Contre La sansure

CELLOU DALEIN DIALLO : MORT POLITIQUEMENT, MAIS TOUJOURS ASSEZ VIVANT POUR FAIRE TREMBLER LA RÉPUBLIQUE

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Décidément, nous avons l’obligation de rendre hommage à Cellou Dalein Diallo. Quel homme ! ! !

Il est politiquement mort depuis des années, son parti dissous et ses structures désarticulées, il vit à l’étranger, et pourtant il possède encore un pouvoir extraordinaire. Il fait travailler la République même lorsqu’il ne travaille plus pour elle.

Le plus extraordinaire, c’est que le cher Monsieur Pauseur, l’ancien slogantier de l’UFDG devenu spécialiste officiel des morts politiques, nous expliquait avec une application presque touchante que CDD est fini, terminé, classé, archivé et enterré. Le cercueil serait même, paraît-il, déjà refermé.

Mais il y a un petit problème. Le mort continue de faire des dégâts. Hier, son nom apparaît dans l’affaire d’un magistrat de la Cour suprême finalement révoqué. Puis voilà que deux ministres sont limogés. Un conseiller de la Présidence est remercié. Et maintenant circulent des informations selon lesquelles plusieurs officiers, hauts cadres de l’administration, religieux, opérateurs économiques et même élus pourraient être concernés par ce qui est présenté comme un vaste cycle de purge ou de « nettoyage ».

Évidemment, attendons les faits et les décrets. La rumeur est une mauvaise comptable. Elle additionne tout et vérifie rarement ses factures. Mais reconnaissons que le spectacle devient irrésistible. Parce qu’à ce rythme, il va falloir réviser la définition du mot « mort politique » dans les dictionnaires guinéens.

Chez nous, un mort politique peut apparemment faire révoquer des magistrats, faire trembler les couloirs de la justice, provoquer des explications ministérielles, occuper les conversations du pouvoir, faire apparaître son nom dans les dossiers disciplinaires, et, accessoirement, assister depuis l’étranger à un festival de limogeages. Quel fantôme ! ! !

On nous avait pourtant promis un homme politiquement insignifiant. Alors comment expliquer cette étrange fébrilité autour de son nom ? Il faudrait peut-être créer une nouvelle institution appelée le Haut-Commissariat à la Surveillance des Fantômes de CDD. Avec directeur général, secrétariat permanent, budget de fonctionnement, véhicules de service et probablement quelques consultants internationaux. Parce que manifestement, le fantôme demande du personnel.

Il y a quelques jours, le Pauseur national expliquait que CDD n’était plus qu’un souvenir, que l’UFDG était dissoute et que seuls quelques nostalgiques s’agitaient encore autour de son cadavre politique.

Très bien. Mais voici que la République elle-même semble avoir du mal à respecter le deuil. Elle continue d’en parler, de le surveiller, de commenter ses relations. Elle continue de lui trouver une place dans les affaires sensibles et continue de prononcer son nom. Et maintenant elle semble commencer à faire le ménage autour d’elle.

Quelqu’un pourrait-il expliquer à Monsieur le Pauseur que lorsqu’on passe autant de temps à vérifier qu’un mort est bien mort, on finit par donner aux vivants l’impression qu’on doute du certificat de décès ?

C’est même devenu une comédie extraordinaire. Le pouvoir : « CDD est fini. » Le Pauseur : « CDD est fini. » La République, quelques jours plus tard : « CDD ? Justement, parlons-en… »

Mais attention, il ne faudrait surtout pas conclure que tous ces évènements sont causés par CDD. Ce serait injuste. Et surtout, ce serait lui attribuer un pouvoir presque surnaturel. Un homme absent qui ferait tomber des ministres ? Un exilé qui ferait révoquer des magistrats ? Un ancien candidat qui ferait trembler des officiers ? Un opposant sans parti qui inquièterait des cadres, des religieux, des opérateurs économiques et des élus ?

Non. Soyons raisonnables. Cellou Dalein Diallo n’est évidemment pas responsable de tout cela. Il faudrait déjà qu’on démontre qu’il est responsable de quelque chose. Mais c’est précisément ce qui rend la situation si délicieusement ironique.

Si tout cela n’a rien à voir avec lui, pourquoi son nom revient-il sans cesse ? Et si son nom n’a vraiment aucune importance, pourquoi suffit-il à mettre autant de monde en alerte ? Voilà la question que Mister Pauseur devrait méditer entre deux démonstrations de loyauté. Car le véritable sujet n’est peut-être même plus Cellou Dalein, c’est la peur de Cellou Dalein. Et une peur politique est une créature beaucoup plus dangereuse qu’un adversaire politique.

Un adversaire, on le combat. Une peur, on la voit partout. Elle commence par chercher des militants. Puis des cadres, des officiers, des magistrats, des hommes d’affaires, des religieux et des élus. Et finalement, elle finit par suspecter son propre reflet dans la glace. C’est ainsi que les régimes commencent parfois à confondre sécurité et suspicion, loyauté et soumission, stabilité et nettoyage.

Encore une fois, attendons les faits. Mais si la vague annoncée venait à se confirmer, il faudra alors regarder la scène avec beaucoup moins d’amusement. Car un grand ménage politique peut toujours commencer par quelques meubles déplacés. Et finir par vider toute la maison. Pour l’instant, contentons-nous donc de rire. Parce que le scénario est franchement savoureux.

Le CNRD aurait dissous l’UFDG. Mais il continue de nous parler de l’UFDG. Il aurait neutralisé son leader. Mais son nom continue de surgir dans les affaires les plus sensibles. Il aurait définitivement réglé le problème CDD. Mais voilà que le problème semble avoir développé une étonnante capacité à apparaître sans être présent. Quel fantôme ! ! !

Un fantôme qui n’a même pas besoin de venir à Conakry pour occuper les conversations de la République, qui n’a plus de parti mais dont le nom circule encore, qui n’exerce aucune fonction mais dont les relations supposées inquiètent encore, qui serait politiquement mort mais dont le certificat de décès semble nécessiter une mise à jour quotidienne et surtout un fantôme qui, selon les informations qui circulent, pourrait assister tranquillement depuis l’étranger à un grand ménage dont personne ne sait encore jusqu’où il ira.

Alors, chers organisateurs des funérailles politiques de Cellou Dalein Diallo, ne refermez pas trop vite le cercueil. Il paraît que le défunt respire encore. Et à voir la fébrilité de ceux qui prétendent ne plus le craindre, il respire peut-être même beaucoup mieux qu’eux.

Et si les prochains jours confirment les rumeurs qui circulent déjà, nous pourrons alors poser une question beaucoup plus intéressante. « Si CDD est réellement mort politiquement, qui donc est en train de faire tomber tous ces vivants ? »

Parce que, franchement, ce fantôme-là a un rendement qui ferait pâlir même les vivants. Et surtout, ce n’est peut-être que le commencement.

Alpha Issagha Diallo

Spécialiste des morts politiques, diplômé ès fantômes d’État

Observateur bénévole des Républiques qui tremblent devant ceux qu’elles jurent ne plus craindre.

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