Contre La sansure

ENTERREMENT POLITIQUE ANNULÉ : CELLOU DALEIN DIALLO À ROLAND-GARROS

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Décidément, certains morts politiques ont une santé insolente. À peine CDD a-t-il parlé que voilà le « défunt politique » invité à Roland-Garros, les 26 et 27 Août, à la Rencontre des Entrepreneurs de France du MEDEF.

Pendant que certains, à Conakry, s’acharnent depuis des années à rédiger l’acte de décès politique de Cellou Dalein Diallo, voilà que le « mort », le « fini », le « dépassé », le « fantôme » est attendu à un rendez-vous qui réunit dirigeants d’entreprise, décideurs publics, responsables politiques et personnalités de premier plan.

Il faut reconnaître aux croque-morts politiques guinéens un talent exceptionnel. Ils enterrent les gens avec une telle conviction que même les cimetières finissent par les croire morts. Mais il y a un petit problème. Le défunt est invité. Et pas au mariage du voisin ou à une cérémonie de quartier avec Goubhoye Diallo, trois militant et un thermos de thé. À la REF 2026, on parle d’investissement, de souveraineté, de transformation économique, de confiance, de responsabilité et de l’avenir de nos sociétés.

Il faudra donc prévenir les organisateurs. ‘’Attention, vous avez peut-être invité quelqu’un que certains avaient déjà enterré’’. Vérifiez le certificat de décès avant de lui remettre son badge. Parce que depuis des années, on nous explique que CDD est fini. Son influence serait morte, son avenir politique enterré, son parti condamné aux archives. On avait pratiquement choisi les fleurs et commandé les petits fours. Et puis voilà que le mort commet une nouvelle indiscipline, il est invité à Paris. Quelle défaillance dans le service des pompes funèbres !

À Conakry, « fini », « fantôme » et à Paris, « invité », « personnalité à écouter ». À Conakry, « plus d’avenir » et à la REF, on parle justement de l’avenir de la Guinée et de l’Afrique. Il y a décidément quelque chose qui ne fonctionne pas dans le certificat de décès.

Pourtant le plus délicieux est encore le thème de cette REF : le courage. Le courage de produire, d’investir, de travailler, de former et de réformer. Quel magnifique hasard ! Parce que gouverner, c’est aussi avoir le courage de supporter les questions, de rendre des comptes, de publier les chiffres, d’expliquer les contrats, d’accepter la contradiction, de laisser la justice travailler sans lui tenir la main et surtout, de ne pas confondre souveraineté et propriété privée du pouvoir.

Et puisqu’on parle de confiance, rappelons qu’elle ne se décrète pas par communiqué. Elle se construit avec des institutions crédibles, une justice indépendante, des règles stables, des contrats transparents et des chiffres qui survivent à une calculette.

Un investisseur sérieux ne demande pas seulement combien coûte une mine, une route ou un stade. Il demande aussi : qui décide ? Quelle est la règle ? Que vaut la justice ? Le contrat sera-t-il respecté ? Les institutions survivront-elles aux hommes qui les occupent ? Voilà des questions autrement plus dangereuses qu’un mystérieux audio WhatsApp. Et c’est précisément ce qui rend cette invitation intéressante.

CDD ne va pas seulement à Paris comme homme politique guinéen. Il va évoluer dans un espace où l’on parle d’investissement, de gouvernance, de souveraineté et de transformation économique. Il pourra donc parler de la Guinée là où l’on écoute moins les communiqués de propagande et davantage la crédibilité des institutions.

Pendant ce temps, à Conakry, certains devront continuer à expliquer que l’homme n’existe plus politiquement. Il faudra peut-être créer une nouvelle catégorie administrative de « Personnalité politiquement inexistante mais internationalement invitée » ou, plus simplement, « Mort politique à usage domestique, vivant politique à usage extérieur ».

C’est une spécialité qui pourrait même devenir une exportation guinéenne. On enterre l’adversaire le matin. Il est invité à Paris l’après-midi. Garantie zéro résurrection pendant vingt-quatre heures. Malheureusement, il y a des effets secondaires. Le défunt pourrait parler. Et pire encore, il pourrait être écouté et c’est là que le problème commence.

Cellou Dalein Diallo était présent lors de la dernière rencontre du MEDEF.

 

Parce qu’un homme réellement fini ne nécessite pas tant d’efforts pour démontrer qu’il est fini. On ne mobilise pas une machine politique contre un fantôme. On ne s’acharne pas à expliquer qu’un homme n’a plus d’influence lorsqu’il n’en a réellement plus. On l’oublie. Or l’acharnement à prouver qu’un homme n’existe plus est parfois la meilleure preuve qu’il existe encore.

Et voilà que Roland-Garros vient de poser sur le cercueil un petit tampon administratif particulièrement embarrassant : INVITÉ. Deux syllabes. Mais parfois deux syllabes suffisent à faire trembler tout un avis de décès.

Alors, mes chers compatriotes, surtout ne paniquons pas. Laissons les croque-morts poursuivre leur noble mission. Qu’ils continuent à expliquer que le mort est mort. Pendant ce temps, le mort prend son avion, va à Paris, entre à Roland-Garros, rencontre des entrepreneurs, échange avec des décideurs et parle de la Guinée. Peut-être même parle-t-il de son avenir.

Quel scandale ! Un mort qui parle et voyage, qui est invité et qui a encore un agenda. À ce rythme, les croque-morts vont devoir rouvrir le cercueil et demander à CDD de ralentir sa résurrection car ils n’ont pas encore terminé l’enterrement. Mais qu’ils prennent leur temps. Car avant de refermer définitivement le cercueil, la précaution élémentaire que certains devraient apprendre est de vérifier le pouls. Le mort politique continue décidément à avoir un agenda beaucoup trop chargé.

Alpha Issagha Diallo

Diplômé de l’École supérieure des enterrements politiques ratés.

Membre honoraire de l’Association des citoyens qui vérifient si les morts sont vraiment morts.

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