Contre La sansure

Niger: Abdourahamane Tiani s’en remet désormais aux Russes

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Un putschiste renversé par un putsch. Samedi 29 août à Niamey, le général Abdourahamane Tiani a failli vivre ce qu’il a fait subir à Bazoum. Il a fallu les Russes pour lui sauver la mise, face au refus d’une partie de l’armée régulière de tirer sur les mutins. Abdourahamane Tiani sauvé, mais désormais otages des Russes !

C’est une victoire à la Pyrrhus. Abdourahamane Tiani a sauvé son pouvoir et a perdu l’estime de bon nombre de Nigériens. Lesquels se sont souvenus qu’en juillet 2023, face à une situation semblable, Mohamed Bazoum avait refusé l’offre d’Emmanuel Macron qui proposait de le réinstaller avec les 1 500 soldats français de la base 101 de Diori Hamani.

Trois ans après, face aux promesses non tenues, des jeunes officiers des unités de Ouallam, Téra et Dosso – qui ont subi d’énormes pertes face aux groupes d’EIBoko Haram et au Jnim –, ces gamins du front, comme on les désigne affectueusement à Niamey, se sont mutinés. Pour les vaincre, Tiani a fait appel à Africa Corps. Une victoire au prix de la fraternité d’armes.

Pour autant Tiani s’est-il tiré d’affaire ? C’est la malédiction des putschistes : pour ne plus avoir d’adversaires, ils suppriment la politique. Quand on ferme toutes les soupapes démocratiques, on ne supprime pas l’opposition. On la déplace dans les casernes.

Au Niger, il y a deux armées. La Garde présidentielle, choyée, à Niamey, et les gamins qu’on envoie mourir à Bankilaré ou Diffa, démunis, discriminés jusque dans la mort. Le double standard que les Niaméyens ont observé, alors que les armes venaient à peine de se taire ; obsèques officielles avec fastes et les larmes de la République pour trois officiers de la Garde présidentielle morts pour Abdourahamane Tiani, enterrement à la sauvette pour les autres, morts au front pour le Niger.

Abdourahamane Tiani l’a échappé grâce à sa garde et surtout aux Russes, sauvé par un garant extérieur, dans des conditions inconnues. Ni traité, ni cadre législatif connus. Le fait du prince, dans la panique. Une souveraineté sous-traitée. Abdourahamane Tiani, le souverainiste ombrageux, appelle les Russes dans sa propre base pour reprendre son propre aéroport. Ce n’est plus un partenariat, c’est une dépendance sécuritaire. L’armée nigérienne avait mis Abdourahamane Tiani au pouvoir le 26 juillet 2023. Les Russes l’y maintiennent depuis ce 29 août.

Il y a aussi Alger et Ankara, qui a fait un simple communiqué. Les Turcs de SADAT ne sont pas les gardes du corps d’Abdourahamane Tiani. Alger a su réagir pour protéger ses énormes investissements et pour éclipser le Maroc, son frère ennemi. Russes et Algériens ne sont pas alliés au Sahel. Ils ont en commun que jamais plus Paris ne revienne, mais des projets opposés : Moscou veut un Sahel en guerre permanente, qui a besoin de mercenaires, qui paie en or, en uranium, en concessions. Le chaos est son business model. Tiani n’a plus la confiance de son armée, c’est une proie idéale.

Alger, à l’opposé, veut des États stables pour protéger ses gazoducs. Elle ne veut pas de concurrents militaires dans sa profondeur stratégique. Moscou est son fournisseur – elle lui achète 80 % de ses armes –, mais elle ne le veut pas comme voisin.

Tiani joue sur les deux tableaux. Il prend l’argent algérien pour ne pas mourir de faim et les fusils de Moscou pour ne pas mourir tout court. Enfin, terminons avec cette sentence, d’un brillant universitaire nigérien, Rhamane Idrissa. « Au Niger, dit-il, un coup d’État n’est pas une surprise, c’est une probabilité statistique ». Encore plus probable quand on interdit les urnes : le seul vote qui reste, c’est une rafale à 1h du matin.

Par: Ahmed Newton Barry

Source: https://www.rfi.fr/fr/podcasts/le-regard-de-newton-ahmed-barry/20260905

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