Contre La sansure

Après le fiasco du classement mondial, le Port de Conakry annonce une accélération des opérations

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Le Port autonome de Conakry affirme avoir doublé sa cadence de manutention, passant de 30 à 60 conteneurs par heure. Une annonce encourageante qui intervient quelques semaines après le sévère classement de la Banque mondiale plaçant le port à l’avant-dernière place mondiale. Entre progrès annoncés et congestion persistante, l’analyse s’impose.

Le Port autonome de Conakry semble amorcer un changement de ton. Après avoir contesté les critiques sur ses performances, l’institution met désormais en avant des progrès opérationnels qui, en creux, reconnaissent l’existence des difficultés dénoncées depuis plusieurs mois.

Dans une publication diffusée hier sur sa page Facebook, le PAC s’est félicité d’une amélioration de la cadence de manutention des conteneurs.

‘‘Les opérations s’accélèrent au Port de Conakry ! Nos équipes ont doublé la vitesse de traitement en passant de 30 à 60 conteneurs manutentionnés par heure. Moins de temps d’attente au port signifie des marchandises disponibles plus vite pour votre business et votre quotidien !’’, indique le post.

L’annonce est importante. Si ce chiffre est exact, durable et calculé selon des standards comparables à ceux utilisés dans les grands ports de la sous-région, il traduirait une amélioration notable. Mais il doit être manié avec prudence.

En effet les comparaisons portuaires ne portent pas toujours sur les mêmes indicateurs. Certains ports communiquent en mouvements de grue par heure, d’autres en conteneurs manutentionnés par heure, parfois à l’échelle d’un navire, parfois à celle de tout un terminal. Ainsi, ‘‘annoncer 60 conteneurs par heure ne signifie pas automatiquement que Conakry dépasse des plateformes comme Lomé, Abidjan ou Tema, dont les performances sont généralement exprimées en mouvements de grue par heure’’, fait remarquer un spécialiste.

Cette nuance est essentielle. Elle n’enlève rien à l’intérêt de l’annonce du Port de Conakry, mais elle invite à attendre des données vérifiables : nombre de grues mobilisées, durée moyenne d’attente des navires, temps de séjour des conteneurs, capacité réelle d’évacuation vers la ville et impact sur les coûts logistiques.

Car le problème de fond, lui, est bien réel. La communication du Port a au moins le mérite de reconnaître implicitement qu’il existait un déficit de productivité et de fluidité. Cette reconnaissance contraste avec les réactions enregistrées après la publication de l’édition 2025 de l’Indice de performance des ports à conteneurs, le CPPI, élaboré par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence.

Ce classement, on se rappelle, avait placé le Port autonome de Conakry à la 399e place sur 400 ports évalués dans le monde, soit l’avant-dernière position mondiale. Un résultat particulièrement sévère pour le principal poumon logistique de la Guinée.

À l’époque, les responsables portuaires avaient contesté les conclusions du rapport. Le directeur général de Conakry Terminal, Emmanuel Masson, avait notamment mis en doute la crédibilité du classement : ‘‘Certains ports de la sous-région disposent de davantage de quais, réalisent deux fois moins de trafic, connaissent eux aussi des phénomènes de congestion et obtiennent pourtant une meilleure note que nous. Alors, qui est performant et qui ne l’est pas ?’’

Pourtant, sur le terrain, les difficultés étaient visibles. Depuis plusieurs mois, des cargos s’accumulent en rade au large de Conakry, incapables d’accoster rapidement faute de fluidité suffisante au terminal à conteneurs. Chaque jour, de nouveaux navires viennent grossir la file d’attente, pendant que d’autres sont contraints de patienter trois, voire six semaines, avant de pouvoir se représenter.

Cette congestion a un coût économique considérable. Elle rallonge les délais de livraison, renchérit le transport maritime, expose les importateurs aux surestaries, perturbe les chaînes d’approvisionnement et finit par se répercuter sur les prix payés par les consommateurs.

Dans une économie fortement dépendante des importations, le port n’est pas une simple infrastructure technique. Il est un levier central de compétitivité. Quand le port ralentit, c’est tout le commerce national qui s’alourdit.

L’annonce du passage de 30 à 60 conteneurs manutentionnés par heure peut donc être accueillie comme un signal positif, à condition qu’elle ne reste pas un simple argument de communication. La vraie mesure de la performance ne sera pas le chiffre publié dans un post, mais la baisse effective du temps d’attente des navires, la réduction des files en rade, la rapidité de sortie des marchandises et la diminution des coûts supportés par les opérateurs économiques.

À l’heure où la Guinée nourrit de grandes ambitions économiques, notamment avec le développement du projet Simandou, la performance du Port de Conakry devient un enjeu stratégique. Le pays ne peut pas prétendre devenir un hub minier, industriel et commercial si sa principale porte maritime reste engorgée.

PolitiqueGuinée

Le Port autonome de Conakry a donc raison de communiquer sur ses avancées. Mais après les dénégations, l’heure est désormais à la transparence. Les opérateurs économiques, les armateurs et les consommateurs attendent moins des slogans que des résultats mesurables, réguliers et vérifiables.

Si l’amélioration annoncée se confirme dans la durée, elle constituera une bonne nouvelle pour l’économie guinéenne. Dans le cas contraire, elle ne fera que rappeler une évidence : la performance portuaire ne se décrète pas, elle se constate.

Ibrahima S. Traoré 

https://www.guinee7.com/2026/07/09

Sur le meme sujet, lire : 

1. http://guinee7.com/2026/06/20/port-conakry-classement-mondial-2025-cppi/

2. https://www.guinee7.com/2026/06/22/port-conakry-cppi-2025-hausse-trafic-contre-performances/

3. guinee7.com/2026/06/25/port-conakry-conakry-terminal-classement-cppi-2025/

 

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