RDC: le dialogue national doit «aborder les causes profondes de la crise», selon Martin Fayulu
Patient Ligodi

En République démocratique du Congo, le dialogue national promis par Félix Tshisekedi reste encore sans cadre précis. Le chef de l’État assure qu’il sera différent des précédents et qu’il permettra de renforcer la cohésion nationale. Mais plusieurs questions demeurent : qui pourra y participer, qui en fixera les règles et quels sujets seront mis sur la table ?
L’opposant Martin Fayulu réclame notamment la participation de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa, chef de l’AFC/M23, tandis que le pouvoir exclut de dialoguer avec ceux qu’il considère comme liés au Rwanda. Martin Fayulu appelle également à une mobilisation nationale le 15 septembre. Il répond aux questions de Patient Ligodi.
RFI: Félix Tshisekedi promet un dialogue différent de tous les dialogues qu’a connus ce pays pour vous. En quoi doit-il justement être différent, ce dialogue ?
Martin Fayulu : Pour nous, le dialogue doit être un dialogue sincère, un dialogue qui aborde toutes les questions qui concernent le Congo. Un dialogue qui aborde les causes profondes de la crise congolaise, les causes internes lointaines et récentes, les causes externes lointaines et récentes, afin de trouver des solutions pour mettre le pays sur les rails.
Ce que vous évoquez là, c’est un tout petit peu le synonyme de la Conférence nationale souveraine organisée au Zaïre en 1990.
Vous pouvez le comprendre comme ça, mais pas avec la durée de la Conférence nationale souveraine, pas avec 2850 participants. C’est une réunion, un dialogue qui doit être court dans le temps. Ce dialogue ne peut pas durer plus de trois semaines, ou en tout cas pas plus d’un mois. Il faut un format réduit avec nos pères spirituels, les leaders religieux comme médiateurs, mais un dialogue qui a un seul objectif, c’est-à-dire comment sortir le Congo du trou dans lequel il est mis aujourd’hui.
Le gouvernement avait annoncé qu’une ordonnance présidentielle fixerait les modalités de ces dialogues. Acceptez-vous sur le principe que Félix Tshisekedi fixe par ordonnance le cadre d’un dialogue auquel il est lui-même partie prenante ?
Non, ce n’est pas à Félix Tshisekedi de fixer le cadre ou de fixer les matières à traiter. Nous, nous savons ce que nous devons aborder, toutes les questions concernant le pays. Mais c’est à lui de voir avec les évêques et les pasteurs comment on convoque cette réunion. C’est à lui de voir, c’est aux évêques. Nous, nous pensons que depuis le 17 juillet dernier, les évêques et les pasteurs ont reçu le « GO » pour l’organisation de ce dialogue national inclusif.
C’est-à-dire que vous n’attendez pas une ordonnance ?
On n’attend pas forcément une ordonnance, mais on attend que le dialogue soit convoqué le plus rapidement possible.
Le dialogue est évoqué depuis plusieurs mois. Le 17 juillet, vous venez de les rappeler. Félix Tshisekedi en a accepté le principe. Une ordonnance est annoncée, mais elle n’est toujours pas publiée. Maintenant, le président annonce une prochaine adresse à la nation pour préciser les contours justement du dialogue. N’avez-vous pas le sentiment d’être entraîné dans une succession d’annonces pendant que le temps passe ?
Nous pensons que Félix Tshisekedi est en train de vouloir gagner du temps, mais il doit savoir qu’il y a une échéance. L’échéance, c’est 2028. En décembre 2028, qu’il le veuille ou pas. Qu’il y ait organisation de dialogue ou pas, qu’il y ait élection ou pas, Félix doit partir. Nous l’avons dit, qu’il n’y a pas de troisième mandat possible pour Monsieur Tshisekedi et pour quiconque. En 2028, que Tshisekedi le veuille ou pas, il doit partir. Donc, s’il pense gagner du temps en essayant de trouver des subterfuges pour nous court-circuiter et donner un coup de massue après, je crois qu’il se trompe.
Vous avez explicitement demandé la participation de l’ancien président Joseph Kabila et de Corneille Nangaa, qui est le coordonnateur de l’AFC/M23. Le mouvement politico-militaire qui contrôle une partie de l’est de la République démocratique du Congo. Tous deux ont été condamnés par la justice congolaise. Concrètement, comment rendez-vous leur participation possible ?
Je vois que ça fait polémique et Monsieur Tshisekedi et son gouvernement discutent avec l’AFC/M23 à Doha. Ils ont élaboré huit protocoles d’accord et ces huit protocoles d’accord, les belligérants, c’est-à-dire l’AFC/M23 et le gouvernement congolais à la tête duquel se trouve Monsieur Tshisekedi, ils veulent nous les imposer, ils vont imposer ça à la société civile congolaise, ils vont imposer ça à l’opposition congolaise.
Non, nous disons qu’il faut que tout le monde y soit. Tous ceux qui ont contribué à la déstabilisation du Congo, qui ont des raisons, qu’ils viennent évoquer ces raisons. Vous demandez comment les gens qui ont été condamnés doivent participer. Mais moi, j’ai été à la Conférence nationale souveraine. Il y a des gens qui étaient condamnés à mort. On a pris des mesures de décrispation, on a pris des mesures adéquates pour que ces gens-là y soient.
