Anta Madjiguène Ndiaye, la captive du Djolof devenue femme libre à Cuba et en Floride
À 13 ans, arrachée à son terroir natal du royaume du Djolof, au centre-nord du Sénégal, Anna Madgigine Jai Kingsley, née Anta Madjiguène Ndiaye, traversa l’Atlantique sous chaîne. Trente ans plus tard, elle possédait en toute liberté des terres en Floride. Des membres de la famille au Sénégal ressassent cette tragédie et partagent avec BBC News Afrique ce qu’ils savent de cette histoire digne d’un conte de fées.
Elle s’appelait Anta Madjiguène Ndiaye – bien avant que l’Atlantique ne rebaptise son destin.
Née libre sur les terres du Djolof, ancien royaume au cœur de l’actuel Sénégal, elle grandit dans un monde qui lui appartenait. Puis la traite atlantique brise tout. Son nom, son enfance, sa liberté lui sont arrachés, effacés par la déportation.
Au XIXᵉ siècle, lorsqu’elle débarque à Cuba, Anta n’est plus qu' »Anna ». Un corps enchaîné. Une marchandise humaine dans un système qui nie jusqu’à son humanité. Comme des millions d’Africains capturés et déportés, elle aurait pu disparaître dans l’anonymat brutal de l’esclavage.
Mais l’Atlantique n’a pas réussi à dissoudre sa mémoire.
Aujourd’hui, son histoire refait surface. Depuis le Sénégal, des membres de sa lignée ravivent le fil d’un récit longtemps transmis à voix basse, dans l’intimité familiale.
« Au sein de ma famille, l’histoire d’Anta / Anna Madjiguène Ndiaye était déjà relatée lorsque j’étais enfant. J’en ai entendu parler. Elle appartenait à une mémoire familiale ancienne, transmise oralement, dépourvue de dates précises ou de détails exhaustifs. Elle se présentait comme un fait établi, presque irrévocable », explique Ibrahima Saër Ndiaye, archiviste-conservateur du patrimoine.
« Mon père, en particulier, m’en a au moins (parlé) », dit-il.
Entre les silences de l’Histoire et les fragments de mémoire, le nom d’Anta Madjiguène Ndiaye continue ainsi de traverser le temps – défiant l’oubli que la traversée avait tenté d’imposer.
Razzia à Pirtarky, le jour où tout a basculé

L’histoire ne retient pas toujours les dates. Elle retient les chocs.
Selon Ibrahima Saër Ndiaye, « cette modalité de transmission correspond à ce que les historiens de l’oralité africaine, tels que Boubacar Barry ou Mamadou Diouf, qualifient de mémoire sélective, centrée sur l’événement traumatique plutôt que sur sa chronologie minutieuse ».
Dans la littérature occidentale, l’année 1806 revient souvent comme celle de la capture de la princesse Anta Madjiguène Ndiaye. Mais du côté de la famille, aucune date formelle. Aucun acte. Aucun registre.
Encore moins un lieu précisément identifié.
« La tradition familiale n’a jamais précisé le lieu exact de sa disparition, évoquant plutôt un lieu de passage – probablement une route caravanière ou un chemin reliant un point d’eau à un marché. Il est souvent fait référence au mythique marigot de Pirtarky, point de convergence des paysans et éleveurs y abreuvant leurs troupeaux », confie M. Ndiaye.
Un site stratégique. Un carrefour de vies.
Selon l’archiviste-conservateur du patrimoine, « ce site, chargé d’histoire, servait aussi de lieu de bain rituel royal lors de l’accession d’un prince au pouvoir, en faisant un espace à la fois stratégique et symbolique. »
C’est là, selon plusieurs récits, que le destin d’Anta bascule.
« Selon certains récits oraux, Anta Madjiguène Ndiaye ne se rendit pas seule en ce lieu. Elle était accompagnée d’autres jeunes filles, peut-être pour une baignade ou une activité coutumière, lorsque l’enlèvement survint. La tradition rapporte que certaines compagnes s’échappèrent, expliquant ainsi la persistance de cette mémoire fragmentaire autour de son rapt », révèle Ibrahima Saër Ndiaye.
Une sortie ordinaire. Une attaque fulgurante.
« La mémoire familiale privilégie l’hypothèse d’une razzia ou d’une capture opportuniste plutôt que d’un affrontement militaire structuré. Cette description corrobore les analyses historiques, qui indiquent que la majorité des captifs en Sénégambie provenaient d’attaques fulgurantes dans un climat d’insécurité chronique, plutôt que de guerres organisées », argumente M. Ndiaye.
Anta n’était pas seule. Elle faisait partie d’un groupe.
« Les enlèvements collectifs étaient courants, comme l’ont établi Tidiane Ndiaye et Boubacar Barry, alimentant à la fois l’esclavage domestique interne et les circuits commerciaux régionaux. Le silence entourant l’identité des autres captifs illustre l’effacement inhérent à ces systèmes. Certaines sources orales mentionnent sept jeunes filles à ses côtés, dont plusieurs s’échappèrent, suggérant qu’Anta Madjiguène Ndiaye fut une cible privilégiée », suggère Ibrahima Saër Ndiaye.
Mais au-delà des hypothèses et des fragments, un élément demeure constant dans tous les récits familiaux : le rapt s’est produit loin du village. Là où les cris ne portaient pas. Là où aucun membre de la garde royale ne pouvait intervenir.
Arrachée aux siens
L’histoire d’Anta s’enracine au cœur du Djolof central.
« La mémoire familiale situe son origine au cœur du Djolof central, entre Yang-Yang et Linguère, espace historique de l’ancien royaume du Djolof. Boubacar Barry décrit cette région comme l’une des plus exposées aux conflits internes après l’affaiblissement progressif du pouvoir central dès le XVIIe siècle », rappelle Ibrahima Saër Ndiaye.
Une région fragilisée, traversée par les rivalités et exposée aux razzias.
« Linguère, fondée par la reine mère Linguère Boury Dieulène et longtemps résidence impériale, apparaît comme le point de départ le plus plausible de son itinéraire », argumente-t-il.
« Bien que Mamadou Diouf et Ibrahima Thioub soulignent que guerres, insécurité et pression des réseaux esclavagistes ont provoqué l’abandon ou la recomposition de nombreux villages, dont les noms ne subsistent souvent que dans la mémoire orale familiale, Linguère fait exception », indique M. Ndiaye.
« Fondé sous le règne de Biram Ndiémé Coumba, père de Lat Samba Boury Dieulène, Tassé Boury Dieulène et Guireune Boury Dieulène, (Linguère) n’a jamais changé de nom. Il est demeuré situé entre Guénène et Nguith, autour du marigot Bousséne, jusqu’à la zone de l’actuel marché et légèrement plus au nord », précise-t-il.
Mais derrière la géographie, il y a une lignée.
« Bien que les généalogies orales anciennes privilégient les lignées, les terroirs et les alliances plutôt que la mémorisation exhaustive des individus, surtout lorsqu’ils ont été brutalement arrachés à leur communauté, la tradition familiale rattache Anta / Anna Madjiguène Ndiaye à la lignée du Bourba Djolof Mba Bouri Niabou Ndiaye, qui régna au début du XIXe siècle, de 1800 à 1818 », précise Ibrahima Saër Ndiaye.
Anta n’est pas une captive ordinaire, elle est issue du sang royal.
Arrachée à son espace familier, ligotée comme les autres captifs, elle entame le long chemin de la rupture. Une marche de plusieurs jours dans la poussière. Le silence imposé. La peur pour seule compagne.
Par la brutalité d’un rapt, la princesse Anta Madjiguène Ndiaye vient d’être séparée des siens. Elle ne reverra plus ses frères, ni ses sœurs. À jamais.
« Selon la tradition familiale, Anta / Anna Madjiguène Ndiaye était la sœur cadette de deux souverains du Djolof : Bourba Birayamb Madjiguène Ndiaye et Bourba Lane Codou Madjiguène Ndiaye. Cette filiation, perpétuée par la mémoire familiale et les généalogies orales, la rattache directement à la lignée royale, à une époque où les frontières entre pouvoir politique, conflits locaux et insécurité étaient particulièrement poreuses », explique Ibrahima Saër Ndiaye.
Une filiation portée par la mémoire.
« Cette filiation repose essentiellement sur la mémoire familiale et les généalogies orales transmises par les anciens, ainsi que sur la cohérence onomastique de ces figures royales. Même si les sources écrites demeurent rares pour cette période, ces récits sont jugés fiables, (puisque) le Djolof se distinguant par la rigueur de la transmission de ses lignées royales », poursuit M. Ndiaye.
Puis vient la côte. Les captifs sont conduits vers l’ouest, jusqu’au comptoir commercial de Rufisque, dit-on. Là, l’air salé et l’immensité de la mer leur sont étrangers. Face aux négociants africains et européens, une certitude s’impose : le retour est impossible.
Devant eux, il n’y a plus que des registres, des chaînes et des transactions.
Ils cessent d’être des personnes identifiables. Ils deviennent malgré eux des marchandises à évaluer, à échanger, à expédier.
Et l’Atlantique s’ouvre.
Rufisque, Gorée, puis… La Havane

Rufisque n’est qu’une étape.
À peine arrivée au comptoir, Anta Madjiguène Ndiaye est de nouveau embarquée, cette fois-ci en direction de Gorée – île-pivot du système négrier en Sénégambie. Là, le temps change de rythme. Il s’étire et pèse sur les captifs.
Dans l’attente du transit et de la traversée atlantique, les jours se confondent.
Certains captifs sont revendus, d’autres meurent.
Les noms africains s’effacent peu à peu des registres et des mémoires. Anta Madjiguène Ndiaye devient une identité fragile, suspendue au bord de l’effacement.
C’est ici que commence la métamorphose forcée.
Puis vient l’Atlantique. Elle traverse l’océan, elle tient et survit. Arrachée à son enfance, privée d’adieux, séparée brutalement des siens, elle emporte pourtant avec elle quelque chose d’intact : la mémoire du Djolof. Une mémoire enracinée, indéracinable.
Même au cœur de la cale, même face à l’inconnu, elle se souvient.
À La Havane, à Cuba, son destin bascule une nouvelle fois. Anta Madjiguène Ndiaye – plus connue sous le nom d’Anna Madgigine Jai ou Anna Kingsley – est achetée par Zephaniah Kingsley vers 1806.
Un nouveau nom, dans un nouveau monde. Mais une histoire qui continue de traverser les siècles.
Zephaniah Kingsley, le maître de la liberté

Lorsqu’il achète Anta à Cuba vers 1806, Zephaniah Kingsley n’est pas un planteur ordinaire.
Devenu citoyen de la Floride espagnole en 1803, ce marchand reçoit du gouvernement espagnol une plantation, avec l’autorisation d’introduire environ 70 esclaves sur le territoire. L’économie de plantation structure alors son ascension.
C’est dans ce contexte qu’il acquiert Anta Madjiguène Ndiaye, désormais connue sous le nom d’Anna Madgigine Jai.
Mais l’histoire prend une tournure singulière.
En 1811, séduit, Kingsley affranchit juridiquement Anta Madjiguène de son statut d’esclave. Il en fait sa maîtresse, puis l’épouse selon un rite non européen. Anta devient Anna Madjiguène. Elle est libre à 18 ans, tout comme leurs quatre enfants.
Un affranchissement rare. Un statut exceptionnel. Kingsley l’emmène en Floride et lui confie la gestion d’une plantation. Officiellement affranchie, Anta Madjiguène administre, dès 1813, une concession foncière d’environ 2,02 hectares (20 234 mètres carrés). À cette époque, voir une femme africaine, ancienne esclave, diriger une propriété foncière relève de l’exception.
Sous administration espagnole, les mariages interraciaux sont reconnus. Les enfants métis peuvent hériter de biens. Le cadre juridique permet à la famille Kingsley de s’établir durablement sur l’île de Fort George, aujourd’hui intégrée à Jacksonville. Ils y vivent plus de deux décennies.
Mais l’équilibre est fragile. En 1821, la Floride passe sous contrôle américain. Les lois changent. Une législation interdisant le mariage interracial menace directement leur statut. La famille quitte alors ses terres et s’installe en Haïti.
À l’époque, le gouvernement haïtien recrute activement des Noirs libres du continent américain pour renforcer le jeune État. Terres et citoyenneté leur sont proposées.
Le destin, une fois encore, se déplace. En septembre 1843, Zephaniah Kingsley en route au cours d’un voyage d’affaires à New York. Il laisse derrière lui un testament en faveur de son épouse et de ses enfants.
Anta Madjiguène Ndiaye – Anna Kingsley – survivra aux traversées, aux ruptures et aux régimes.
D’esclave arrachée au Djolof à propriétaire terrienne dans les Amériques, son parcours défie les catégories simples de l’histoire atlantique.
La captive devenue propriétaire

Le destin d’Anta Madjiguène Ndiaye bouscule les lectures simples.
Illégalement arrachée à son terroir, déportée à travers l’Atlantique, elle devient plus tard propriétaire d’esclaves et de plantations. Une trajectoire à première vue paradoxale. Mais dans l’économie brutale et codifiée des sociétés esclavagistes, posséder pouvait aussi signifier survivre.
Comment une jeune femme africaine, réduite en esclavage, a-t-elle pu atteindre un tel statut à une époque où le racisme structurait les rapports entre Occidentaux et Noirs ?
Une partie de la réponse tient à sa personnalité.
Dans la préface de l’ouvrage « Anna Madgigine Jai Kingsley. Princesse en Afrique, esclave en Floride », publié en octobre 2020 chez Albin Michel par Daniel L. Schafer, professeur d’histoire à l’Université de Floride du Nord, le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, professeur à l’Université Columbia, souligne dans sa préface la force de caractère d’Anta Madjiguène.
« La vie d’Anna que raconte Daniel Schafer nous apprend qu’Anta devint une femme puissante qui inspira le respect à son maître, lequel lui rendit vite sa liberté et la reconnut pour son épouse en lui confiant la gestion de ses biens », explique M. Diagne.
Un respect conquis dans un monde structuré par la domination.
Selon lui, Anta « montra un extraordinaire courage physique lors de l’insurrection de 1812 fomentée par les États-Unis pour annexer la Floride espagnole, lorsqu’elle mena une expédition pour mettre le feu à sa propre demeure, afin d’empêcher qu’elle serve d’abri aux miliciens ».
Mettre le feu à sa propre maison pour empêcher l’ennemi d’y trouver refuge : le geste dit tout d’une femme qui, arrachée à son royaume, refuse pourtant de se laisser déposséder de sa volonté.
Elle passe de captive à stratège, puis de victime à actrice de son destin dans les marges d’un système qu’elle n’a jamais choisi.
Héritage d’un monde cruel

En 1843, Zephaniah Kingsley meurt sur le chemin vers New York. Pour Anna Kingsley, un nouveau combat commence.
Elle décide de revenir en Floride avec ses enfants pour faire valoir ses droits sur la « Kingsley Plantation », la propriété située sur l’île de Fort George que le testament de son mari lui attribue.
Le contexte a changé. L’Amérique aussi. Après la guerre civile, rappelle Souleymane Bachir Diagne, Anta Madjiguène « prit le risque de revenir d’Haïti dans la Floride (…), de plus en plus inamicale envers les Noirs libres, pour faire valoir ses droits à l’héritage laissé par son mari ».
Revenir dans un territoire devenu hostile. Revendiquer un héritage dans une société qui durcit ses lignes raciales.
La contestation ne tarde pas. Martha Kingsley, sœur du défunt, lui dispute tout droit sur les biens de son frère. Une bataille judiciaire s’engage. Elle sera longue et décisive. Mais Anna Kingsley gagne.
Mère de quatre enfants nés de son union avec Kingsley, elle hérite, selon les archives, de terres estimées entre 123 et 141 hectares (305 à 350 acres). Une victoire juridique dans un monde qui, quelques décennies plus tôt, la considérait comme une marchandise.
Elle meurt paisiblement en 1870, à l’âge de 77 ans, en Floride.
Aujourd’hui, son parcours est commémoré à la Kingsley Plantation, aux États-Unis, mais aussi au Sénégal, comme un symbole puissant de mémoire transatlantique.
La plantation est transférée à l’État de Floride en 1955, puis acquise par le National Park Service en 1991. Le lieu est désormais un site historique.
D’esclave déportée à propriétaire terrienne, Anna Madjiguène Ndiaye incarne la complexité brutale d’un monde où liberté et servitude coexistaient dans le même souffle – et où survivre relevait parfois d’un équilibre fragile entre adaptation et résistance.
Une mémoire qui résiste au temps

Dans le silence des archives, Anna nous rappelle que la liberté, pour les femmes africaines de son époque, n’était jamais donnée – mais conquise, souvent à un prix moral immense.
« Dans la tradition familiale, Anta Madjiguène Ndiaye est dépeinte comme une jeune femme libre originaire du Djolof, issue d’un milieu social stable. Son enlèvement marque une rupture fondatrice », explique Ibrahima Saër Ndiaye.
Un récit qui trouve écho dans les analyses historiques.
« Cette représentation fait écho aux analyses de Martin A. Klein, qui démontre que, dans la Sénégambie précoloniale, les razzias ciblaient prioritairement des individus libres, souvent jeunes, dont la capture permettait une intégration forcée dans les systèmes d’esclavage locaux ou régionaux », renchérit M. Ndiaye.
Les traces de ces violences, ajoute-t-il, ne se perdent pas totalement :
« Il est indubitable que ces pratiques ont perduré jusqu’à des époques relativement récentes, ou du moins ont survécu dans notre imaginaire collectif, véhiculées par la parole, la peur, l’allusion et le non-dit – notamment à travers la figure des ‘Naar’ (mot qui renvoie aux Maures), invoquée pour expliciter certaines disparitions, silences ou absences irréversibles », souligne l’archiviste-conservateur du patrimoine.
Née vers 1793 et brutalement arrachée à son terroir, Anta Madjiguène Ndiaye est restée un trait d’union entre l’Afrique et l’Amérique, deux continents, deux systèmes, deux identités.
Son héritage dépasse la survie individuelle. Anna Kingsley a laissé une descendance qui a marqué la classe supérieure afro-américaine pendant plus d’un siècle après sa mort.
Mary Kingsley Sammis, son arrière-petite-fille, épouse Abraham Lincoln Lewis, reconnu comme le premier millionnaire noir de Floride. Parmi leurs descendants, on compte l’universitaire Johnnetta Betsch Cole, la conservationniste MaVynee Betsch et le musicien de jazz John Betsch.
De captive arrachée au Djolof à matriarche d’une lignée influente, la mémoire d’Anna Madjiguène Ndiaye traverse les siècles – un témoignage vivant de courage, de résilience et de liberté conquise.
Par Mamadou Faye
BBC News Afrique

