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Affaire Toumba Diakité: les révélations qui fragilisent le Procureur général

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Le 10 février 2026, le Parquet général près la Cour d’Appel de Conakry a publié un communiqué affirmant qu’une « opération de contrôle et de fouille inopinée » menée le 9 février à la Maison centrale aurait conduit à la découverte d’objets prohibés et que l’attitude « agressive » d’Aboubacar Diakité, dit Toumba, aurait justifié son transfert à la maison d’arrêt de Coyah.

Les informations recueillies par Sentinelle Afrique auprès de sources pénitentiaires, sécuritaires, judiciaires et médicales présentent cependant une version substantiellement différente des faits.

Une opération précédée d’une tentative d’extraction

Selon plusieurs sources internes à l’administration pénitentiaire, une première tentative d’extraction d’Aboubacar Diakité aurait eu lieu la veille des événements.

« Une opération similaire avait été envisagée un jour avant, mais elle ne s’est pas concrétisée en raison de réserves exprimées au sein de l’administration pénitentiaire », affirme une source proche du dossier.

Si cette information est exacte, elle contredit l’argument d’une fouille inopinée. Elle suggère plutôt une opération ciblée, préparée en amont.

Un déploiement militaire incompatible avec une simple fouille

Le communiqué évoque une opération de contrôle classique. Or, plusieurs témoins confirment la présence de véhicules blindés et de pick-up équipés d’armes lourdes de type 12.7 aux abords et à l’intérieur du périmètre carcéral.

Des tirs ont été entendus pendant plus d’une heure. Une question centrale se pose : quelle fouille administrative nécessite le déploiement de blindés et d’armement lourd ?

La Maison centrale dispose d’une administration pénitentiaire habituée aux contrôles internes. Jusqu’à présent, même durant le procès hautement sensible du 28 septembre 2009, les forces spéciales n’avaient jamais été mobilisées pour la sécurisation du site.

L’intervention des forces spéciales dans le cadre d’une fouille ordinaire constitue donc une rupture manifeste avec les pratiques antérieures.

Le profil disciplinaire de Toumba Diakité

Aboubacar Diakité est détenu depuis près de dix ans à la Maison centrale de Conakry.

Selon des sources pénitentiaires, il n’a jamais été signalé pour des actes graves d’indiscipline nécessitant une intervention extérieure exceptionnelle.

« Malgré la sensibilité du dossier, il n’a jamais été considéré comme un détenu incontrôlable », indique un agent pénitentiaire.

Pourquoi un détenu incarcéré depuis une décennie sans incident adopterait-il soudainement un comportement justifiant une opération militarisée ?

Une fouille dont personne ne constate l’existence

Le communiqué affirme que des objets prohibés : téléphones, substances psychotropes, armes blanches, ont été saisis.

À ce jour : aucun inventaire officiel n’a été publié, aucune preuve visuelle n’a été rendue publique, aucun procès-verbal de saisie n’a été communiqué à l’opinion publique. L’administration pénitentiaire s’interroge également sur le communiqué du procureur général de Conakry.

Plusieurs détenus contactés par Sentinelle Afrique affirment ne pas avoir été fouillés.

« Nous avons entendu des tirs, mais il n’y a pas eu de fouille systématique dans notre quartier. Ce sont des detenus qui se sont opposés à l’extraction du commandant Toumba », rapporte l’un d’eux.

Si une fouille générale a eu lieu, pourquoi des détenus affirment-ils ne pas en avoir été témoins ?

Absence de confirmation du transfèrement à Coyah

Le communiqué indique qu’Aboubacar Diakité a été transféré à la maison d’arrêt de Coyah. Or, des autorités judiciaires locales contactées à Coyah n’ont pas confirmé officiellement son arrivée.

« À notre niveau, aucune notification formelle d’admission ne nous a été communiquée », confie une source judiciaire locale.

En matière carcérale, tout transfèrement fait normalement l’objet d’un enregistrement administratif formel. L’absence de confirmation soulève des interrogations légitimes sur la localisation actuelle du détenu.

Quelles bases juridiques ?

Le communiqué évoque une « décision légale et appropriée ». Cependant, aucune référence précise n’est faite : à la note administrative ayant ordonné la fouille,

à la réquisition formelle des forces spéciales, au procès-verbal d’incident,

ni au cadre juridique exact du transfert.

En outre, plusieurs sources affirment que le Procureur général n’a pas été physiquement présent sur les lieux. Une opération d’une telle ampleur laisse nécessairement des traces administratives. Leur absence de publication alimente le doute.

Bilan humain passé sous silence

Le communiqué ne mentionne aucun blessé. Pourtant, des sources médicales du camp Samory Touré, confirment la prise en charge de plusieurs détenus présentant des blessures graves en provenance directe de la Maison centrale. Des témoignages évoquent également des pertes en vies humaines, sans qu’aucun chiffre officiel ne soit communiqué.

L’absence totale de mention de victimes dans la version officielle constitue l’une des principales zones d’ombre de cette affaire.

Des incohérences majeures

Les éléments suivants apparaissent difficilement compatibles avec la description d’une simple fouille inopinée :

une tentative d’extraction la veille ; un déploiement de blindés et d’armes lourdes ; des tirs prolongés ; des blessés admis à l’hôpital ; l’absence de preuve publique des objets saisis ; l’absence de confirmation formelle du transfèrement de Toumba à Coyah ; l’absence de transparence sur les bases juridiques de l’opération.

Ces contradictions fragilisent considérablement la crédibilité du communiqué du Parquet général.

Dans un État de droit, la gravité des faits impose la transparence. Pour dissiper les doutes, les autorités pourraient : publier l’ordre écrit de fouille, rendre public le procès-verbal de saisie, communiquer le bilan humain officiel, permettre aux avocats et aux médias de constater la présence effective du Commandant Aboubacar Diakité à Coyah, aouvrir une enquête indépendante sur les circonstances exactes de l’intervention.

En l’absence de ces éléments, les interrogations persistent et la situation guinéenne devient de plus en plus inquiétante en terme d’injustice et de violations des droits humains.

Les enquêteurs affiliés à Sentinelle Afrique depuis Conakry, poursuivront leurs investigations.

Source: https://sentinelleafrique.org/

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