Le pouvoir passe, la Nation demeure (Par Elhadj Aziz Bah)
Dans nos traditions africaines, lorsqu’un chef de famille remet les clés du grenier à son successeur, le village ne s’arrête pas de vivre. Les champs continuent d’être cultivés, les enfants poursuivent leur apprentissage et les anciens continuent de transmettre leur sagesse. Car depuis toujours, nos sociétés savent une chose essentielle : les hommes passent, mais la communauté demeure.
La Guinée se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire. Avec le retour effectif à l’ordre constitutionnel à travers les élections législatives et communales, une nouvelle étape s’ouvre devant nous. Cette transition institutionnelle marque bien plus qu’un simple calendrier politique. Elle symbolise l’entrée dans une nouvelle phase de notre construction nationale.
Dans un tel contexte, il est naturel que des changements interviennent au sein des institutions de la République. Il est même probable que le gouvernement connaisse des réaménagements afin de répondre aux exigences de cette nouvelle réalité politique.
Pourtant, à chaque fois que l’on évoque un remaniement ministériel, un réflexe regrettable refait surface : celui qui consiste à transformer le départ d’un responsable public en spectacle, en règlement
de comptes ou en occasion de réjouissance.
Cette attitude mérite d’être interrogée
Personne n’est nommé ministre par héritage. Personne n’est investi d’une fonction publique à vie.
Dans toutes les démocraties du monde, les responsabilités sont temporaires. Elles sont confiées pour
un temps et retirées lorsque les circonstances l’exigent. C’est la nature même de l’État moderne.
On entre au gouvernement par décision de l’autorité compétente. On en sort de la même manière.
Il ne s’agit ni d’une consécration éternelle lorsqu’on est nommé, ni d’une condamnation lorsqu’on est
remplacé.
La fonction est temporaire. Le service de la Nation, lui, doit être permanent.
C’est pourquoi nous devons apprendre à distinguer l’homme de la fonction. Un ministre n’est pas son portefeuille ministériel. Un directeur n’est pas son bureau. Un responsable politique n’est pas son titre. Toutes ces responsabilités sont des missions confiées pour une période donnée.
La véritable grandeur ne réside pas dans la durée passée au pouvoir. Elle réside dans la manière dont
on exerce ce pouvoir et dans la dignité avec laquelle on le quitte.
Les nations les plus solides ne sont pas celles où les dirigeants s'accrochent aux fonctions. Ce sont
celles où les institutions sont suffisamment fortes pour organiser sereinement la continuité de l’État au-
delà des individus.
La Guinée a besoin de cette maturité collective.
Nous devons cesser de considérer chaque nomination comme un triomphe définitif et chaque départ comme une humiliation. Les deux ne sont souvent que des étapes dans le parcours normal des serviteurs de l’État.
À ceux qui partiront demain, souhaitons la paix de la conscience et la reconnaissance du travail
accompli lorsque celui-ci mérite de l’être.
À ceux qui arriveront, rappelons que les fonctions qu’ils occupent aujourd’hui appartiendront demain à
d’autres.
À nous tous, citoyens, rappelons que notre véritable combat n’est pas de défendre des hommes ou de célébrer leur chute. Notre responsabilité est de défendre les institutions, l’intérêt général et la continuité de la République.
Car au bout du compte, l’Histoire ne retient pas ceux qui ont occupé un fauteuil pendant quelques années. Elle retient ceux qui ont contribué à construire un pays plus fort que leurs ambitions personnelles.
Le pouvoir est un passage.
La responsabilité est un devoir.
La Nation est un héritage.
Et la Guinée mérite que nous placions toujours cet héritage au-dessus des hommes qui, un jour ou
l’autre, sont appelés à la servir.
A bon entendeur salut ! D’ici-là, merci de contribuer au débat.
