Contre La sansure

Une télévision d’État n’est pas une cour royale

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En République de Guinée, une question mérite d’être posée sans détour : à qui appartient réellement la télévision nationale ? À un gouvernement ? À un président ? À un parti ? Ou au peuple guinéen ?

La réponse devrait pourtant être évidente : elle appartient à la République.

Une télévision nationale financée par l’argent public n’est pas un instrument de communication politique au service d’un homme. Elle est une institution publique dont la mission première est d’informer, d’éduquer et de rendre compte de la vie nationale avec professionnalisme, équilibre et responsabilité.

Présenter les réalisations du gouvernement n’a rien de choquant. Au contraire. Les citoyens ont le droit de savoir ce que fait l’État, où va l’argent public, quels projets sont réalisés et quels résultats sont obtenus.

Mais informer n’est pas glorifier.

Lorsque le reportage institutionnel laisse progressivement place au culte de la personnalité, lorsque le président de la République est présenté comme un « Lion noir », lorsque ceux qui questionnent son bilan sont caricaturés comme des « rats » ou des « ennemis du pays », nous ne sommes plus simplement dans l’information.

Nous entrons dans une autre logique : celle de la propagande.

Et c’est précisément là que le danger commence.

Car une République solide ne se construit pas autour de l’adulation d’un dirigeant. Elle se construit autour d’institutions capables de lui dire la vérité, y compris lorsque cette vérité dérange.

Un président peut être populaire aujourd’hui et contesté demain. Il peut réussir certains projets et échouer sur d’autres. Il peut prendre de bonnes décisions et commettre des erreurs.

C’est précisément pour cela que les médias publics doivent rester au-dessus des passions politiques.

En Guinée, nous avons déjà suffisamment souffert des personnalités placées au-dessus des institutions. Nous devrions désormais apprendre à construire l’inverse : des institutions plus fortes que les hommes.

La critique d’un gouvernement ne fait pas de quelqu’un un ennemi de la Guinée.

Un journaliste qui pose des questions difficiles ne trahit pas son pays.

Un citoyen qui demande des comptes à ses dirigeants n’est pas un « rat ».

C’est un citoyen.

Et dans une République, le citoyen n’a pas besoin de permission pour exercer son droit de regard sur ceux qui gouvernent en son nom.

La télévision nationale devrait donc être un miroir de la Guinée dans toute sa diversité : ses réussites, ses difficultés, ses contradictions, ses espoirs et ses inquiétudes.

Elle devrait pouvoir montrer une réalisation gouvernementale le matin et donner la parole à celui qui la critique le soir.

Elle devrait pouvoir interviewer un ministre sans transformer l’entretien en séance d’éloges.

Elle devrait pouvoir parler du président avec respect sans tomber dans la glorification.

Car le véritable patriotisme n’est pas d’applaudir tout ce que fait le pouvoir.

Le véritable patriotisme, c’est vouloir suffisamment de bien à son pays pour oser lui dire la vérité.

La Guinée n’a pas besoin d’une télévision qui chante les louanges du pouvoir.

Elle a besoin d’une télévision qui serve la République, la vérité et le peuple.

Parce qu’une nation ne grandit jamais lorsque ses médias ont peur de poser les bonnes questions.

Et lorsqu’une télévision publique devient la cour d’un homme, c’est la République elle-même qui perd son miroir.

Elhadj Aziz Bah

 

Note de l’auteur :

Cette tribune est publiée dans le cadre du débat citoyen sur la gouvernance et le développement de la Guinée. Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.

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