Contre La sansure

RDC: Félix Tshisekedi et la malédiction africaine du troisième mandat

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L’attrait du troisième mandat, peu y résiste en Afrique. Félix Tshisekedi, à la troisième année de son deuxième et dernier mandat, y pense. Que la Constitution de 2006 l’interdise, lui importe peu. La loi n’arrête pas l’homme politique africain.

C’est l’Afrique des paradoxes. L’interdit, en politique, appelle systématiquement la transgression. À l’opposé, le totem ou le tabou, personne n’y touche. Au village, par exemple « l’arbre sacré on n’y touche pas ». Au palais présidentiel, le tabou attire. N’y touchez pas, est une incitation à y toucher. Pourquoi ? Peut-être parce qu’en Afrique l’interdit a une valeur rituelle, pas juridique. Le tabou protège. L’interdit politique, lui, est un défi. La transgression politique n’est pas un acte gratuit. Elle rapporte à celui qui l’ose. S’il réussit, c’est le graal total. Pour lui, pour les siens, pour toute la horde des partisans. À l’opposé transgresser le totem, c’est la mort. Personne ne s’y risque. Pour le contraindre à tenir parole, l’homme politique africain devrait peut-être prêter serment sur les totems… et subsidiairement sur la Constitution.

En RDC, malgré le verrou constitutionnel, on reparle encore d’un troisième mandat

Il y a les actes. Et il y a la parole. En RDC, la parole s’appelle l’article 220. Un mandat présidentiel de 5 ans, renouvelable une seule fois. Une disposition insusceptible de modification. Elle est verrouillée. L’article 220 avait été pensé pour cadenasser la volonté des Congolais. Pour couper court. Pour éviter le débat. Les actes, c’est l’actuelle posture de Félix Tshisekedi. En 2019, il avait été élu sur cette promesse. 7 ans plus tard, la malédiction des troisièmes mandats l’a rattrapé. C’est lui qui réintroduit le débat, alors qu’il avait été tranché en 2006.

Même maladie, mêmes symptômes

Cette malheureuse malédiction se justifie partout pareillement. On en appelle d’abord au peuple. Tshisekedi, en l’occurrence, ne sollicite rien. Comme Tartufe, il mange son piment dans la bouche des Congolais. Pour parler comme les Ivoiriens Il feint d’ignorer que les Congolais ont tranché. Ensuite, l’alibi ! Au Congo c’est la guerre dans l’Est. En 2018 et en 2023, les présidentielles ont eu lieu malgré la guerre à l’Est. Qu’est-ce qui a changé? Rien. Ou si. On pourrait prêter au président Tshisekedi de faire ce qu’on proscrit aux étudiants en droit : « nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ». Si la guerre s’aggrave après ses dix ans au pouvoir, à qui la faute? Il faut bien qu’il prenne sa part. En général, on ne demande pas un bonus quand on n’a pas de succès.

Mais pourquoi rouvrir ce débat maintenant?

Dans le guide à l’usage des candidats au troisième mandat, le timing idéal, c’est le début du deuxième mandat. Tshisekedi entame la troisième année, de son deuxième mandat. C’est le bon moment pour ouvrir ce débat. Qui n’est pas nouveau à la vérité. Sous Joseph Kabila, les termes qui sont repris aujourd’hui « mandat supplémentaire » ou « glissement » avaient fleuri sans que le verrou de 220 ne saute. Invoquer la guerre à l’Est donnera t-il plus de chance à Tshisekedi ? Le risque, comme prévient, la Conférence épiscopale du Congo (la Cenco), c’est que « au conflit à l’Est, s’ajoute la guerre civile et la partition du Congo ». Plutôt que le « glissement », Tshisekedi aurait gagné à contribuer à institutionnaliser les alternances politiques qui ont l’avantage de renouveler les Espérances. Partout où il y a de l’espoir, le meilleur devient possible.

Par :Ahmed Newton Barry

https://www.rfi.fr/fr/podcasts/le-regard-de-newton-ahmed-barry/20260711-

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