Au Sahel, l’Algérie et le Mali veulent « tourner la page des tensions »
En revanche, il ne faut pas réduire la crise du Nord-Mali à la seule question touareg, ce serait trop simplificateur. Les crises qui frappent le Nord-Mali de manière cyclique depuis plusieurs décennies sont complexes et mêlent des dimensions politiques, communautaires, ethniques, territoriales, économiques et sécuritaires.
Le Mali accepterait-t-il de nouveau que l’Algérie joue un rôle de médiateur ?
Je ne pense pas que Bamako soit aujourd’hui disposé à redonner immédiatement à Alger le rôle de médiateur institutionnel qu’elle exerçait dans le cadre du processus d’Alger, en tout cas pas de manière officielle. La doctrine actuelle des autorités maliennes insiste fortement sur la souveraineté nationale et sur la volonté de traiter les problèmes maliens dans un cadre contrôlé par Bamako.
C’était précisément l’un des arguments avancés officiellement lorsque le gouvernement malien a dénoncé l’Accord d’Alger en janvier 2024. En revanche, l’Algérie peut progressivement retrouver un rôle de facilitateur, probablement plus discret. Elle possède une connaissance historique du Nord-Mali, des réseaux locaux et une expérience diplomatique que peu d’autres acteurs régionaux possèdent.
Tout dépendra donc du niveau de confiance qui sera reconstruit entre Alger et Bamako et de la capacité des autorités maliennes de sortir d’une logique purement sécuritaire pour régler la crise du Nord-Mali. Une logique qui a d’ailleurs montré largement ses limites.

Quel sera le véritable test de cette réconciliation ?
À mon avis, le premier test sera sécuritaire. Les déclarations diplomatiques sont importantes, mais la véritable confiance se mesurera à la reprise des échanges opérationnels : renseignement, surveillance de la frontière commune, lutte antiterroriste et mécanismes de concertation sécuritaire.
Le deuxième test sera économique. Une relance des échanges transfrontaliers, des infrastructures et des projets communs permettrait d’ancrer la normalisation dans la durée.
Enfin, le troisième test sera politique. La visite annoncée d’Assimi Goïta en Algérie, si elle se concrétise et débouche sur une feuille de route bilatérale, permettra alors véritablement de confirmer cette réconciliation et ouvrir la voie au développement d’une relation stratégique entre les deux pays.
Un retour aux Accords d’Alger signés en 2015 est-il possible ?
Je ne pense pas que l’on puisse revenir à l’Accord d’Alger de 2015 dans sa forme initiale. Le Mali l’a officiellement dénoncé en janvier 2024 et, surtout, le rapport de force politique et militaire sur le terrain a profondément changé depuis sa signature. En revanche, cela ne signifie pas que la philosophie qui sous-tendait l’accord est devenue obsolète. Bien au contraire.
L’idée fondamentale était qu’il ne pouvait pas y avoir de solution exclusivement militaire à la crise du Nord-Mali et qu’une solution durable nécessitait également un dialogue politique, le développement économique, la gouvernance locale et la prise en compte des spécificités des populations du Nord. Ces problématiques sont toujours d’actualité.
On peut donc imaginer un nouveau cadre de dialogue, différent de l’Accord de 2015, adapté au nouveau rapport de force et dans lequel l’Algérie pourrait, si Bamako le souhaite, jouer un rôle de facilitateur en raison de son expérience et expertise sur ce dossier. Chaque jour qui passe, nous rappelle que la solution au Nord-Mali ne peut pas être exclusivement militaire.

