Contre La sansure

Propagande, recrutement… Le Mali, « un véritable laboratoire de la guerre informationnelle assistée par IA »?

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Par TV5Monde Afrique

Le centre de recherche Timbuktu Institute a publié ce mercredi 9 septembre un rapport analysant l’utilisation de l’IA par des groupes rebelles au Mali. Le JNIM et le FLA useraient de cette technologie pour tenter d’élargir leur recrutement et de diffuser une « propagande sophistiquée« , selon les chercheurs.

Un nouveau front s’ouvre dans la guerre contre le djihadisme au Mali. Comme partout sur la planète, l’intelligence artificielle (IA) s’immisce dans les méthodes propagandistes des groupes armés rebelles qui déstabilisent le pays depuis plus d’une décennie. Le centre de recherche sur les enjeux du djihadisme au Sahel, le Timbuktu Institute, basé à Dakar au Sénégal, a publié, ce mercredi 9 septembre, un rapport sur le sujet, nommé « Comment l’IA générative rebat les cartes du conflit malien« .

Dans ce document, les chercheurs ont identifié les usages et potentialités dont font preuve des groupes rebelles présents au Mali en matière d’IA. L’analyse se concentre surtout sur le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (le JNIM, affilié à Al-Qaïda) et sur le Front de libération de l’Azawad (FLA), un groupe autonomiste composé en grande partie de Touaregs.

Ces deux groupes ont fait alliance en avril dernier – malgré des divergences idéologiques – pour lancer un assaut coordonné sur différentes localités du pays. Ces attaques d’ampleur leur ont notamment permis de prendre le contrôle de la ville stratégique de Kidal.

Suite à cet épisode, les chercheurs du Timbuktu Institute ont remarqué la diffusion d’une affiche de propagande réalisée par le JNIM qui a tout d’une image générée par IA. Aspect lisse, objets qui se confondent, détails étranges… Cette affiche est un premier pas dans l’utilisation par le JNIM de cette technologie qui, selon l’institut, permettrait une « accélération significative et immédiate de la production de propagande sophistiquée » produite par le groupe djihadiste.

D’emblée, les chercheurs imaginent ce à quoi pourrait ressembler une maîtrise accrue de l’outil par le JNIM. Premièrement, l’utilisation de l’IA pourrait permettre « une augmentation exponentielle du volume de contenu propagandiste diffusé« .

Mais aussi, un élargissement du champ de recrutement grâce à la traduction. Le JNIM pourrait « générer instantanément des versions de chaque message de propagande en une quinzaine de langues régionales: hassanya, fulfuldé, bambara, mooré, tamasheq, songhaï, wolof et autres variantes linguistiques et dialectales du Sahel et d’Afrique de l’Ouest« , détaille le rapport.

Autre potentialité que le groupe djihadiste pourrait investir: la génération de vidéo, dans différentes langues, afin de toucher des cibles moins instruites par exemple. « Ces jeunes pourraient ne jamais avoir accès aux sites web du JNIM, ne jamais lire ses publications écrites, mais pourraient très facilement regarder une vidéo ou écouter un podcast diffusé sur une plateforme de messagerie accessible sur téléphone mobile, un objet devenu ubiquitaire au Sahel, y compris dans les zones rurales« , expliquent les chercheurs.

Le rapport met aussi en avant la possibilité pour le JNIM d’adapter ses messages de propagande en fonction de ses cibles. En fait, grâce à l’IA, chaque type de personnes que cherche à recruter le JNIM pourrait être exposé à une propagande ciblée, presque taillée sur mesure, à l’instar des publicités ciblées sur les réseaux sociaux.

« Rivaliser avec l’État islamique »

Le Timbuktu Institute donne un exemple: « Une version du message de recrutement adressée aux pasteurs peuls mettrait l’accent sur la protection des intérêts pastoraux, l’autonomie économique, la défense contre la marginalisation gouvernementale. Une version adressée aux jeunes urbains marginalisés soulignerait les promesses de dignité, d’insertion économique, de statut social au sein de la ‘communauté’ du JNIM« .

Les chercheurs rappellent tout de même que l’utilisation de l’IA par le JNIM reste pour le moment basique. Le groupe accuse un retard en la matière face à son rival, l’État islamique (EI). Le Timbuktu Institute pointe une possible « montée en puissance communicationnelle permettant de rivaliser avec l’EI ».

Du côté du FLA, l’utilisation et la maîtrise de l’IA semblent être bien plus pointues, selon le rapport. De nombreuses publications pullulent sur les réseaux sociaux avec des comptes générés par IA. Le Timbuktu Institute détaille plusieurs exemples de publications où, clairement, des sortes d’influenceurs générés par IA, s’adressent à leurs abonnés pour distiller les messages et revendications du FLA.

Une « normalisation progressive des acteurs extrémistes »

« D’une part, ils permettent d’humaniser un mouvement en présentant des « individus » convaincants, capables d’instaurer familiarité et confiance auprès des spectateurs et autres followers. […] Après tout, il est difficile de repérer, capturer, arrêter ou interroger un extrémiste qui n’existe pas« , analysent les chercheurs.

Le rapport met aussi en avant un point de flou, renforçant l’inquiétude que peut provoquer cette utilisation de l’IA: tout le monde peut générer et diffuser du contenu, pas nécessairement le FLA directement. Ce qui ajoute au flux déjà diffusé. Tout ceci, en somme, toujours selon le Timbuktu Institute, permettrait « la normalisation progressive des acteurs extrémistes et à l’abaissement des barrières psychologiques à un recrutement futur »

 

Source: https://information.tv5monde.com/afrique

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