Rencontre Diomaye Faye-Macky Sall: «Le président est dans une posture politique où il cherche des alliés»
L’actuel chef de l’État sénégalais Bassirou Diomaye Faye reçoit vendredi 17 juillet son prédécesseur Macky Sall, candidat déclaré au poste de secrétaire général des Nations unies. En quête de parrainages, Macky Sall cherche des soutiens, dans un contexte politique marqué par l’accentuation de la rivalité entre Bassirou Diomaye Faye et le président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko.
La rencontre pourrait aussi masquer des enjeux de politique interne à Dakar. Moussa Diaw, professeur émérite de sciences politiques à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, analyse les enjeux de cette visite. Il est l’invité de Polycarpe Essomba.
RFI : Est-ce que l’annonce de cette rencontre entre Bassirou Diomaye Faye, l’actuel président sénégalais, et son prédécesseur, Macky Sall, vous a surpris ?
Moussa Diaw : Oui, cela m’a surpris. Comme cela a surpris aussi beaucoup de Sénégalais. Le président Diomaye Faye avait exprimé son avis sur la candidature de l’ex-président Macky Sall, sur le fait qu’il n’avait pas été informé, qu’il n’a pas été sollicité pour un éventuel soutien. Donc, il avait une position sur cette candidature qu’il considérait comme ne le concernant pas.
Quels bénéfices politiques le président Diomaye Faye peut-il tirer du fait de recevoir Macky Sall ?
Le bénéfice politique, il est dans le fait que le président Diomaye cherche à créer un parti, un appareil politique. Et d’ailleurs, la date est annoncée : le 8 août, pour la campagne de lancement de ce parti. Il est donc dans une posture politique où il cherche des alliés, où il cherche à associer un certain nombre de leaders politiques qui pourraient lui permettre de renouveler son mandat, parce qu’il y pense et c’est ça, justement, l’objectif de ce point de vue-là. L’audience avec le président Macky Sall serait une occasion d’aborder cette question d’alliance entre le président Diomaye et le parti APR que dirige Macky Sall pour pouvoir mener une campagne électorale pour les élections locales, législatives, présidentielles en 2029.
Dans l’autre sens, quelle peut être la motivation de Macky Sall, au-delà de la question d’un possible soutien à sa candidature à l’ONU ?
Macky Sall a quitté le pouvoir. Il avait soutenu Amadou Ba [ex-Premier ministre du Sénégal, NDLR] pendant la campagne présidentielle de 2024. Ce dernier n’a pas réussi. Son parti était devenu pratiquement orphelin parce qu’il n’y avait pas de numéro deux. L’APR souffre de l’absence de son chef qui est à l’extérieur, qui vit au Maroc. Ce qui fait que le parti était livré à lui-même. Et maintenant, ce retour pourrait permettre à ce parti-là de nouer des relations de coalition avec Diomaye qui va fonder sa formation. Cela lui permettrait d’abord d’accéder à des ressources. Vous savez, un parti qui perd le pouvoir, c’est aussi une perte de ressources, parce que la politique ici fonctionne par le clientélisme. Il faut avoir suffisamment de ressources pour pouvoir entretenir une clientèle politique.
Cette rencontre se tient dans un moment où le bras-de-fer entre Bassirou Diomaye Faye et l’ex-Premier ministre Ousmane Sonko, actuel président de l’Assemblée nationale et président du parti Pastef, bat son plein à Dakar. Est-ce que, du coup, Ousmane Sonko fait les frais de toutes ces manœuvres dont vous parlez, du rapprochement entre Diomaye Faye et Macky Sall ?
Ousmane Sonko est dans sa logique. Il a réussi à organiser son congrès et il est en train de mener un combat sur le terrain, dans la vente des cartes à ses militants, et il les exhorte à une remobilisation des forces pour pouvoir tenir les engagements qu’il avait pris devant les Sénégalais. Donc, oui, il y a cette rivalité de pouvoir, cette concurrence entre les deux leaders. Chacun cherche à se consolider dans l’espace politique sénégalais. Au niveau de l’opposition, elle s’est fragmentée… C’est pour cela que chacun d’eux se bat, c’est la raison pour laquelle ils cherchent à les rassembler, à créer une dynamique politique pour pouvoir constituer une sorte de rampe de lancement politique.
Pour vous, Ousmane Sonko n’a pas à s’inquiéter outre mesure de manœuvres qui sont orchestrées en ce moment autour du président Diomaye Faye ?
Je ne crois pas, pour la simple raison que sa popularité n’est pas affectée. Son dernier voyage, pour inaugurer la permanence de son parti à Touba, montre bien cette capacité de mobilisation, l’adhésion massive des jeunes à son parti, à sa personne. Tout cela montre qu’il a encore une popularité auprès des jeunes et des militants, et qu’ils sont attachés à sa personne.
Le venue de Macky Sall à Dakar fait aussi son lot de mécontents, notamment auprès des familles des victimes de la répression de l’ancien régime. Elles appellent à ne pas sacrifier « la mémoire à l’autel de la diplomatie ». Comment entendez-vous ces cris ?
C’est un cri de tristesse, un cri de désarroi. Ces familles ont perdu leurs enfants. D’autres ont eu des effets collatéraux sur leurs propres personnes, handicapées à vie. D’autres ont perdu leur emploi. Donc il y a eu beaucoup de victimes. Or, jusqu’à présent, la justice ne s’est pas prononcée sur ce dossier-là. Et Macky Sall, est considéré comme un responsable : c’était lui le président de la République. Ces citoyens-là ne souhaitent pas la venue de Macky Sall. C’est ce qui fait que ce climat est lourd. Cette visite est contestée par ces organisations-là et par ces personnes qui sont des victimes des répressions qui ont eu lieu entre 2021 et 2024.

