. Et on restera dans la boue aussi longtemps que ça chlinguera. Parce que pour nous, le Colosse, c’est simple : qui s’y frotte s’y pique !
Sinon, on attend que vous soyez alignés avec vos associés, hein : parce que tantôt le Colosse était à Singapour pour se faire soigner d’un cancer, tantôt il y était pour ses comptes offshore. Les mecs, faut savoir. Parce que là, votre clique ne sait plus à quel singe se vouer. Les singeries du macaque qui saute d’un arbre à un autre donnent de moins en moins de chances de mettre le grappin sur sa queue. En tous les cas, nous, il nous faut plus que des verbiages du genre : la famille du Général Amara voyage en business. Si des photos de famille en business class faisaient des gens des pilleurs de deniers publics, il y a plein de gars qui se retrouveraient à crier à la CRIEF.
Heureusement pour Cheick le-rime-sec et heureusement pour beaucoup de ses amis dont il semble être la plume téléguidée. Ouais, les vrais mal inspirés metteurs en scène ou profiteurs doivent comprendre qu’on ne nous la fait pas à l’envers. Djo, on a le calcif et le fut’ bien remontés. On y a même cloué un fichu cadenas Vachette. Pas moyen de nous la jouer à la façon proprette comme le derrière d’un muezzin. On a été de l’autre côté politique. On sait comment ça marche. Pour certains, c’est du clinquant diamant, tout ça. Pour nous, on sait que ça a tout d’une pierre précieuse. Mais c’est de la pacotille. C’est du toc. Pour toc-toc ? Va savoir.
En attendant de vous entendre débiter de nouvelles débilités, je vous transmets mes plus sincères et crasseuses salutations.
Signé : Thiâ’nguel Foulèdi
À : Sieur Cheick le-rime-sec
Avenue du Binoclard de Dakar
Commune de la Barbe Bigarrée
