»La crédibilité et la force de la CEDEAO commencent dans chacun de ses États membres, par la conduite des dirigeants et l’adhésion des peuples. »
La CEDEAO est aujourd’hui appelée à engager des réformes majeures pour répondre aux défis sécuritaires, démocratiques, économiques et sociaux qui fragilisent l’Espace Sous Régional. Ces ambitions sont légitimes. Mais leur réussite dépend d’une condition fondamentale : la cohérence entre les engagements pris au niveau régional et les pratiques de gouvernance observées dans chacun des États membres.
Le Traité révisé de la CEDEAO, le Protocole additionnel de 2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance, ainsi que la Vision 2050 de l’organisation consacrent des principes sans équivoque : l’État de droit, la démocratie, la transparence, la participation citoyenne, la redevabilité et le respect des droits humains. Ces textes ne constituent pas de simples références diplomatiques ; ils définissent les obligations politiques et morales que les États se sont librement imposées.
Pourtant, les réalités observées dans plusieurs pays de la région interrogent la crédibilité de ces engagements. Les restrictions des libertés publiques, les crises de confiance entre gouvernants et gouvernés, la corruption, la personnalisation du pouvoir, les atteintes à l’indépendance de la justice ou encore le non-respect des règles de gouvernance affaiblissent les institutions nationales et, par ricochet, la crédibilité de la CEDEAO elle-même.
Une organisation régionale n’est forte que par les États qui la composent. La qualité de l’intégration Sous Régionale repose d’abord sur la légitimité et la solidité des institutions nationales. Il est difficile de promouvoir la démocratie et une intégration efficace à l’échelle régionale lorsque les citoyens doutent ou ne se sentent pas concernés par les politiques publiques dans leurs propres pays. C’est traiter les effets plutôt que les causes.

Les chefs d’État gagneraient ainsi à faire de chaque sommet de la CEDEAO un exercice d’introspection autant que de décision collective. La première réforme attendue n’est pas seulement institutionnelle ; elle est celle de l’exemplarité. Respecter les lois, garantir les libertés fondamentales, assurer une gestion transparente des ressources publiques, renforcer l’indépendance de la justice et placer l’intérêt général au-dessus des intérêts particuliers demeurent les fondements de toute gouvernance crédible.
Les peuples ouest-africains n’attendent pas uniquement des déclarations ambitieuses. Ils attendent des résultats concrets, des institutions dignes de confiance et des dirigeants qui incarnent les valeurs qu’ils défendent dans les enceintes régionales. La confiance et la participation citoyennes constituent des leviers essentiels de l’intégration.
L’avenir de la CEDEAO ne se construira ni dans les discours ni dans les seuls textes. Il se construira dans la capacité de chaque État membre à faire vivre les principes qu’il a librement acceptés. La responsabilité républicaine, le patriotisme institutionnel et le respect de l’État de droit constituent le socle sur lequel pourra s’édifier une CEDEAO plus forte, plus crédible et véritablement au service de ses peuples.
En conclusion, la CEDEAO ne souffre pas que d’un déficit de textes. Elle souffre surtout d’un déficit de cohérence entre les engagements pris et les pratiques nationales. Restaurer cette cohérence est le principal levier sur lequel les ambitions de réforme et de renforcement stratégiques doivent s’appuyer.
Abdoul Sacko
Coordinateur National du Forum des Forces Sociales de Guinée (FFSG)
Consultant sur des Questions de Gouvernance et de Conflits
