L’Afrique dort et se vante de son ignorance (par Dantouman Souleymane TRAORÉ)
Questionnons l’avenir de l’Afrique, de l’Union africaine et des Communautés économiques régionales face aux fractures géopolitiques et alliances extérieures du continent. Qu’en est il de l’Union africaine et des Communautés économiques régionales si des pays africains expulsent des citoyens africains pour des raisons xénophobes ? Qu’en est il de ces organisations si certains présidents africains cherchent des alliances avec des puissances occidentales contre des présidents opposés à la manipulation occidentale ? Qu’en est il encore lorsque les États Unis d’Amérique signent des accords avec certains pays africains pour accueillir des migrants africains au refus de leur pays d’origine d’admettre leur appartenance, en contrepartie d’aides financières, sans passer par l’Union africaine ?
Personnellement, l’Afrique semble dénoncer le racisme, la discrimination et l’injustice lorsqu’ils viennent de l’extérieur. Mais, beaucoup plus difficile de s’interroger sur ses propres contradictions. C’est facile, pour l’Africain que nous sommes, de mépriser les Occidentaux. Mais, beaucoup plus difficile de nous questionner sur le sort de notre continent. Nous devons être lucides et logiques dans nos démarches. La race et l’ethnie sont de faux débats. Certes, l’homme aime naturellement ce qui lui ressemble, et cette tendance ne doit devenir un prétexte à la discrimination, à la haine ou au rejet de l’autre.
Au moment où l’on crie au scandale du racisme, entre avril et juin 2026, l’Afrique du Sud aurait expulsé plus de 16 078 Africains. Entre 2018 et 2019, l’Angola aurait expulsé plus de 450 000 Africains. Au Kenya, plus de 1 227 Africains auraient été expulsés entre 2018 et 2019. Et le 7 septembre 2026, le gouvernement kényan a annoncé de nouvelles mesures contre les petites activités commerciales exercées par des étrangers, pour la protection des commerçants locaux.
Au moment où l’on dénonce la discrimination, les États Unis d’Amérique signent des accords avec certains pays africains pour accueillir des migrants dont les pays d’origine contestent leur appartenance, en contrepartie d’aides financières. Avec ces accords sans l’implication de l’Union africaine, à quoi servent l’Union africaine et les communautés économiques régionales ?
Au moment où l’on dénonce l’injustice, certains présidents africains cherchent des alliances avec des puissances extérieures contre d’autres dirigeants africains. Les annales de l’histoire nous l’ont enseigné 《lorsque les intérêts des puissances étrangères prennent le dessus sur les intérêts du continent, l’Afrique devient automatiquement le terrain de rivalités qui la dépassent 》
Au moment où l’on crie à la discrimination, à l’injustice, au racisme et à l’ethnocentrisme, nos dirigeants semblent changer de maître plutôt que de changer de système. Certes, au début de la guerre en Ukraine, le Kremlin, dans son discours sur le néocolonialisme a affirmé 《 Nous soutenons systématiquement les peuples africains dans leur lutte pour se libérer de l’oppression coloniale […] », c’est à dire soutenir les peuples africains dans leur lutte contre l’oppression coloniale et le néocolonialisme. Mais l’Afrique doit elle remplacer une dépendance par une autre ? À ce jour, 3 pays sur 15 se sont retirés de la CEDEAO pour créer l’AES. Cette division nourrit les inquiétudes sur la possibilité que d’autres pays rejoignent cette alliance. Pourtant, l’Union africaine ambitionne de bâtir une Afrique unie, intégrée, en paix et dirigée par les citoyens Africains. Quant aux Communautés économiques régionales, elles ambitionnent de favoriser l’intégration des pays d’une même contrée géographique et servir de marchepied à l’unification du continent.
Par contre, aujourd’hui, nos dirigeants sont divisés entre les blocs stratégiques, notamment le bloc institutionnel et le bloc des juntes militaires. Cette fracture est due au contexte géopolitique international marqué par la rivalité d’intérêts entre les puissances occidentales et la Russie et ses alliés. Mais, au delà de toute cette contradiction, la vraie problématique est ailleurs: l’Afrique doit elle être un terrain de compétition entre puissances ou devenir un acteur capable de défendre ses intérêts? certes, l’Afrique ne peut réclamer l’unité lorsqu’elle rejette ses citoyens. Elle ne peut dénoncer le racisme à l’extérieur tout en tolérant la xénophobie à l’intérieur. Elle ne peut parler de souveraineté tout en laissant ses choix stratégiques dépendre des puissances étrangères. L’Union africaine et les Communautés économiques régionales ne peuvent être de simples institutions de façade. Elles doivent plutôt devenir des instruments de solidarité et de défense des intérêts africains.
L’Afrique, divisée entre les Africains.
L’Afrique, partagée entre les puissances impérialistes.
L’Afrique dort et se vante de son ignorance. Qu’Allah fasse que l’Afrique se réveille demain.Amine !
