Contre La sansure

AHHH TAOUYAH SUINGUINÉNOUN !!!

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En ces jours où les inondations ont déjà coûté la vie à plusieurs de nos compatriotes (qu’Allah leur accorde le repos éternel et nous épargne de nouvelles tragédies), il est urgent de nous poser les vraies questions. D’autant plus que nous ne sommes qu’au tout début du mois d’août, bien loin encore du pic habituel des pluies à Conakry.

Je regarde autour de moi, ici à Taouyah, et je me dis qu’il faut agir maintenant. Ce quartier m’a vu naître, il m’a façonné, nourri, abrité. Il m’a tant donné que, malgré les années et les changements, je n’ai jamais pu m’en éloigner pour de bon.

Et à travers les décennies, j’ai vu mon quartier se transformer. Les ruelles autrefois larges et tranquilles se sont peu à peu rétrécies et laisser place à des boutiques installées sur le trottoir ou sur les faussés. Les concessions ont pris de l’ampleur. Les maisons simples sont devenues des immeubles pour abriter des dizaines de ménages. Le marché s’est étendu et désormais nous avons même deux centres commerciaux juste après l’Eglise.

Les motels n’ont pas cessé de pousser (normal, le vrai Las Vegas c’est bien Taouyah et non Kipé transversal), pas loin de Mariador et Riviera, les bars se multiplier quand bien même le Transit fermait. Un quartier vivant, un carrefour animé, une mosaïque de cultures et de couches sociales, où cohabitent riches villas qui bénéficient des plus beaux couchers du soleil au monde et habitations plus modestes, des ministère et agences gouvernementales, écoles et universités. Ce quartier est une fierté et témoigne du dynamisme des Taouyahka, ces femmes et hommes travailleurs, commerçants, artisans, étudiants, qui font battre le cœur de Ratoma.

Mais ce dynamisme cache aussi un désordre silencieux qui, avec le temps, est devenu un danger réel.

Car à mesure que Taouyah se densifiait, les déchets aussi se multipliaient. Les sacs plastiques ont envahi nos ruelles, nos caniveaux et notre plage. Le marché, source vitale d’activités économiques surtout pour les femmes, génère chaque jour plusieurs tonnes de détritus, souvent abandonnés en fin de journée au coin des rues, ou tout simplement dirigés dans les canaux d’évacuation d’eau lorsque les services de ramassage tardent et que les pluies commencent.

Au fil des années, j’ai vu la plage de Rogbane devenir méconnaissable. Là où enfants et familles allaient autrefois se promener ou prendre un bol d’air, il n’y a plus que couches usées, sachets plastiques, restes de nourriture et débris.

Doit-on s’en étonner si lorsque tu achètes une canette, le vendeur te tend un foré sac. Trois bonbons ? Un sachet plastique. Une plaquette de médicament qui tient dans la paume achetée dans la pharmacie depuis la boutique de médicaments de Papson a été fermée ? Encore un sachet. À tous les niveaux, le plastique a envahi nos vies sans que personne ne dise stop.
Et comme personne ne collecte, ni ne trie, ni ne recycle… ces sachets finissent dans les caniveaux, les rues, les plages et finalement, dans l’océan.

J’essaie souvent dans mon besoin inlassable de pédagogie d’expliquer aux vendeurs qui tendent systématiquement des sacs plastiques le danger qu’on court, on te dira gaillardement : « madidi baa ikhana fotéyama ». Awa won naa lou é sago.

Pas qu’à Taouyah seulement, à Conakry, on construit partout : sur les canaux naturels, sur les emprises réservées à la voirie, parfois même en plein lit d’un marigot. Par manque de contrôle, par laxisme, ou simplement pour « se débrouiller », on bâtit là où l’eau devrait normalement passer.

La dernière fois, c’est de justesse que mon ami Bellic et sa famille s’en sont tirés à Hermakonon. Les gentils Barokas qu’ils sont ont laissé germer des loges pour des vulgarisateurs de pneus et des soudeurs derrière la clôture. Ceux-ci, inconsciemment, sont venus bloquer la sortie des eaux de pluies avec leurs matériels et équipements mis au rebut.

Résultat : à la première grande pluie, l’eau ne trouvant plus de chemin, est allée se loger directement dans sa maison.

N’eut été sa vigilance de policier et d’avoir eu le réflexe de couper son compteur au départ des pluies avant de se coucher, le pire aurait pu se produire car l’eau avait atteint plus de 60cm dans la maison avec un bébé couché dans ce lit qui était déjà complètement trempé et irrécupérable de même que tout le mobilier.

Il faut dire les choses clairement : toute construction qui bloque un passage d’eau est une bombe à retardement et ça, « pas midi, 14h ».

Et chaque fois qu’on laisse faire, qu’on détourne le regard parce qu’on est naturellement humains, on devient complices de la prochaine catastrophe.

L’autorité publique doit agir : démolir sans état d’âme toutes les constructions illégales qui mettent la vie des autres en danger.

Revenons à Taouyah. Qui pour moi est une opportunité du fait de sa diversité humaine, assez stratégique par sa position, et assez organisé pour lancer un vrai projet pilote de gestion des déchets. Un modèle qui pourrait inspirer tout Conakry.

Je rêve de voir mon quartier propre comme chez moi à Kegneoula. Je rêve que le marché fonctionne sans empoisonner nos rues. Que les hôtels, les bars, les vendeurs ambulants et les familles participent ensemble à trier, composter, et recycler. Que nous ayons des points de collecte bien indiqués, des ramassages réguliers, des centres de tri à échelle humaine, des composteurs communautaires, et surtout, une brigade locale qui veille à ce que chacun fasse sa part.

Je rêve qu’on réapprenne à faire comme dans nos villages, où les déchets étaient peu nombreux et souvent recyclés dans les cultures ou les pépinières. Où l’on ne donnait pas un sachet plastique pour trois bonbons. Où les bébés étaient protégés autrement que par des couches importées qui finissent dans l’océan.

Je rêve, mais je sais que ce rêve est à portée de main et j’en appelle à tous les Taouyahka à réfléchir ensemble pour trouver des solutions ensemble. Hier au café du Grand Djo Balla chez Tigzo, nous avons esquissé quelques plans, notamment la GRATUITÉ DE LA COLLECTE DES ORDURES au moins sur une période de 3 ans pour ancrer les bonnes pratiques dans la tête de nos familles.

Car en vérité, à Conakry, la production de déchets reste majoritairement non collectée : 60 % abandonnée dans les rues et caniveaux, aggravant les risques d’inondation et de propagation de maladies selon une étude réalisée par ENABEL avec, avec le soutien de l’Union européenne, a inauguré une ZTT à Sanoyah en mai 2025 pour renforcer le tri et le compostage, mais seuls 6 % des déchets sont acheminés via PME vers ces sites . Il y’a donc lieu de repenser toute chaîne chaîne logistique par les quartiers.

Parce que si nous voulons encore transmettre ce quartier à nos enfants comme nos parents l’ont fait avec nous, nous devons agir maintenant.

Pour que Taouyah reste cette belle terre qui nous a vu naître et qui mérite, plus que jamais, un second souffle, PARTAGEZ VOS IDÉES !!!

Mamadou Saliou DIAO BALDÉ
Expert Senior Financement – ONU et Banques de développement
Enseignant Master 2 Économie – Université de Grenoble (France)
baldemsaliou@hotmail.com

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